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Villemain est demeuré entier après son accident, au milieu de la ruine de tout le reste en lui, comme dans un salon le vernis et le doré •de la boiserie subsisteraient encore, lorsque le -mur dessous serait en complet délabrement. — Crevez le papier ou la tapisserie, et derrière il .n'y a rien.
Un jour qu'il avait été repris de ses lubies €t de ses papillons noirs, il avait à dicter à son secrétaire, le vieux Lurat, un de ces Rapports annuels qu'il fait si bien. Il se promenait à grands pas, dictait à Lurat une phrase; puis, s'arrêtant tout à coup, il regardait au plafond et s'écriait : à V homme noir! au jésuite ! puis, reprenant le fil de son discours, il dictait une autre phrase qu'il interrompait de même par une apostrophe folâtre : et le Rapport se trouva ;ainsi fait aussi bien qu'à l'ordinaire. Des deux echeveaux de la pensée, l'un était sain, l'autre
était en lambeaux. Quelle leçon d'humilité! ô vanité de talent littéraire!
Villemain est proprement un trichéor , comme disaient nos vieux trouvères. Si l'Académie le charge comme son secrétaire perpétuel de mentionner dans son Rapport la lettre et le bienfait de M. de Salvandy en faveur du jeune Labatut, il a soin d'oublier de le faire.
Après une discussion approfondie sur Cormenin (les Entretiens de village)^ il a eu soin de rédiger le procès-verbal d'une manière fallacieuse. — Il a rédigé le procès-verbal où se trouve la censure du procédé d'Alfred de Vigny, de façon à atténuer la décision votée par l'Académie, à l'adoucir sensiblement...
Mais il a une flûte admirable, il en joue à ravir ; c'est toujours surprise de l'entendre par moments, même lorsqu'on y est accoutumé. A l'Académie, l'autre jour (2p octobre 1846), il a
parlé durant une heure et un quart à propos du Dictionnaire, et devant treize personnes que nous étions, avec un talent, une fertilité, une effusion et par moments une émotion dont rien ne saurait donner idée à qui ne l'a pas entendu. C'était un rideau brillant, flottant, éblouissant, qui faisait disparaître le fond du sujet. Était-ce là faire preuve d'un esprit bien solide> non pas ; mais il avait besoin de jouer de son instrument, et il en a joué. C'était admirable, ou plutôt c'était merveilleux.
J'aime le naïf dans les jugements. Je remarque comme les jeunes filles du peuple sentent souvent bien la poésie. La petite Bohème, qui ne sait pas lire, juge à merveille des vers de Chénier, de Lamartine, de M'"® Valmore; elle s'écrie aux plus beaux, aux plus passionnés surtout et aux plus tendres. Et quant à Victor Hugo, elle sait très-bien en dire : « Il a
DE SAINTE-BEUVE. jj
de beaux vers, mais je Taime bien moins que Lamartine. Il a comme cela trop de fantaisie à tout moment, trop de fierté. » C'est ainsi qu'elle appelle son fastueux et son pomposo. — Elle dit encore de lui : // se donne trop de gants.
— JK/H
Il font de la théologie à vingt ans, ils n'y a pas à désespérer qu'ils ne commentent VoArt d'aimer à cinquante.
Les médecins sont sujets à être matérialistes, et les astronomes à être athées. C'est que les premiers ont continuellement sous les yeux le cerveau de l'homme, tandis que les autres n'aperçoivent nulle part le cerveau du monde.
Les sciences physiques et naturelles ont
changé de face de nos jours; elles changent -chaque matin par le travail incessant d'une foule de travailleurs distingués. M. Dumas défait la chimie de Lavoisier; M. Gaudichaud met sens dessus dessous la physiologie végétale ; l'autre jour, M. Regnault donnait un rude .échec à la loi de Mariotte. En un mot, quantité de résultats qui passaient pour établis ont cessé de le paraître. De même en histoire, en littérature. Ici le caprice s'en mêle davantage; on défait, on retourne des personnages. Hier on nous a fait un Pascal sceptique : aujourd'hui ■on nous promet un Diderot spiritualiste (1846).
