‹ Les cahiers de Madame de ChateaubriandChapitre 8 sur 66 · M"^ de Chateaubriand écrit par erreur · texte numérisé non relu

M"^ de Chateaubriand écrit par erreur

2. M"* de Kergariou avait épousé, en 1799, le comte des Las- Cases, auteur du fameux Mémorial de Sainte-Hélène.

3. Claire-Louise-Rose-Donne de Kersaint, duchesse de Duras (1777-1829), épousa, en Angleterre, AmédéedeDurforI, plustardduc de Duras et rentra en France sous le Consulat. « Elle avait de l'imagination et un peu même, dans son visage, de l'expression de M'^^ de ^idiél y> (Mémoires d'Outre-Tombe, t. III, p. 458). Groupant dans son salon, un grand nombre d'esprits distingués, elle contracta des amitiés influentes, qui lui permirent de jouer un rôle politique important et dont elle usa souvent en faveur de Chateaubriand. La « chère sœur », comme l'appelle l'écrivain dont elle avait fait sa connaissance chez M"'«de Coislin, témoigna, à son endroit, d'un inlassable dévouement : tout en le raillant un peu sur son assiduité à l'Abbaye-aux-Bois, elle l'aida dans les différentes phases de sa vie politique, comme dans ses ennuis privés. C'est ainsi que M"* de Duras collabora fortement à l'envoi de son ami, comme représentant de la France, au Congrès de Vérone (Cf. Bardoux, Madame de Duras, passimi.

que notre cousin Armand de Chateaubriand^ avait été arrêté sur les côtes de Bretagne et qu'il était déjà depuis treize jours en prison à Paris; il revenait d'Angleterre, chargé des dépêches des princes*. Malgré sa répugnance, mon mari demanda

1. Armand de Chaleauhriand (1769- 1809), officier avant 1784, émigra et fat employé par le prince de Bouillon comme émissaire de l'agence royaliste établie à Jersey. Il fit de nombreux voyages en France; en 1808, il devait y venir de nouveau pour étudier l'état des garnisons en vue d'un débarquement ; de plus, il emportait des lettres pour plusieurs personnages, l'abbé Sicard, le vaudevilliste Laya... Parti le 25 septembre, il se cacha chez Désiré de Boisé-Lucas, lui révéla sa mission et, sans se rendre à ses observations, lui demanda deux émissaires, l'un pour Brest, l'autre pour Paris. Boisé-Lucas lui désigne à Brest Gouyon de Vaurouàult et son propre fils se chargea des lettres pour Paris. Armand de Chateaubriand, après s'être entendu avec l'aubergiste Chauvel qui devait recevoir sa correspondance de Jersey, voulut se rembarquer; retardé par l'arrestation du patron de sa barque, Quintal, il partit le 9 janvier avec le matelot Despagne; mais une tempête les força de s'arrêter à Bretteville, où la police s'empara d'eux. On trouva sur la plage, près de Carteret, une liasse de papiers que Chateaubriand avait jetée à la mer, avant d'atterrir. Grâce aux renseignements contenus dans ces documents, on arrêta aussitôt Guyon à Brest, Boisé-Lucas père à Saint-Cast et son fils à Paris. Chateaubriand fut conduit à Rennes, puis écroué à la Force, à Paris, dans k nuit du 5 février. Interrogé par Real et transféré à l'Abbaye, une commission militaire, nommée le 25 février, ouvrit une instruction qui fut close fin mars. Le général de Bazancourt lut l'arrêt condamnant à mort Chateaubriand, Guyon et Boisé-Lucas fils, les autres à des peines diverses. L'écrivain mit tout en œuvre, inutilement, pour sauver son cousin; on ne réussit pas mieux pour Guyon et les deux inculpés furent exécutés le Vendredi-Saint dans la plaine de Grenelle (Cf. Mémoires d' Outre-Tombe, t, III, p. 16 et suiv. et appendice III; G. de Contades, Emigrés et Chouans; E. Daudet, La Police et les Chouans).

