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REVENDICATION DE LA DIME POUR LES CURES

« Les dîmes, qui ont succédé aux oblations volontaires que les premiers fidèles faisaient aux pasteurs de l'Église », — lisons-nous dans le cahier du tiers-état de Bar-sur-Seine (1),

[\)Arch, pari. 11,252.

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— « étaient, dans l'origine, une juste reconnaissance du troupeau envers ceux qui, ayant tout sacrifié an soin de le conduire, n'avaient autre chose pour pourvoir à leur subsistance. Mais, aujourd'hui que nos pries ont comblé l'Église de toute sorte de biens, qui surpassent infiniment ce qui est nécessaire pour subvenir aux besoins de ses ministres et les jettent trop communément dans les désordres d'un luxe scandaleux, la dîme n'est plus qu'un impôt odieux, source de discorde entre le pasteur et ses ouailles et dont la justice due au peuple qui en est vexé exige la suppression, — sauf, pour pourvoir à la subsistance et à l'entretien des curés et vicaires, à supprimer les titres de tous les bénéfices qui sont devenus inutiles à l'Église. . . Mais si la suppression des abbayes, prieurés et chapellenies ne pouvait s'opérer, dans ce cas, toutes les dîmes doivent être distraites des bénéfices auxquels elles sont jointes, pour être réunies aux cures, à la charge par les curés de payer à leurs vicaires et desservants une portion congrue, d'administrer et faire administrer les sacrements et de faire les inhumations sans aucune rétribution ».

Beaucoup d'assemblées du troisième Ordre craignent que les États généraux ne puissent effectuer la réforme radicale désirée de la vente des biens du clergé et de la conversion des dîmes multiples en un impôt uniforme. Elles demandent alors que » les dîmes soient ramenées à l'esprit de leur institution et restituées aux curés » ; que, d'autre part, elles soient réduites aux quatre gros fruits, distraction faite des semences et leur perception simplifiée à des taux invariables.

Les bailliages ruraux exigent souvent que les dîmes deviennent affcrmables ou rachctables en nature ou en argent, au gré des cultivateurs et sans que ceux-ci puissent jamais plus être entravés parles décimateurs dans la liberté de leurs cultures.

Le serment du jeu de paume MV-i

Quelquefois, — mais assez rarement, en souvenir du projet de Dime royale de Vauban — les électeurs, au lien de réclamer l'abolition, proposent l'universalisation de la dime, impôt général et unique en nature. Telle est, par exemple, l'idée des paysans de Courcelles-lès-Rosnay (1).

Ils ne croient point, écrivent-ils dans leur curieux cahier, u la dime de droit divin ; » ils l'acquitteraient « gaiement, si Sa Majesté s'en rendait incontinent propriétaire et la taisait toujours percevoir à son profit pour tenir lieu de toute espèce d'imposition, sauf à faire à MM. les curés, classe du clergé qui mérite vraiment desconsidérations conformément à l'utilité et à la dignité de leur état, un sort convenable et honnête qui serait prélevé sur les immenses revenus des abbayes et maisons religieuses. »

Les richesses monacales, ils ne les croient pas produites - par miracle ; » ils pensent plutôt qu'elles ont été accumulées « par usurpation, » et ils estiment que le roi « sciait justement fondé à l'aire rentrer tous ces êtres religieux dans la cellule spirituelle de leurs vœux, — vœux qu'ils ne peuvent nier avoir sincèrement contractés dans le sanctuaire, sur le crucifix; — et qu'ils accompliraient d'autant mieux si on les réduisait à une vie frugale, simple, sage et sainte, les préservant de distractions incompatibles avec le vœu de pauvreté et le mérite de la béatitude éternelle. »

Car, raisonnent-ils, les religieux « consacrés au service du Seigneur, ne doivent nullement s'occuper des commodités d'une vie mon laine ; l'excessif superflu des revenus immense-*, dont ils se sont fait des donations au nom de Dieu pour en frustrer maintes et maintes familles, ne saurait avoir de meilleure destination que de servir à acquitter les dettes de l'État, en les faisant retourner à la pratique des vertus d'une piété exemplaire. »

(1) Bailliage de Reims, collect. manuscrite des Arch. nationales, B III, 167, f°» 943-949.

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Us insistent sur les avantages que présenterait la dime royale uniliée, remplaçant les impôts, droits féodaux, laïques et ecclésiastiques, « qui réduisent le peuple à la dernière extrémité » et dont « notoirement le roi ne touche pas la cinquantième partie. »

Nous ne savons pas si le curé ou desservant de Courcelles a signé ce cahier, mais il nous semble bien y reconnaître, ne fût-ce qu'à la parenthèse du commencement, son inspiration et son style. Certainement, les curés à portion congrue ont coopéré aux innombrables dénonciations des villages contre « l'avarice et l'inutilité » des gros décimateurs, évèques, abbés, chanoines, prieurs, moines et moinesses- Ils ont suscite la proposition, assez souvent faite, « d'abolir la dime, à charge par les communautés d'habitants de payer les prêtres utiles desservant les paroisses ( t). »

C'est bien certainement le curé de la petite ville de Fumay qui a tenu la plume pour une population « formée en majeure partie d'ardoisiers vivant, au jour le jour » et dont « les plaintes, vœux et supplications (2) » contiennent la revendication de la dime pour les pasteurs avec un exposé historique et canonique de la matière.

On y rappelle comment « la générosité et la piété des monarques français et îles peuples soumis a leur empire » avaient abondamment | ourvu aux besoins de la religion et de ses ministres, ainsi qu'au soulagement des pauvres, <> en établissant par les lois de l'Etat le paiement rigoureux de la dime des fruits de la terre, la mère et la nourricière commune de tous les mortels. »

Un quart en était destiné à l'entretien des évèques, « pre-

(1) Ansouis, Artignose, Beaudiner et autres villages de la sénéchaussée d'Aix.

(2) Parmi les pièces annexées au bailliage d'Aves:ies, dans la collection manuscrite des Archives nationale?, B III. 19, fol. 365-387.

LE SERMENT DU JEl/ DE PAUME 335

miers pontifes, » un quart à celui des temples et presbytères, le dernier quart à « l'humanité souffrante. » Mais « des siècles de barbarie, de divisions, de rapines et d'ignorance ont succédé au beau règne de Charlemagne et la destination primitive de la dime, comme toutes les autres parties du gouvernement, a été corrompue par la cupidité et la voracité de tous les membres de l'État. 11 n'est resté, au clergé secondaire surtout, qu'une très petite portion indireetc dans la dime et la plupart des pasteursont été réduits, parce qu'on avait besoin de leur vie et de leurs services, à une portion que l'on peut à très juste titre appeler incongrue.

« L'abus s'est porté au point — et nous en voyons des traces si sensibles autour de nous —que des prêtres chargés de toutes les fonctions pastorales, sous le nom de vicaires amovibles, contre le vœu de nos rois, vivent dans la misère et l'avilissement, tandis qu'un chapitre séculier, à quelques lieues de là, perçoit la dime de ces paroisses et surcharge la terre de son inutilité...

« Article 40. — qu'il soit irrévocablement défendu à tous « Français et autres sujets à la dime, qu'elle soit inféodée « ou non inféodée, de la payer à autres qu'aux piètres du « degré primaire et secondaire remplissant les fonctions « pastorales dans le royaume!.. Une la dime soit affermée « à chaque village et payée en argent par les habitants. »

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