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LA PREMIERE REQUETE DES CIRES AU ROI, AUX NOTABLES ET A LA NATION

C'est la province du Dauphiné qui a eu la gloire de prendre l'initiative de la Révolution française. Ce sont aussi les curés du Dauphiné qui les premiers se soulevèrent pour la revendication des droits du clergé des paroisses, usurpés par le haut clergé nohle et par le clergé régulier.

Dès l'année 1776, ils élevaient la voix, se plaignant de l'insuffisance de la « portion congrue », signalant aux autorités provinciales la violation manifeste des « droits de leur état, des paroisses et des pauvres. » Les gros décimateurs traitèrent de rébellion ce cri du « troupeau écorché » et usèrent de toutes les ruses, de toutes les violences afin de l'étouffer.

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Cependant le Parlement de Grenoble était libéral. Sur l'instance obstinée des « congruistes », il leur accorda en 1779, la permission de s'assembler, mais uniquement pour arrêter entre eux les termes d'une requête relativement à l'insuffisance de leur salaire.

Au bout de six ans de dépu talions aux ministres, de réclamations sous toutes les formes, les curés obtinrent un soulagement provisoire. Leur « portion congrue » fut portée à 700 livres, celle des vicaires à 330, et la Déclaration royale de 1780 indiqua qu'une amélioration plus considérable pourrait être réalisée par l'union de bénéfices simples aux cures.

Les pasteurs Dauphinois voulaient prouver l'inefficacité de ce procédé, déjà reconnue dans l'Édil de 1708, et expliquer l'insuffisance du supplément de pension arraché aux bénéfices. Les plaintes de leurs confrères de diverses provinces venaient se joindre aux leurs. L'Assemblée générale du clergé aristocratique, en 17X0, entreprit d'écraser ce commencement de révolte du prolétariat clérical. Elle obtint une solennelle déclaration du roi, en date du 9 mars 1782, défendantaux curés de tout le royaume de former entre eux aucune réunion ou ligue, « de prendre des délibérations... « sans avoir obtenu une autorisation expresse ». Toutes les influences de cour et toute l'action des évoques sur les intendants furent employées afin de rechercher, dissoudre et punir les syndicats de curés (I).

Mais, lorsque le roi, à court d'argent, « daigna se rapprocher de la nation, » — comme le Journal de Paris l'annonçait par ordre, à la fin de 1786, — une mystérieuse brochure parut : Le vœu de la raison pour les paroisse*, le»

{[) Les faits qui précèdent sont tirés du préambule du Cahier ilf< curés du Daupfiiné, in-Sn de XVI — 208 pages, Bibliothèque nationale, Le-' C3.

entrés et tes pauvres, à Louis XVI dans l'Assemblée des notables île son royaume (1).

On lit à la fin : « S'il s'était glissé quelque expression répréhenstble. l'auteur la désavoue. » L'introduction se compose d'une « Lettre d'un sybarite moderne » [sic) et de la réplique don pauvre prêtre se plaignant, au nom de tous ses semblables. Le chapitre préliminaire porte en épigraphe cet appel tiré des Machahées et adressé à la nation : « Relevons les ruines de notre peuple; défendons en même temps sa cause et celle de nos autels. »

Louis XVI, proclamé « le pacificateur de l'Europe et du Nouveau-Monde, l'ami des hommes, l'ennemi du luxe, le bienfaiteur de ses sujets », est ardemment félicité de « ne plus s'en rapporter à lui seul » et « d'appeler la liberté pour assister à ses conseils ». On peut donc espérer << le soulagement de cette immensité de malheureux qui composent partout les dix-neuf vingtièmes d'une nation ».

Au nombre des plus misérables sont les curés, et leur orateur anonyme élève vers le tronc cette lamentation de Jérémie : « Ouvrez les yeux et voyez notre opprobre ! »

11 expose méthodiquement que l'Eglise a recueilli « une masse énorme de biens, supérieure aux revenus de plusieurs monarques, concentrée dans les mains de bénéficiers, de chapitres, de communautés... sans qu'il en revienne rien aux peuples, presque rien aux églises, aux pasteurs. »

Les paroisses n'ont pas « un sou d'aumônes assuré». Le culte divin est reluit à « une pauvreté indécente ». 11 y a beaucoup de pasteurs « presque aussi pauvres que leurs paroissiens ».