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une audience à Fouché et se rendit chez lui avec M'"^ de Custine* qui le connaissait beaucoup. Fouclié nia que notre cousin fut arrêté, qu'il n'y avait personne en prison portant le nom de Chateaubriand : il jouait sur les mots ; Armand ayant été pris sous un autre nom*^ Fouché le trompa aussi longtemps qu'il put"^ et plus tard, quand il fut obligé d'en convenir, il nous dit qu'il nous l'avait caché parce que lui-même n'était pas sûr que le détenu fut M. de Chateaubriand. Il n'était déjà plus temps de sauver ce malheureux jeune homme : il fut condamné. Mon mari écrivit à Bonaparte pour lui demander justice ou grâce pour son cousin. Bonaparte balança* ; mais, comme quelques expressions de la lettre l'avaient, dit-on, choqué, il répondit : « Chateaubriand me demande » justice, il l'aura » et, Fouché ayant fait presser l'exécution, il fut fusillé le lendemain, jour du

1. Louise- Éléonore-Mélanie- Delphine de Sabran (1770-1826^, mariée à Philippe de Custine, qui fut guillotiné en 1794. Elle connut Chateaubriand en 1803 et lui voua une affection inébranlable jusqu'à sa mort, n'épargnant aucune démarche qui pût lui être utile ou agréable. L'amitié de M"'« de Custine pour Fouché servit plus d'une fois Chateaubriand, notamment à l'apparition des Martyrs. Le régicide était alors le « grand ami », mais au moment de la mort d'Armand comme en nombre d'occasions, Fouché sut faire la part de la politique dans l'amitié.

2. Armand de Chateaubriand avait pris le nom de Terrier, ce qui explique la raison invoquée par Fouché : cependant le ministre n'avait aucun doute sur la véritable identité de Tinculpé qui était surveillé depuis longtemps.

Yendredi-Saint (à quatre heures du matin), dans la plaine de Grenelle. Son parent, M. de Gouyon de Saint-Loyal, périt avec lui. Ils avaient été arrêtés ensemble avec un monsieur de Boisé-Lucas qui obtint sa grâce on ne sait comment, car il était le plus coupable : il n'avait à Paris ni parents, ni amis, qui pussent plaider pour lui auprès de Bonaparte'^, il fut accusé d'avoir vendu ses camarades, mais la chose n'a pas été bien prouvée^*. Pasquier vint nous voir le jeudi : il fut bien, nous devons lui rendre justice; il fit ce qu'il put, mais il ne put rien*.

Mon mari fut averti du moment de l'exécution, mais à 5 heures seulement. Quand il arriva sur la place de Grenelle, son malheureux cousin avait déjà payé sa dette à la fidélité; il était encore palpitant et couvert du sang qu'il venait de répandre pour les Bourbons. Déjà, un autre

1. Boisé-Lucas fils ne fut pas exécuté. C'était un personnage assez peu sympathique ; enchanté d'une occasion qui s'offrait d'aller à Paris, il remit aux destinataires les lettres dont il était chargé pour eux et s'occupa surtout de se distraire. Les rapports, qu'il envoya de Paris étaient peu sérieux. Cependant, rien ne confirme absolument la lâcheté dontM"'°de Chateaubriand l'accuse, bienqu'il paraisse évident que, cuisiné par Real, il eût dévoilé tout le complot. Selon les Mémoires d'Outre-Tonibe, il aurait été sauvé par M*"* de Gouyon ; selon Daudet, à cause de sa jeunesse. Il resta en prison jusqu'en 1811 \Cf. Mémoires d'Outre-Tombe, t. II, p. 23; Daudet, passimi.

Chateaubriand \ le frère de mon mari, le petit-fils de M. de Malesherbes, avait péri pour la même cause. Tous les deux ont laissé des enfants, héritiers de leur dévouement à la Légitimité. Et, à la Restauration, ces enfants n'ont pu obtenir, je ne dirai pas une grâce, mais une justice d'une famille pour laquelle ils auraient donné et donneraient encore leur vie.

