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LE CLERGÉ DES PAROISSES

Au-dessous des deux clergés que nous venons de décrire, — le clergé régulier et le haut clergé noble, — végétait, méprisé, misérable, le clergé roturier des paroisses.

Sur les 224,800,000 francs, — total minimum du revenu annuel des biens d'église, y compris les rentes, cens et dîmes, — Bonvalet-Desbrosses, statisticien royaliste et clé-

(1) Raudot, la France avant la Révolution, p. 09.

rical, évalue la part revenant aux 36,243 cures et aux 5,32:2 annexes à 36 millions (I). Neckcr estimait (2) à 40, à 45 millions au plus les émoluments de toute nature touchés par les piètres employés au service paroissial.

Ces prêtres, curés en titre, vicaires perpétuels, recteurs, ou, comme on dit aujourd'hui, desservants, vicaires ordinaires et « hahitués » étaient au moins 50,000 (3).

Certaines cures privilégiées pouvaient produire jusqu'à 15,000 livres de renie (4). A Paris les curés de Saint-Sulpicc et de Saint-Eustache se faisaient 10,000 livres de revenu annuel. Plusieurs du pays de Caux, jouissant de la dime entière sur un sol très-productif, arrivaient à gagner 20,000 livres (5).

Dans certaines provinces de conquête récente, comme la Lorraine et le Barrois, où le régime de la distribution des hénéfices par la faveur du roi et des grands, selon le concordat de 1516, ne s'était pas pleinement établi, il pouvait rester encore quelques cures, jouissant de leur droit ancien à la totalité des dîmes et qui se donnaient au concours, sous l'autorité de l'évoque et du pape (6).

Mais les curés, en état de vivre honorablement de l'autel et de faire du bien aux pauvres, ne formaient que des exceptions imperceptibles dans la masse du corps pastoral.

11 n'y avait que très-peu de cures indépendantes.

11 y en avait beaucoup de « régulières, » qu'administraient les congrégations établies dans le voisinage ou que conféraient les supérieurs des couvents. De même, il y en

(1) Boiteau, p. 49.

(2) Dans son Administration des finances II, p. 86.

(3) Chiffre de Sieyès.

(4) Boitean, p. 193.

(5) A. Guéroult, Dietionn. de la Fvancemonarc'tique, in-8, 1802, v. Curés.

(6) V. l'abbé Mathieu, p. H 5.

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avait, en nombre considérable, qui relevaient d'un chapitre, dont les chanoines se «lisaient « curés primitifs, » parce qu'autrefois ils y envoyaient l'un d'eux officier; elles étaient administrées par des vicaires perpétuels. C'étaient les chapitres etles couvents qui en désignaient les titulaires.

Aux autres, c'étaient des « patrons » laïques, qui étaient le plus souvent, mais qui n'étaient pas nécessairement les seigneurs du village. Le « patronage » héréditaire remontait, soit à la création delà paroisse, soit ta quelque fondation pieuse qui l'avait fait concéder. Il était habituellement « réel, » c'est-à-dire attaché à la terre de celui qui l'avait le premier exercé, et il se vendait avec cette terre.

Pour devenir curé, l'essentiel n'était pas d'être né Français ou naturalisé, d'avoir étudié au séminaire, d'avoir été reçu, de vingt-deux à vingt-trois ans, sous-diacre, diacre, et d'avoir été ordonné prêtre. Produire ses aptitudes, prouver son mérite, ne servait à rien, si l'on ne savait, par démarches réitérées, « solliciter un patron, » et, « après avoir couru le bénéfice, » décrocher une cure : ces pratiques journalières, écrit l'abbé Mathieu (1), « étaient entrées dans les mœurs et n'étonnaient personne. »

Parfois on devenait curé « par résignation, » le titulaire de la cure la passant à un autre prêtre moyennant une pension de retraite en sa faveur. Canoniquemcnt on pouvait jeter son dévolu sur une cure, que l'on dénonçait comme ayant été obtenue « par simonie, » et dont on passait titulaire, si, devant la justice ecclésiastique et civile, puis en cour de Rome, la dénonciation était reconnue juste. Mais c'était très-rare parce que c'était très-long, très-compliqué, très-coùteux.

Une fois investi, le vicaire perpétuel ou recteur attitré jouissait au moins du privilège de l'inamovibilité. Seule-

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ment il pouvait être « déposé, dégradé, excommunié, » pour les cas graves, et, pour les moindres, « suspendu » à temps ou pour toujours, localement ou personnellement. Il pouvait encore subir un « interdit » partiel, général, local ou personnel, ou « mixte, » comprenant les deux. Cela ecclésiastiqucmcnt, sauf« l'appel comme d'abus » à l'autorité des cours souveraines et du roi (I).

Il va sans dire que le recours en abus, presque inoffensif contre le haut clergé, était d'une inefficacité absolue en laveur du clergé inférieur.

Les évèqucs, les seigneurs, les paroissiens « de marque » — pourvu qu'ils eussent à leur disposition l'oreille et le bras d'un intendant, — employaient contre les curés qui les gênaient ou leur déplaisaient des « lettres de cachet. » Cet exécrable abus du favoritisme nobiliaire et de l'autocralie royale, qui enflamma la colère de Mirabeau, resta en pleine vigueur dans le monde clérical jusqu'au moment de la Révolution.

L'abbé Mathieu (2) raconte l'incroyable histoire du curé de Trois-Vallois, diocèse de Saint-Dié, que son évèquc, simplement parce qu'il s'obstinait dans un procès avec ses paroissiens, fit enfermer deux ans au prieuré d'Hérival, fit reprendre, parce qu'il se plaignait au roi, et livra aux « frères fouetteurs » de la maison de force de Marseille, sans jugement d'aucune sorte, par simple « lettre de cachet! »

Ces lettres, fait remarquer Ilozet (3), s'expédiaient avec d'autant plus d'abondance que le temporel du prisonnier était saisi et s'administrait à l'aide d'un desservant, indemnisé au taux le plus médiocre. L'évoque jouissait des rentes

(1) L'abbé Flem y, Institution au droit ecclésiastique, ch. xix, xxi, xxiv, de la 3U partie.

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et dimes de la victime de sa fantaisie. — Les prélats bien en cour avaient soin de se pourvoir de lettres de cachet signées en blanc par le roi. Chez le cardinal de Luynes, mort en 1788, on en trouva oOO !

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