Le plus souvent nous ne jugeons pas les autres, mais nous jugeons nos propres facultés dans les autres.
Quand on voit une personne, une double
question à se faire : — Quel âge a cet homme > — Quel âge ont ses pensées.^
J'ai tant de respect pour la philosophie que je crois qu'elle n'existe véritablement que chez celui qui la trouve, et qu'elle ne saurait ni se transmettre ni s'enseigner.
L'envie est un sentiment petit et qui agit surtout à de petites distances. On envie particulièrement ses égaux, ses camarades, ses voisins :• Villemain envie Cousin ; Nisard envie Saint- Marc. Le potier envie le potier. J'ai connu des bourgeoises qui auraient passé à leur amant une infidélité auprès d'une duchesse, et qui ne lui pardonnaient pas d'être poli avec la femme d'un employé, si c'était dans leur coterie. Quand l'envie s'étend et monte d'une sphère à l'autre, elle change de nom et même.-
de caractère. L'ambition des grands cœurs se déclare. Il fallait l'orgueil de Lucifer pour vouloir être Dieu.
J'ai vu mon petit ami libertin (Baudelaire) qui m'a dit les choses les plus étranges en littérature et en poésie, mais spirituel et qui m ouvre des jours sur les générations survenantes. Il raffole de Balzac et m'en donne une théorie très-amusante, et qui a cela de précieux pour moi qu'elle est bien au point de vue de cet auteur et qu'elle me le fait comprendre. Mais quand il en vient à Hugo, il me dit : « C'est un âne de génie. » — « Un âne! » dis-je; et j'essaye de l'en faire démordre. « C'est un mulet obstiné que vous voulez dire?» — « Non, c'est bien un âne. » Il y tient et je iinis par comprendre sa pensée, par y entrer même. — Seulement, pour être juste et ne pas déroger à l'héroïque, j'ajouterai que c'est l'âne d'Ajax, qui tient bon dans le champ hérissé de chardons,
et sur qui on brise bien des bâtons avant de le forcer à la retraite, qu'il fait toujours en bon ordre.
Mérimée est un observateur malin, précis, un charmant et parfait conteur, mais jamais personne en causant n'a fait moins de dépense d'idées proprement dites. — Cette justesse d'observation, Mérimée ne la porte que dans les faits précis, positifs, presque matériels : il ne la pas dans ses jugements littéraires ni moraux. — En fait de jugement littéraire, il avait bien auguré, après lecture, du succès à'oAgnès de Méranie; et il estimait que le discours de Dupaty était spirituel et aurait un genre de succès qui, s'il n'était pas académique, n'en vaudrait pas moins.
Oh! que je Hais, en fait d'art, ces jugements soi-disant sensés, qui, ne se laissant pour rien
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déloger de leurs cadres, ne savent ni remonter d'une idée au-dessus des choses de leur berceau, ni se transporter dans la postérité d'une journée par delà Tinstant de la tombe. Ils représentent le préjugé vivant dans toute sa rectitude et son aplomb.
Laprade et Pohsard font de beaux vers, mais ces beaux vers sont prudents et froids. Ponsard dit de Laprade : (f Comme ce Laprade est lourd et ennuyeux! » — Que dit Laprade de Ponsard?
A combien de livres d'érudition ne pourraiton pas mettre pour épigraphe ces lignes de Galiani :
« Rechercher toujours sans rien trouver, enfiler des éruditions sans les lier, entrevoir sans
voir, ne partir d'aucun principe et aller sans aucun but. »
On a beau faire, on ne peut se purger de tout son christianisme. Mérimée ne croit pas que Dieu existe, mais il n'est pas bien sûr que le diable n'existe pas.
Soyons philosophe, ayons de la philosophie et même une philosophie, mais ne faisons pas de la philosophie.
J'ai l'esprit étendu successivement^ mais je ne l'ai pas étendu à la fois. Je ne vois bien à la fois qu'un point ou qu'un objet déterminé.
Cousin au contraire a l'esprit très-étendu; s'il est souvent dans les à peu près quand il
s'agit de juger le particulier, il devient admirable d'exposition et de déploiement dans les régions où il y a de Tespace; son regard a besoin d'horizon.