La « portion congrue », telle que l'a arrêtée la dernière Assemblée générale du clergé, telle que l'a fixée l'ordon-

(1) In-8° de 135 pages, sans lieu ni date; Bibliothèque nationale LbJ' 630G.

nance du 2 septembre 1786, est visiblement insuffisante pour les besoins des curés. 11 leur faudrait au moins le double, 1,400 au lieu de 700 livres, pour vivre sans avoir recoins au casuel qui est « également préjudiciable aux sujets et déshonorant [tour le sacerdoce ».

Pourquoi les curés sont-ils institués, si ce n'est « pour avoir soin des peuples ?... Subordonnés au\ magistrats dans l'ordre civil, ils doivent être comme les yeux de Sa Majesté sur le poste qui leur est assigné; ils peuvent être comme ses mains pour répandre partout les secours nécessaires. »

Comment « cet état respectable » attirerait-il » le mérite et les talents », s'il reste misérable ? Et si les évèquesdans l'opulence prétendent à « un extérieur qui en impose au vulgaire », est-ce que « la vertu seule » suffit pour garantir les curés du mépris ?

Les chanoines partagent tontes les jouissancesdnmondc avec les premiers citoyens. Les prieurs, les abbés sont égaux aux grands parle faste. » (le n'est que par usurpation, « par spoliation des paroisses », que les chanoines, moines et curés primitifs ont réduit les pasteurs à n'être que de i' simples pensionnaires. ».

L'intérêt temporel et spirituel des peuples « est d'avoir un nombre suffisant de bons ministres ». Le nombre diminue en raison de la modicité des revenus des cures et vicariats. L'intérêt des peuples est <■< blessé, scandalisé par l'opulence et l'oisiveté d'une grande partie des membres du clergé qui dilapident le patrimoine des pauvres. Car c'est à ces derniers surtout qu'est préjudiciable la distribution actuelle des biens de l'Eglise » .

L'auteur anonyme du VtBU de la raison présente un plan de réforme évidemment délibéré par une réunion secrète de curés. Il propose :

Le dénombrement exact de tous les biens ecclésiastiques ou regardés comme tels:

Leur administration, dans chaque diocèse, confiée à un bureau comprenant, avec des ecclésiastiques, des magistrats, des avocats et dos notaires:

La lovée des décimes dirigée et répartie par ce bureau;

La vente des fiels et seigneuries appartenant au clergé :

La vente même des vases précieux et des ornements d'un luxe inutile, accumulés dans certaines églises privilégiées, « pour procurer à chaque paroisse ce qui est décent [tour le culte divin ».

Afin de remettre les curés en possession de leur autorité sur les paroissiens et de leurs ressources légitimes dans la paroisse, ne serait-il pas à propos, — écrit ce prêtre de 1780, exprimant ce que beaucoup de pasteurs pensent encore de nos jours, — de « supprimer les confréries » et de « s'opposer à l'esprit de dissipation et de superstition qui l'ait courir aux pèlerinages? »

Pour sur, ajoute-t-il, « si l'on croit devoir conserver des moines, on devrait les réunir dans peu de maisons, sous le même habit et la même règle ; les remettre sous la dépendance de l'évèque diocésain et du curé; les exclure, même quand ils auraient des prêtres, de l'enseignement de la jeunesse et des fonctions pastorales...

" Un clergé immense ne l'ait pas la gloire de l'Eglise... Elle se trouvera heureuse quand elle aura un petit nombre de ministres pour enseigner la vérité et établir le régime de la vertu. »

Cette première Requcte au roi, aux notables et à la nation, conclut en déclarant que » l'Eglise n'a de droits temporels que par la concession du prince, » et que les réformes demandées, ne pouvant jamais être consenties par ceux qui profitent des abus, devront être réalisées « par l'autorité royale, pour la gloire de la religion et le salut des peuples. »

Les dix-huit membres ecclésiastiques de l'Assemblée denotables de 1787 étouffèrent le voeu de la raison.

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Cependant le ministre Galonné, voyant les notables rejeter ses propositions financières, encourageait les agissements illégaux des curés. Il faisait parvenir aux desservants de toutes les paroisses son Mémoire explicatif du 31 mars, dans lequel on lisait :

« Il n'est pas seulement nécessaire que les possessions « territoriales du clergé soient soumises au même impôt « que celles des autres citoyens; il convient aussi qu'elles « le soient de la même manière. »

Les curés comprirent ce que cela voulait dire. Le ministre tomba, les autorités provinciales appliquèrent rigoureusement la déclaration de 17S2. Mais, en chaque paroisse, il y avait un prêtre irrité, attendant avec impatience l'heure favorable à la conquête de l'égalité dans l'Église et dans l'Etat.

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