Cf. p
3. Le pillage de la Société des Missions de France eut lieu aussi le~29 juillet. La populace était très excitée contre les Missionnaires et aurait massacré ceux qu'elle eût rencontrés, si Chateaubriand ne les avait recueillis et cachés chez lui et ne leur avait fait obtenir des passeports par l'intermédiaire d'Arago, leur voisin commun (Cf. Mémoires d' Outre-tombe, t. V, p. 312.)
homme et on lui a trouvé beaucoup de linge et d'effets cachés, à ces messieurs : il y avait huit ans qu'il était chez eux ; ils le nourrissaient lai et sa famille et, pendant qu'ils étaient cachés chez M. de Chateaubriand, ils l'avaient fortement recommandé comme un saint, pour être placé. Voilà comment ces bons prêtres étaient trompés par des hommes dont, pour leur faire du bien, ils exigeaient des signes de religion auxquels ces misérables se soumettaient pour abuser de la bonne foi de leurs maîtres.
Raconter comment l'Infirmerie a évité le pillage et conservé, sur la porte extérieure, sa croix et le nom de Marie-Thérèse.
Août 1830. — M. de Tallejrand vient d'être nommé ambassadeur de Londres ^ Combien de fois a-t-il été traître à son Dieu et à ses rois ? Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'en allant prendre congé de Philippe P', il lui dit : « Sire, je suis à mon treizième serment, je souhaite que ce soit le dernier ».
I. La nomination de Talleyrand à l'ambassade de Londres parut an Moniteur du 6 septembre 1830, mais, dès le 8 août, Louis- Philippe avait l'intention formelle de confier au prince ce poste important. (Cf. Talleyrand, Mémoires, t. III, p. 327.)
LE CAHIER VERT 28^i
6 août 1880. — Il n'y a point de plus grands maux, de plus ditliciles à réparer que ceux qui sont commis au nom de la religion par les hypocrites : l'hypocrisie entraîne les faibles ou éloigne les honnêtes gens de cette religion où ils ne voient qu'un moyen de satisfaire les passions haineuses, la confondant 'trop souvent avec celui qui s'en sert pour faire le mal.
Le Sacré-Cœur. — Dire comment cette maison s'est établie : M"'*" de Baudemont, première générale, aujourd'hui supérieure de Saint-Denis à Rome. Les persécutions que les Dames du Sacré- Cœur ont fait éprouver aux dames de Saint-Denys, — leurs calomnies et celles du nonce sur ces saintes filles, — la différence de cet ordre nouveau avec les autres ordres restés pauvres et point secourus parce que ce n'était pas de mode.
En opposition aux Dames du Sacré-Cœur :
Les Dames de Saint-Thom.as,
Les Filles de Saint-Vincent, i Hospitalières
Les Sœurs de la Providence, [ et faisant aus-
de la Sagesse, / si de l'éduca-
de Saint-Augustin, \ tion.
de Saint-Maur,
Ordres cloîtrés :
Les Bénédictines, \
Les Carmélites, / non
Les Ursulines, ( persécutées.
Les Trappistes', j
Il y avait à Rome un superbe couvent de Minimes (la Trinité-du-Mont), dont les moines étaient éteints ; il ne restait plus qu'un moine. Le couvent restait à l'Église de Rome, mais les revenus de 36.000 francs appartenaient à la France, qui avait doté ce couvent. Il fut ordonné, à l'extinction des religieux, [de les accorder] à l'ambassade après une petite rente qu'elle laissait à un des moines vivant encore en IS'iS, [et de] distribuer ces fonds aux pauvres Français qui se trouvaient à Rome ou qui y venaient en pèlerins. En 1828, Mesdames du Sacré-Cœur entreprirent de se faire donner, à Rome, ce couvent et d'y faire attacher à leur profit les 36,000 francs, qui étaient encore une trop faible somme pour soulager les malheureux Français qui se trouvaient à Rome. Ce fut pendant l'ambassade de M. de Laval que la chose se trama ; mais ce fut M. de Blacas qui,
1. Cf. supra page 85. Le Cahier Vert contient à cet endroit quatre feuillets blancs portant sur la première ligne de chaque page le mot : « Religieuses. »
de retour à Paris, conduisit l'intrigue. On dit au Roi que le Pape désirait des Dames du Sacré- Cœur et qu'il leur donnerait un ancien couvent vacant, si le Roi voulait leur abandonner une petite somme devenue disponible depuis l'extinction des moines, sans parler de l'emploi qu'en faisait l'ambassadeur: le Roi y consentit sans information. Ensuite M. Lambruschini ^ (nonce alors)...