Je n'ai jamais vu d'homme aussi dépourvu de jugement proprement dit, et ayant aussi peu la juste mesure des choses que Charles Nodier.
Et, en général, dans cette Ecole dont j'ai été depuis la iin de 1827 jusqu'à juillet 1830, ils n'avaient de jugement personne, ni Hugo, ni Vigny, ni Nodier, ni les Deschamps; je iis un peu comme eux durant ce temps; je mis mon jugement dans ma poche et me livrai à la fantaisie. Au sortir d'une Ecole toute rationaliste et critique comme Tétait Le Globe^ au sortir d'un commerce étroit avec M. Daunou, ce m'était un monde tout nouveau, et je m'y oubliai , savourant les douceurs de la louange
qu'ils ne ménageaient pas, et donnant pour la première fois carrière à certaines qualités et facultés poétiques et romanesques que jusqu'alors j'avais comprimées en moi avec souffrance. Je sentais bien par moments le faux d'alentour; aucun ridicule, aucune exagération ne m'échappait; mais le talent que je voyais à côté me rendait courage, et je me flattais que ces défauts resteraient un peu le secret de la famille. Hélas ! ils n'ont que trop éclaté depuis à la face de tous. Je m'efforçais cependant, sous forme indirecte (la seule qui fût admise en ce cercle chatouilleux) d'éclairer, de rectifier la marche, d'y apporter des enseignements critiques, et dans la manière dont je présentais mes amis poètes au public^ je tâchais de leur insinuer le vrai sens où ils devaient se prendre eux-mêmes, se diriger pour assurer à leurs talents le plein succès ^ Et puis au milieu
I. Sainte-Beuve a dit ailleurs: « Dans mes Portraits, le plus souvent la louange est extérieure, et la critique intestine. »
de tout cela, et quoi que ma raison pût tout bas me dire, un charme me retenait, le plus puissant et le plus doux, celui qui enchaînait Renaud dans le jardin d'Armide.
Depuis 1830, ce dernier charme a continué de régner en moi durant plusieurs années, et en même temps ma raison était complètement éclairée sur les défauts des hommes de cette École. De là une lutte bien pénible et bien de la contrainte dans l'expression de ma critique. Enfin elle s est fait jour.
Un moraliste physiologiste a dit : « De même qu'un arbre pousse inévitablement du côté d'où lui vient la lumière, de même l'homme, qui a Fillusion de se croire libre, pousse et se porte du côté où il sent que sa faculté secrète peut trouver jour à se développer. Celui qui se sent le don de la parole se persuade que le gouvernement de tribune est
le meilleur; celui qui a le génie de la prédication est incliné à croire que l'ordre des frères prêcheurs est d'institution divine, et il le réinventerait plutôt que de s'en passer : ainsi de chacun. »
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J'ai dîné hier dimanche (3 octobre 1847) chez Thiers : il y avait Cousin et Mignet. On. a parlé de Béranger. Thiers, qui Ta bien connu et qui a vécu avec lui durant de longues années, dans les moments les plus décisifs de son existence, le juge comme moi : un homme calculé^ faux bonhomme, un comédien qui ne fait rien que par rapport à son rôle^ dans les plus petites choses comme dans les plus importantes ; d'une vanité qui n'a de comparable que celle de M. de La Fayette; ayant d'ailleurs du patriotisme sincère. Comme bon sens, il lui en trouve beaucoup, mais gâté par un esprit de contradiction et par le caprice. Cousin non
plus que Mignet ne voient rien de tout cela et sont dupes du dehors. Je souriais en entendant Cousin défendre chaleureusement Béranger; je me rappelais que celui-ci ne l'appelait jamais dans un temps que le laquais de Platon, et qu'il disait de Mignet : « Oh ! pour Mignet, il est comme les chats qui peuvent passer même par les égouts sans se salir... » Car tel est Béranger quand il parle, le dos tourné, de ses amis : il a une manière de les louer qui les dénigre.
