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elle, elle n'était pas accoutumée. Mais c'est comme cela qu'on faisait des royalistes avec des libéraux; on ne ramène pas toujours à l'amour, mais, avec de la fermeté, de la raison, de la justice et surtout de la bonne foi, on donne le besoin de Tordre et de la tranquillité.
Février 4 SSL — On dit que les révolutions n'arrivent que lorsque le gouvernement n'est pas assez despotique et surtout quand il y a liberté de la presse : c'est toujours la démocratie aux prises avec la royauté et le pouvoir. Mais dans ce moment, en Pologne, par exemple, est-ce le peuple qui remue? 11 n'y avait pas là de gouvernement constitutionnel, ni de liberté delà presse. Eh bien, à défaut du peuple, ce sont les nobles qui ont voulu secouer le joug d'un insupportable despotisme et réclamer la foi jurée par le prince menteur à ses serments. En Italie, surtout dans les états de Modène, à peine y laissait-on pénétrer un livre de prière dans la crainte qu'on y méditât sur le Livre des Mois. Cependant voilà le duché de Modène en révolution et ce sont encore les nobles et les grandes intelligences qui se trouvent à la tête des révoltés. Dans les États du Pape, tout était arbitraire, à peine y permettaiton un journal censuré, et voilà les sujets du Pape
en pleine insurrection. En Russie même, sans cesse des signes de mécontentement ne sont que trop certains ; des conspirations ont déjà eu lieu et c'est un feu que la moindre étincelle fera éclater et, là comme ailleurs, ce n'est pas la démocratie, c'est l'aristocratie qui demande la liberté. Vous répondrez « Mais c'est la Révolution française qui étend ses racines partout ! C'est notre exemple que Ton suit I » Je vous prends par vos paroles; quand vous parlez de conspirations, vous dites toujours : Ce sont les Carbonari ! Donc, c'est d'Italie que nous sont arrivés les premiers conspirateurs et c'est à leur école que nous nous sommes formés. Ensuite, si des gouvernements tels que ceux de Pologne, de Modène et d'Italie ne peuvent se préserver de l'influence des idées françaises, il faut, ou que le système adopté soit bien insuffisant, ou que le mécontentement soit bien grand pour porter le peuple au désir de s'y soustraire à tout prix.
Février 48SL — Quels étaient les hommes qui formaient la camarilla de Charles X ? Le cardinal de Latil \ le plus méchant et le plus faux des
1. Jean-Bapttste-Marie-Anne de Latil (1761-1839), grand-vicaire de révêque de Sens, aumônier du comte d'Artois pendant l'émigration (1798); il confessa la comtesse de Polastronà son lit de mort. « 11 a été, dit Chateaubriand, son confident intime ; la remem-
hommes, sans esprit mais plein de ruses, ayant un instinct particulier pour reconnaître les hommes supérieurs afin d'en faire les objets de sa haine et de ses dénonciations auprès de son maître. Capelle : son nom seul est une tache à la monarchie ; vil comédien, séïde abject de tous les gouvernements, sans foi, sans honte et si exécrable préfet, sous Bonaparte, que celui-ci disait, lorsqu'il exila M'"^ de Staël à Coppet : « La voilà en sûreté sous la surveillance de ce coquin de Capelle. » Le baron de Damas, dont la bêtise seule serait une excuse à tout le mal qu'il a fait à la France, si cette bêtise ne lui laissait pas des moments assez lucides pour être méchant à propos. C'est l'hypocrisie incarnée et il tient tellement à une place qu'il renverse toutes les espérances du duc de Bordeaux, qu'il craint la rentrée de son royal pupille, ayant assez de bon sens pour sentir que ce serait le moment de la chute du coupable gouverneur. A ce triumvirat, joignons l'éternel La Bouillerie \ et vous aurez une idée des vrais
brance de M'"^ de Polastron s'attache au surplis du prêtre. » (Mémoire cV Outre-Tombe, t. vi, p. 94i. Évêque de Chartres (1817), pair de France, archevêque de Reims il824i, il sacra Charles X. Cardinal-duc (1826), il s'exila après 1830 et fit partie de ce que Chateaubriand appelle le « triumvirat », composé de Blacas, de Damas et de lui, qui s'efforçait de diriger l'éducation du duc de Bordeaux dans un sens « antipathique à la France ». 1. Alphonse de La Bouillerie reçut, avec le portrait des enfants
gouverneurs de notre pauvre France sous le règne de Charles X; et, qui a connu ces hommes encore plus pervers qu'ineptes, ne peut s'étonner qu'ils aient entraîné le trône dans l'abîme et bien plus que cela, dans la boue, d'où ils étaient presque tous sortis eux-mêmes, car, excepté M. de Damas, qui encore n'est pas des bons Damas, le cardinal est un homme de la plus basse classe, élevé au sacerdoce par la charité et à la pourpre par une prostituée, car, sans M'"" de Polastron ', le pauvre abbé de Lalil aurait pu à peine obtenir une cure de campagne. La Bouillerie est lils d'un meunier, il a été alternativement le valet de de Bonaparte et de Louis XVIII, encore [de] Bonaparte puis Charles X^; sa fortune est faite, de sorte qu'il s'est
de la duchesse de Berry, cette lettre de leur mère qui témoigne de sa reconnaissance : « Brandeïs, 4 septembre 1834. — Je désire que les portraits de mes enfants, qui seront remis de ma part à M. A. de La Bouillerie, soient acceptés par lui comme un gage de ma gratitude et de ma satisfaction toute particulière pour les soins donnés aux intérêts de mes enfants en sa qualité de membre du conseil de famille et que j'ai doublement appréciés comme mère et comme tutrice. — Signé : M-^hie-Caugline. (Document inédit.)
\. Loum iVEsparbc's^ co)ntesiie de Polastron (1764-1804), était devenue la maîtresse du comte d'Artois avec lequel elle vécut pendant rémigration. Elle mourut à Londres en conjurant le prince d'abandonner son ancienne manière de ^ ivre. Le comte d'Artois, converti par cette prière, observa le serment qu'il avait fait à celle que M""^ de Chateaubriand traite ici très injustement.