‹ Les cahiers des curés;Chapitre 40 sur 80 · TOURAINE, ORLÉANAIS, MAINE ET AN.HU · texte numérisé non relu

TOURAINE, ORLÉANAIS, MAINE ET AN.HU

L'archevêque et le prieur des bénédictins de Marmoutier s'imposèrent à l'assemblée du clergé de Tours, qui leur associa, pour compléter la députation, deux curés de campagne. Les procès-verbaux et le cahier, aux mains des supérieurs, furent confisqués et ont été dérobés à l'Histoire.

De même pour Orléans, dont les élus étaient un chanoine de la cathédrale, l'abbé des Feuillants réformés de Saint-Mesmins de Micy, et un simple curé.

11 ne reste aux archives nationales (1) qu'une trace de l'action des curés Orléanais, si ardente avant la réunion des assemblées électorales: le « Mémoire, » rédigé par l'un d'eux, « en forme de doléances des habitants delà paroisse de Dry, uuiversellement accepté par le bailliage de Beaugency et présenté à l'assemblée des trois États à Orléans. »

Le cahier de Blois, remis à un prieur de la ville et à un curé de campagne est des plus gallicans et des plus opposés à l'aristocratie qui, « oubliant les vrais principes, les préceptes de l'Évangile, » a rendu le gouvernement de l'Église « trop arbitraire et presque absolu (2). »

Du même esprit sont animés les curés de Vendôme, Gien et Montargis.

Mais, à Chateauneuf-en-Thimerais (3), où un chanoine de

(1) Arch. nat., manuscrites, B III, M, î* 303-307.

(2) Arch. pari, t. II, 373.

(3) Ibid, II, 638.

Chartres est élu, le cahier ne contient plus les vœux atténués du tiers-état clérical qu'avec la réserve qu'ils seraient réalisés « sans nuire aux gros décimat*Hirs. »

AEtampes(t), dont un curé de la ville obtient les suffrages, on implore « la sagesse des États généraux en faveur du « malheureux sort des curés » et de la« mendicité des campagnes. » Mais on accepte, delà plume d'un vicaire général astucieux, un long déraisonnement contre « l'opinion par tète, illusion trompeuse et annonce dangereuse, inventée par le despotisme ministériel comme une dernière ressource pour empêcher l'assemblée ou du moins les effets des États généraux. »

A Chartres (2), l'évêque, M. de Lubersac, préside et se fait nommer député. Il réussit en compliquant les divisions ecclésiastiques des divisions provinciales du pays Chartrain, qui veut des États distincts de l'Orléanais, et en persuadant aux curés que ce n'est pas à leurs dépens, au contraire, qu'il doit être réservé aux États généraux des places éminentesà l'épiscopat. Mais les curés ne manquent pas de supplier plus loin le roi de ne distribuer de prélatures que, « conformément aux lois de l'Église et à la pureté des canons, qui réclament surtout contre les fortunes excessives, surprises à sa bonté et qui sont un scandale pour les laïques et un sujet de murmures pour un grand nombre d'ecclésiastiques qui manquent du nécessaire. »

Dans la petite province du Perche, les curés, maîtres de l'assemblée de Bellesme (3), demandent, au premier article de leur cahier, « la suppression de l'ordonnance qui attribue aux évèques le droit de punir un ecclésiastique

(1) Arch.parl. t. III, 279.

(2) Ibid. II, p. 623-626.

(3)Ibid. Y. 310.

sans avoir constaté un délit par une information préalable, régulière et contradictoire. »

Le chapitre de l'Église collégiale de Carrougcs, diocèse de Séez (I), adjoint au cahier officiel un cahier particulier où il expose un plan très-remarquable de réforme générale de l'Eglise.

Pour mettre, écrit-il, « un frein à l'ambition et à la cupidité, fixer la suffisance dont parle le concile de Trente, 13,000 livres pour les évèques, 6,000 livres pour les abbés, et obliger tous les bénéficiers à la résidence, à peine de perte de fruits; » — réduire dans l'intérêt de la religion, les religieux de mèmeordre aune seule maison par diocèse, « où les règles seraient exactement observées, l'office divin fait avec décence et édification ; » — payer les dettes du clergé en « mettant dans le commerce tous droits honorifiques et seigneuriaux, marquisats, comtés, baronnies et tous autres fiefs qui sont entre les mains des communautés religieuses de l'un et de l'autre sexe,. . . lesquelles ont, par leur profession, renoncé aux honneurs du siècle; » — que tous patronages des cures séculières soient abandonnés par les religieux, vu que « des religieux, séparés du reste du monde, n'ayant aucune part dans le gouvernement des paroisses, ne doivent pas en choisir les pasteurs. »

Les élections du Maine sont ainsi résumées par une lettre de l'intendance de Tours au garde des sceaux : « Dans le cahier du Tiers-État, vous remarquerez un nouveau genre de crime de lèse-majesté; dans celui du clergé, vous trouverez celui de lèse-nation (2). »

Lèse-nation! Nous avons en vain cherché ce crime à travers les articles votés par la majorité des curés, qui, pouvant d'eux-mêmes former la députation entière, ont donné

(1) Arcfi. pari. t. V. 335.