Ce qui distingue, en certaines matières à ma portée, le soi-disant érudit de l'amateur éclairé, c'est que le premier hérisse ses pages de notes et ses notes de signes bizarres (c/r.), rétablit les fautes d'orthographe dans les passages qu'il cite, copie les noms propres estropiés en écrivant sic entre parenthèses, et s'abstient soigneusement de tout agrément, de toute idée,
comme aussi de jamais citer les modernes qui en ont.
M. Royer-CoUard disait de M. de Rémusat (ce qui était vrai en ce temps -là) : « Rémusat, c'est le premier des amateurs dans tous les genres. »
(Extrait de lettre à M'"^ Hortense Allart.) — f Je connais Leroux à fond et Tai fort apprécié dans un temps. J'ai vécu presque deux ans avec lui, le voyant tous les jours. En 1830, nous fîmes Le Globe ensemble, et je lui servais de plume, car la sienne alors n'était guère plus taillée qu'un sabot. Mais il était plein d'idées et avait ce que j'appelais un cerveau ubéreux; il ne s'agissait que de le traire. Je Tai vu refuser ces places dont parle Béranger; il aurait mieux fait de les accepter... Quand il se rit saint-simonien, c'est moi qui lui rédigeai sa Profession
de foi ; il n'a fait qu'y mettre deux ou trois pâtés en y louchant. Je l'aimais, je faisais grand cas de lui, mais dans une certaine mesure, et non pas comme d'un dieu ni d'un révélateur. Or c'est ce dernier rôle ni plus ni moins qui le tente, et toute son ambition s'y est tournée. Il s'est mis à endoctriner des femmes et des ouvriers, à avoir des dévotes et des séides. Tous moyens lui sont devenus bons... Dès que j'ai eu bien avéré ce point, il n'a plus été pour moi qu'un charlatan chez qui le vrai et le faux s'amalgament selon les vues et les intérêts de la circonstance... Après cela, faites-moi lire son dialogue [Le Carrosse de M. QAguado)\ car, encore un coup, je reconnais à Leroux des idées et une certaine puissance confuse... »
On remarque souvent que les santés délicates se fortifient et se raffermissent en avançant dans la vie. C'est que dans la jeunesse les organisa-
tions délicates font certaine chose qui les aiguise et les excite singulièrement. Plus tard^ quand cette chose ne se fait plus ou se fait de moins en moins, la vie se décolore d'autant, mais la santé s'améliore.
Les organisations délicates sont à l'instant averties du moindre dérangement; elles lepressentent pour ainsi dire à l'avance et par des sensations fugitives qui échappent à des organisations plus robustes. Elles ont comme des sentinelles à chaque organe, qui crient qui vive au moindre mouvement irrégulier. — Comme ces personnes qui ont le sommeil léger, elles ne se laissent pas surprendre par le voleur, et il les trouve en garde et debout-
Je définis le sommeil une fonction durant
laquelle Forganisation se livre à un travail profond de réparation sur elle-même. La condition pour que cette réparation soit aussi complète que possible, c'est qu'il n'y ait aucune distraction au dehors : la vie de relation et celle d'intelligence doivent être totalement suspendues. Les fonctions animales elles-mêmes sont ralenties. Si le sommeil pouvait être suffisamment profond et prolongé , il rendrait chaque fois la jeunesse ; chaque matinée serait une parfaite jeunesse. Toute cette fatigue, qui est inséparable de l'exercice de la vie, aurait disparu. Mais il n'en saurait être ainsi que pour Apollon et les dieux de l'antique Olympe. La fatigue humaine n'est, pour ainsi dire, purgée qu'incomplètement par le sommeil ; il en reste nécessairement , il s'en accumule dans chaque organe; elle s'y fixe, et en s'y fixant les vieillit. Cela augmente avec les ans , et en même temps le sommeil, le grand réparateur, diminue ; de moins en moins il répare. On se réveille presque aussi fatigué qu'on s'était endormi.
L'extrême fatigue habituelle est comme synonyme de l'extrême vieillesse. J'éprouve une grande difficulté d'être, disait Fontenelle ; et, poussée à sa dernière limite , cette fatigue deviendrait la mort naturelle , indépendamment même de tout accident. Les Anciens, dans leur langue voisine des choses, disaient, pour désigner les morts , ol xay.ovTc; , les fatigués.
