‹ Les cahiers de Madame de ChateaubriandChapitre 49 sur 66 · M. de La Bouillerie ne servit pas Napoléon pendant · texte numérisé non relu

M. de La Bouillerie ne servit pas Napoléon pendant

es Cent-Jours, malgré le désir de l'Empereur, ainsi que le

prouvent les billets suivants : k Voici ce qu'a dit hier l'Empe-

retiré du service. Pour Gapelle, tout le monde connaît son origine, moins basse que ses sentiments.

Mars ^831. — M. Ouvrard' est un des chargés d'affaires d'Holyrood ; cependant, il paraît constant que c'est lui qui a excité les révoltes de décembre et de février. Les Carlistes l'en accusent du moins ; on voit donc que les abatteurs de croix ne sont pas tous sous l'influence du parti républicain-.

reur : où est donc La Bouillerie et pourquoi est-ce que je ne le revois pas ? Le général Drouot est d'avis que vous vous présentiez tout de suite. Je crois que vous ferez bien d'aller chez M. le maréchal Bertrand à une heure où il y a revue et vous pourrez, quand Sa Majesté se préparera à sortir, vous faire annoncer ou la voir sur son passage. — Signé: Daru. 13 mars ». — «L'Empereur désire que vous vous rendiez à Paris, si vous n'y êtes pas encore revenu, afin de donner les renseignements qui peuvent être utiles relativement au Trésor. — Signé : Montesquiou. 24 mars » [Doc. inédits.)

1. Gabriel-Julien Ouvrard (1770-1846) munitionnaire de la Marine et banquier ; en 1823, il fournit des vivres pour un prix très élevé, aux troupes françaises en Espagne. Ces marchés donnèrent lieu à un procès, qui valut au financier cinq ans de prison et dont le scandale rejaillit jusque sur le duc d'Angoulême, son protecteur. L'auteur fait ici allusion à des faits dont on trouve l'explication dans les Mémoires de M-"* de Boigne. Selon cette mémorialiste, Ouvrard, de concert avec M'"* DuCayla, aurait négocié le mariage du comte Lucchesi Palli avec la duchesse deBerry. Il se mêla d'ailleurs à toutes les intrigues de cette époque [C{. Madame de Boigne, t. IV, p. 127 à 144 et Talleyrand, Mémoires, t. IV, p. 429.)

2. Il y eut des complicités carlistes daus les troubles qui mar-

On dit que toute l'Europe est en révolution ; j'en conviens, mais il ne faut pas dire, comme le disent certains carlistes, que tous ceux qui participent à ces révolutions sont des jacobins. Car, enfin, en laissant à part la révolution de France, qui n'a assurément été que trop provoquée, par qui celle de Belgique a-t-elle été faite? Par des catholiques opprimés, par des prêtres et d'honnêtes et paisibles bourgeois intéressés à la tranquillité : celle de Pologne, par des évêques et la première noblesse du pays; celle d'Italie, par des princes romains et par toutes les classes les plus éclairées de la société. Enfin, en Russie, la dernière révolte qui a eu lieu en 1825, est sortie du milieu de l'armée et a été appuyée par les plus riches seigneurs. Ainsi, tout ce qui souffre cherche un soulagement à ses maux, sans calculer les chances du remède; ce devrait être une leçon pour les rois: car enfin, les révolutions commencent toujours dans l'idée de se soustraire aux injustices d'un gouvernement despotique. Donc, le gouvernement qui, tôt ou tard, engendre la révolte, n'est pas le meilleur des gouvernements. Mais ces bons ultras connaissent bien le

quérent le début du règne de Louis-Philippe, notamment dans l'affaire de la rue des Prouvaires. (Cf. Amand d'Hautpoul, Souvenirs, p. 53.)

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terrain; si les Bourbons reviennent, ils savent comment s'y prendre pour faire tourner à leur profit les honorables routes qu'ils n'ont pas eu la bêtise de suivre.

28 ou 29 mai 4831 . — Comme le disait Bonaparte, M. de Chateaubriand a fait plus de bien aux Bourbons que la plus puissante armée et cependant celui-là, qui n'a eu qu'une marche et qu'un langage et qui n'a cessé de plaider la cause du Roi et de l'Autel, était appelé par les ultras un membre de défection ^ I et quels étaient ces ultras ? Ceux-là qui avaient tourné à tous vents et servi tous les gouvernements : c'étaient les Montmorency, qu'on vit figurer tour à tour dans les orgies de la Convention comme dans les antichambres de Bonaparte; les Brissac, bas valets des saletés de Madame Mère; les Girardin^ qui figuraient aux Cent-Jours dans les conseils de guerre qui condamnaient à mort les soldats

1. Charles X disait à M. de Villeneuve : « Chateaubriand a écrit contre moi bien des injures... Jolie excuse, pour élever le petit-fils, il dénigrait le grand-père... Aucune idée saine n'est dans cette tête ». (Villeneuve, Mémoires, p. 92 et 93.)