(2) Antonin Proust, Archives de l'ouest, IV, 168.

deux sièges sur cinq à leurs adversaires, un prieur-curé et révêque du Mans. — Nous le découvririons plutôt dans les protestations qui suivent le cahier officiel, lequel, d'ailleurs, rédigé de façon à contenir tous les vœux des diverses classes ecclésiastiques, souleva les réclamations d'un nombre notable de curés.

Les curés, en masse, auraient voulu rédiger à part leurs doléances et réclamations. Ils avaient dénoncé au contrôleur général des finances « la ligue formée contre la liberté de leurs suffrages et pour les empêcher d'avoir des représentants d'entre eux aux États généraux. »(1) Appuyés d'une sentence du sénéchal, ils n'avaient pas expulsé les chanoines et les moines, comme ceux-ci leur en prêtaient l'intention ; mais ils avaient fait prévaloir leur nombre dans le choix descommissaires-rédacteurs, et leurs opinions dans les articles du cahier.

Ils y avaient demandé à prendre « rang et place immédiatement après les évoques, » dans toutes les assemblées et conciles. Ils avaient déclaré le corps des pasteurs inséparable « de sa nature » et, pour lui, revendiqué « la liberté de s'assembler, de conférer sur les matières concernant son état, avec droit de faire des remontrances pour les intérêts du bien public et de la religion. »

Ce qui était, disent en leurs protestations l'évèque, les chanoines, les réguliers et quelques curés non congruistes, ■• attaquer les propriétés, la juridiction et la hiérarchie de l'Église. »

Ces curés, en effet, qui écartaient « les auxiliaires, » les moines, du corps évangélique, et réclamaient d'être traités en hommes, en citoyens, par l'épiscopat lui-même, ne pouvaient être aux yeux de l'aristocratie ecclésiastique — et administrative — que des criminels de lèse-nation.

(1) Lettre du 22 mars, 1. c.

244 LES CAHIERS DES CLllES

Les curés de l'Anjou avaient des premiers répondu à l'appel de leurs confrères du Dauphiné (I). Dans l'assemblée électorale du mois de mars 1789, qui fut très-longue et très-orageuse (2), ils se trouvèrent en majorité; mais leur action fut atténuée, sinon pervertie, par la présence de l'évèque, de tous les abbés mitres, de tous les bénéficiers riches et influents de la province. Leur cahier (3), plein de concessions, passe pour avoir été rédigé par le célèbre abbé Bernier, l'un des « apôtres » de la guerre de Vendée et plus tard l'un des instigateurs du Concordat. 11 fut confié à une députalion qui ne comprenait ni l'èvêque, ni les chefs des riches congrégations du pays, mais dans laquelle ceux-ci étaient représentés par un chanoine et un archi prêtre, et où il n'y avait qu'un seul curé de campagne.

Dans la seconde sénéchaussée de l'Anjou, à Saumur, point d'évèque ni de bénéficiers puissants. « Aucune restriction n'est mise aux pouvoirs du député des curés; » le cahier (4) exprime, presque sans rélicence, la pensée du clergé inférieur.

11 s'ouvre par des remerciements enthousiastes au roi qui vient de rappeler ces Assemblées nationales « qui ont toujours produit dans la monarchie française les effets les plus remarquables du patriotisme généreux, » et pour la « protection spéciale » dont Sa Majesté a daigné honorer « ces pasteurs qui veillent continuellement sur un troupeau dont ils éclairent la soumission, soutiennent la patience, consolent l'indigence et dans le cœur duquel ils transmettent l'amour d'un bon roi, dont ils sont intimement pénétrés. »

Le premier chapitre, consacré aux lois est très-correc-

(1) V. ci-dessus, p. 118.

(2) Antonio Proust, Arch.de l'Ouest, IV, 19. {3)Arch,parl. t. 11,30-32.

(4) Ihid. V. 718-720

LA LOTTE ECCLESIASTIQUE 24a

tement libéral. Le second, sur l'impôt, contient l'abandon complet du privilège du clergé de s'imposer lui-même, <« parce que les biens du clergé étant dans l'État, comme ceux de tous les citoyens, ils doivent être soumis aux mêmes charges et imposés sur les mêmes rôles. » Le troisième et dernier chapitre traite du clergé; il conclut à la restitution de toutes les libertés gallicanes, avec « la liberté des élections )> pour base.

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