Le nom de Chateaubriand semble être odieux aux Bourbons ; il est vrai qu'on n'a jamais eu un reproche réel à lui faire. Si un Chateaubriand eût coupé des têtes au lieu de porter la sienne sur l'échafaud, il eût trouvé, comme Fouché, honneur et grâces auprès de la royale famille. Jamais le comte Louis de Chateaubriand ^ fds du frère aîné de mon mari, n'a pu obtenir une

1. Jean-BajiUsle-Auguste de Chateaubriand^ comte de Comboioy (1759-1794), conseiller au Parlement de Rennes, présenta son frère à la cour de Louis XVI (1787) ; la même année, il épousa M"^ Lepelletier de Rosambo, pelite-fille de Malesherbes ; ses opinions anti-révolutionnaires Tavaient fait surnommé Venragé Chateaubriand {Mémoires d' Outre-Tombe^ t. II, p. 34) ; il émigra à Bruxelles. Rentré en France à l'appel de Malesherbes, après le

10 août, il fut guillotiné avec lui, ses beaux-parents et sa femme le 22 avril 1794.

2. Geojf roi-Louis comte de Chateaubriand (1790-1873), commandait le 4'= régiment de chasseurs pendant la campagne d'Espagne (1823). Il fut, par ordonnance rovale, institué héritier présomptif de la pairie de son oncle Chateaubriand, qui n'avait pas d'enfant.

11 démissionna en 1830, après avoir accompagné CharlesX jusqu'à Cherbourg. Il laissa un fils et cinq filles.

place de simple gentilhomme de la Chambre, tandis qu'on jetait ces places au nez de tous les révolutionnaires les plus bas et les plus obscurs. Car n'allez pas croire que la Restauration allât chercher dans l'opposition ce qu'on appelle des hommes spéciaux : Decazes^ Cappelle-, Pastoret^ l'un favori du Roi, l'autre ministre et le troisième chancelier, étaient des hommes dont le nom n'était pas prononcé sous l'empire, hors la société congréganiste*. Les premiers révolutionnaires

1. Elie duc Decazes, (1780-1860), succéda au duc de Blacas dans la faveur de Louis XVIIJ, qui le surnomma tour-à-tour préfet puis ministre de la Police. En 1817, Decazes, sous la présidence du général Dessoles, forma un cabinet dont il devint lui-même président en 1819. Renversé par les ultra-royalistes après l'assassinat du duc de Berry, il fut nommé ambassadeur à Londres. Rallié à la Monarchie de Juillet, il se retira en 1848. Il collabora à la saisie de la Monarchie selon la Charte (1816). Chateaubriand le combattit vivement dans son journal Le Conservateur.

2 Guillaume-Antoine-Benoit baron Capelle (,1775-1843), sous l'Empire, préfet de Livourne, de Genève, qu'il abandonna en 1813 à l'approche des Alliés, ce qui le fit destituer. Secrétaire du ministre de l'Intérieur (1822 1, préfet de Seine-et-Oise (1828), ministre des Travaux Publics dans le cabinet Polignac (1830), il signa les ordonnances de Juillet et fut condamné par contumace à la prison perpétuelle. Il rentra en France après l'amnistie de 1836.

3. Claude-Emmanuel- Joseph-Pierre de Pastoret (1755-1840), pris une part active au début de la Révolution, comme député à l'Assemblée Législative, membre du Conseil des Cinq-Cents, professeur de législation au Collège de France, sénateur ilbOO), comte de l'Empire, pair de France (1814), marquis (1817), ministre d'État (1826), successeur de Dambray comme chancelier de France (1829). Sa fidélité aux Bourbons lui valut d'être nommé tuteur des enfants du duc de Berry ('1834),

furent placés par les Bourbons, parce qu'ils se firent craindre, les derniers parce qu'ils se firent saints ; ceux-ci furent les enfants de la Congrégation ^ dont le maréchal Soult- fut Técolier le plus distingué.

Pendant le procès du malheureux Armand, l'impératrice Joséphine et la reine Hortense^ firent tout ce qu'elles purent pour le sauver et, en général, hors le cardinal Fesch, toute la famille fut admirable ainsi que presque toutes les personnes de l'opinion contraire à la nôtre. Il n'en fut pas ainsi parmi ceux qui auraient dû être nos amis : peu furent bien, beaucoup furent

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