H août 48S0. — M. Boisbertrand a (dit-il) prêté serment à cause du danger, danger qui n'existait pas dans la retraite. Peut-on voir une plus lâche hypocrisie ?
^2 août 4 880 y — On ne demandera bientôt plus quels sont les pairs qui ont fait le serment, mais quels sont les pairs qui ne l'ont pas fait. Cependant il est à remarquer que le plus grand nombre des jureurs se trouve parmi les grands faiseurs de coups d'État.
On s'est trop pressé d'exclure du droit de siéger
1. Luiggi Lambruschini ( 1766-185'+) archevêque de Gênes, était nonce à Paris depuis 1823. Il s'occupait d'une façon très active des affaires intérieures de la France, dans le sens absolutiste. Chateaubriand le représente, dans le Journal Secret du Conclave (1829) comme un «prélat passionné, entré beaucoup trop avant dans les intrigues d'un parti français.... et dont il est urgent de solliciter le rappel » i^Cité par Biré, dans son édition des Mémoires cVOutre- Tombe, t. V, p. 620.)
les fournées de pairs faites par Charles X ' ; nous aurions vu que ces braves gens sont tellement monarchiques qu'ils jurent toujours fidélité au premier venu pourvu qu'il soit Roi.
L'abbé Nicolle ^ a été renvoyé de la Sorbonne. Si Charles X avait renvoyé une centaine de ses bons serviteurs semblables à celui-là, il serait probablement encore sur le trône. L'abbé Nicolle est un très méchant homme, un très mauvais prêtre mais un très bon avare. Il est, du reste, bas et hautain et, ceci [est] sûr, il trouvera bien le moyen de s'y rattacher : il a fait du reste une scène horrible à l'abbé Guillon ^, qui officiait à la Sorbonne, parce que l'abbé Nicolle était caché
1. Une proposition tendant à modifier la Charte, présentée le 6 août par le député Bérard, contenait, dans les dispositions partfculiéres, un paragraphe annulant toutes les nominations de pairs faites sous Charles X. La Chambre des Pairs refusa de s'associera i-ette résolution, qui n'en fut pas moins appliquée en fait.
2. Chai'les-Dominique Nicolle (1758-1835i préfet des études au collège sainte-Bai'be (1789) émigra, collabora avec le duc de Richelieu pour la fondation d'Odessa: aumônier-honoraire de Louis XVIII (1817), agent influent de la Congrégation, recteur de l'Université (1821) il siégea comme conseillerde l'Instruction Publique jusqu'au 7 août 183o.
3. V-Ahhé Guillon 1760-1847), aumônier de la princesse de Lamballe, attaché à l'ambassade du cardinal Fescli à Rome, où Chateaubriand le connut; il était ccvnsidéré par l'écrivain comme un hâbleur ; professeur, puis doyen de la Faculté de Théologie de Paris, évêque in partibus du Maroc (1831).
pendant qu'il devait être à l'office; le frère de Fabbé Nicolle a fait deux fois banqueroute.
Mettre dans mes notes le discours de M. de Chateaubriand à l'avènement de Charles X'; la manière dont fut reçu ce [»rince, par qui fut abolie la censure et qui jura la Charte. Comment le refroidissement pour M. de Chateaubriand vint des menées de Villèle et Peyronnet au sujet du ministère d'État; la sottise de M. de Rivière.
Époque des disgrâces de M. de Chateaubriand : il perd toujours les places parce qu'il veut dire la vérité. Que de gens qui ne la disent que parce qu'ils ne sont pas en place... La différence entre ces deux espèces de gens^
W août ^830. — Les deux La Bouillerie^ (fils
1. Le Roi est mort, vive le Roi ! par F. A. de Chaïeauhriand, Paris, Le Normand, 1824.