M. Saint-Marc Girardin est une de mes antipathies; il a dans la voix des notes fausses que je retrouve jusque dans son esprit. Jeune, il n'a jamais eu de cœur ni de foyer. C'est ce qu'on appelle un homme d'esprit assurément, c'est surtout un bel esprit, mais ce n'est ni un vraiment bon esprit ni une intelligence vigoureuse, et ceux qui le croient et qui sont délicats d'ailleurs, je leur en demande bien pardon , se trouvent en défaut de goût sur ce point-là.
Pierre Leroux n'a jamais su écrire , en ce sens qu'il n'a jamais su se borner. Quand il commençait un article, il voulait bientôt y faire tout entrer; l'article grossissait à vue d'œil et devenait un paquet énorme où l'Orient, l'Europe, toute la politique, toute la théologie, toute l'esthétique, avaient peine à tenir. Un jour, on lui demanda une préface pour les Fables de Pierre Lachambeaudie, qui devaient paraître en livraisons. Il hésita d'abord, il répondit par un certain rire sardonique qu'il a, et fit la petite bouche. Puis, quand il s'y mit, il commença à s'étendre, à parler de tout; c'était à n'en plus finir, tellement que pour que les Fables trouvassent leur place à la suite de ce travail, qui menaçait de prendre tout le volume, il fallut l'avertir et Tarrêter. Les Fables semblent reléguées à la suite comme pièces à l'appui.
Leroux m'a fait comprendre (ce que la jeu-
nesse ne soupçonnerait pas d'elle-même) qu'il y a, chez les systématiques convaincus, une heure mauvaise où le charlatanisme se glisse aisément, et oii, si l'on ny prend pas garde, l'indifférence sur le choix des moyens commence. C'est là une amère et utile école, et je la lui dois.
Charlatanisme ! il en faut, je crois, dans la politique, dans l'art de gouverner les hommes. Napoléon disait un jour à propos de charlatan : « Charlatan tant que vous voudrez, mais où n'y en a-t-il pas? Corvisart est charlatan, et pourtant, si votre femme ou votre fille est malade, vous appellerez bien vite le charlatan Corvisart. » — Oui, mais dans l'ordre de la pensée, dans l'art, c'est la gloire et l'éternel honneur que le charlatanisme ne pénètre pas, c'est ce qui fait l'inviolabilité de cette noble partie de l'homme.
Ce qui manque à Cousin, c'est Tentière franchise : il fait de la politique en tout, il a du manège. En philosophie, il ne dit pas son fin mot; s'il juge M. Royer-CoUard, il le tire à lui; sil combat Salvandy sur la loi de médecine, il s'inquiète bien moins d'avoir raison sur le fond du débat que de démolir la loi de son adversaire. A l'Académie, il éternise avec Hugo des discussions dans lesquelles ce dernier a pourtant raison quelquefois. Cousin n'est qu'un grand chef d'école et de parti; ce n'est pas un philosophe.
Il y a deux sciences indispensables pour s'orienter avec quelque sûreté dans ce qu'on appelle la métaphysique, c'est la physiologie et les mathématiques : nos éclectiques modernes n'ont étudié ni l'une ni l'autre.
Les Anciens se rompaient à la rhétorique un peu comme autrefois les gens comme il faut apprenaient l'escrime. La rhétorique était une arme qui, dans bien des cas, sauvait la vie, un instrument de protection autant que d'ambition. Devant ces assemblées de peuple, cruelles et mobiles, un dénonciateur éloquent pouvait vous perdre; il fallait être, à chaque instant, en mesure de parer à un effet oratoire. La rhétorique était la sauvegarde de l'homme public, comme fut l'épée plus tard pour le gentilhomme.
Le peuple de Paris a une dévotion toute particulière pour les morts. Hier, jour de la Toussaint (i^' novembre 1847), il y avait procession à tous les cimetières ; la foule y affluait avec des fleurs et des couronnes pour les tombeaux. On remarquait au Père-Lachaise le tombeau d'Héloïse et d'Abélard qui était sur-