2. Louis-Xavier, comte de Girardiii ( 1776-1835 1 général de division (1814) : pendant les Cent-Jours, il commanda le département du Nord et fit exécuter, comme coupables de désertion à l'étranger, le colonel Pothier et une douzaine d'autres officiers qui s'étaient rendus à Gand, (Cf. M'"« de Bgigne, t. H, p. 238.)

qui avaient suivi le Roi à Gand ; les Ghifïlet', les Du Plessis de Grenédan-, les Guernon, les Ghantelauze, qui avaient, eux ou leur père, couvert leur tête d'un bonnet rouge au temps que l'on conduisait leur maître à l'échafaud ; enfin, Soult et tant d'autres maréchaux, traîtres à leur pays comme à tous les princes qu'ils avaient servilement servis et dont ils avaient excusé également les fautes et les ruines. Aujourd'hui par exemble, il est beau et surtout bien favorable à la cause d'une troisième Restauration de voir ce conseil d'amis de M°'^ la duchesse de Berry assemblé pour traiter les intérêts financiers des enfants de France et composé de MM. de Rosanbo, dont le fils...^ le père en ce moment, devait-il

1. Marie-Ferréol-Xavier Chiff/et d'Orchamps (1766-1835) conseiller au Parlement de Besancon (1786), conseiller à la Cour Impériale de cette ville ^1811), député rl815 et 1820-1827), pair de France (1827).

2. Louis-Joseph Mauron comte du Plessis de Grenédan (1767- 18421, maire de Rennes (1792), conseiller général d'Ille-et-Vilaine (an VIII), conseiller à la Cour Impériale de Rennes (,181 Ti, député (1815 et 1820-1830), il se fit remarquer comme ultra royaliste.

3. Ludovic de Rosanbo « jeune, remarquablement beau, excellent sujet et destiné à une belle fortune fut marié (18251, par la duchesse de Berry, à la fille, point jolie et éminemment médiocre, de son écuyer [M. de Mesnard) ». M"'^ de Rosanbo, mère du jeune homme, était « la meilleure des femmes et la personne la plus raisonnable sauf un grain de vanité qui tournait parfois sa bonne tête. La duchesse s'empara de ce faible, la cajola, la combla et lui fit faire cette sottise qu'elle a sûrement pleurée depuis». (Frémlly, Souvenirs, p. 514).

mettre son nom en avant? M. de La Bouillerie, traître à Bonaparte après les Gent-Jours et, il n'en faut pas douter, prêt à trahir de nouveau pour Philippe, si Philippe voulait lui rendre les 23.000 livres de rente qu'il tenait des Bourbons Amédée Pastoret : M. Pastoret disait, lors de la Restauration, que les bourbonnistes avaient fait marquer sa maison pour la désigner à l'armée royaliste. Si ce sont là des amis, il n'est pas étonnant que nous ne soj^ons pas du nombre.

Lorsque la dernière brochure de M. de Chateaubriand, intitulé3 : De la Restauration et de la Monarchie Elective, a paru , k gouvernement disait : « Encore deux brochures semblables et le duc de Bordeaux est sur le trône ». Aussi cette brochure a eu Passentiment de tous les partis à cause, pour les uns, de ses principes, pour les autres, de sa modération et de sa loyauté I Elle a éprouvé un seul échec. Où cela? à Holyrood^ Hélas î malheureusement, qui ne verrait le doigt de Dieu dans cet aveuglement qui poussa cette famille à se jeter sans cesse dans les bras de ses ennemis et qui se servit même de ses ennemis pour neutraliser la puissance de ceux qui leur étaient véritablement dévoués et pouvaient encore

1. Résidence de Charles X et de sa famille en Angleterre pendant les premiers mois qui suivirent la révolution de 1830.

les sauver I En Suisse et dans toutes les villes de France par où nous avons passé, nous avons entendu le même langage : « Encore une ou deux » brochures, M. de Chateaubriand, et vous ramè- » nerez le duc de Bordeaux. »

Les ministres tombés, le cardinal de Latil, M. de Damas, les Brissac, auteurs du journal d'0['Mahony]'craignaient plus la rentrée deM. le duc de Bordeaux que le plus grand républicain à commencer par M. de Lafayette. Mais au surplus il est remarquable qu'à la première comme à la seconde Restauration, comme à la troisième chute, les Bourbons n'ont aimé que ceux qui avaient quelque chose à se reprocher : le secret de cela c'est que de tous temps les Bourbons n'ont aimé, comme le disait Henri III, que leurs chiens. Je me rappelle qu'à Gand, leur passion (après Fouché), était le duc de Feltre. Ce duc de Feltre était comme tous ceux qui ont quelque chose à se reprocher, violent dans les opinions de la cour, bas et servile auprès de Louis XVIII comme il l'avait été auprès de Bonaparte. C'était du reste un misérable marié à une femme divorcée : il fut, sous Napoléon, un des plus méchants séïdes de son maître et ne fut adopté par Monsieur (Charles X)

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