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LES QUESTIONS D HONNEUR

Ce n'est pas simplement la question de vie matérielle, c'est aussi la question d'honneur qui rend les revendications du clergé des paroisses si âpres contre l'épiscopat noble et contre les réguliers.

En demandant « de quoi vivre, » les « congruistes » ne manquent jamais de renoncer au casuel, aussi désagréable pour eux que pour leurs paroissiens (1) et qui avilit le plus respectable des ministères (2). Les curés de Lorraine, de Franche-Comté, du Forez, de la Provence proclament à l'envi « la gratuité des sacrements. »

Parfois ils font une distinction entre le casuel forcé et les oblations volontaires (3) ; mais plus souvent, comme dans l'Orléanais, ils sacrifient, sans aucune réserve, toute vénalité des choses sacrées parce que cela « choque les honnêtes gens sincèrement attachés à la religion; dégrade les pasteurs et fournit aux gens du monde le prétexte de les faire passer pour de vils mercenaires »(4). Ceux du pays de Gex se glorifient de ne pas connaître le honteux casuel, « grâce au voisinage de Genève (protestante) qui a constamment rendu les prêtres (catholiques) délicats à cet égard. »

Ceux de Provins mettent l'assemblée électorale en de-

(1) Cahier du clergé de Guéret.

(2) Id. de Montargis.

(3) Id. du Qnercy, de l'Auvergne.

(4) Id. de Gieo.

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meure de constater au procès-verbal que « d'une voix unanime le clergé a renoncé au casuel. »

C'est aussi la question d'honneur qui enflamme le soulèvement général contre les curée primitifs. A Toul et Vie (t), les desservants exigent que « les églises paroissiales soient déclarées libres et affranchies pour toujours de toute servitude. » Ils entendent èlre « déchargés de toute obligation personnelle » vis-à-vis des chapitres et des congrégations qui « ont retenu les droits honorifiques » aussi bien que les profits réels des curés. Car, s'écrient-ils, « cela déplaît au peuple et il est humiliant que des pasteurs, accoutumés à paraître à la tète de leurs paroisses, en soient exclus les jours les plus solennels. »

Les abus du patronage, — qu'il soit monacal ou qu'il soit laïque, pouvant héréditairement échoir à des hérétiques, à des athées, — sont signalés très fréquemment. Mais les curés hésitent à en proposer l'abolition radicale quant aux laïques, de peur de manquer de reconnaissance envers les descendants de ceux qui ont élevé ou doté l'Église paroissiale. Le plus souvent ils se contentent d'exiger que les patrons ou collateurs de cures à bénéfice présentent trois candidats à l'évèque diocésain (2).

Le droit des évèques d'instituer canoniquement les curés ne pouvait être contesté nulle part. Mais, pour l'application équitable du principe de la confirmation des curés par « l'ordinaire des lieux, » les pasteurs de Troyes veulent que l'évèque « soit assisté d'un conseil où siégeront un certain nombre d'entre eux, désignés par le synode diocésain. »

Ceux d'Auvergne et de l'Ile-de-France, ceux de Lorraine, de Bourgogne et de beaucoup d'autres provinces

(i) Arch. pari t. VI, p. M.

(2) Caliiei'd du clergé de Troyes, de Yitry-Ie-Fraiiçois.

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demandent que toutes les cures soient décernées au concours à des vicaires ayant exercé un certain nombre d'années. Assez fréquemment la question est renvoyée aux Etats généraux, ou bien au futur Concile national, et l'on se contente de rappeler « les droits anciens des curés (I). »

Dans les cahiers ruraux les plus visiblement rédigés par des curés, il est parfois demandé que l'élection du pasteur soit rendue à la paroisse elle-même et se fasse en « assemblée générale de tous les chefs de famille fj). » Les Francs- Comtois réclament la « liberté aux communautés d'habitants de se faire desservir par un prêtre à leur gré (3). »

En Bretagne, « le peuple de Rennes «propose « l'élection des curés par l'assemblée de district, » exactement comme il sera décidé dans la constitution civile du clergé. — Les bourgeois de Vannes, de Nantes, se contenteraient de la présentation par les paroissiens à l'évêque de trois sujets pris dans chaque cure ou vicariat. — Le tiers-étal de Parishors-murs résume en ces termes les vœux de la majorité des délégués de la banlieue : « Les paroisses se choisiront leurs curés parmi les vicaires et autres prêtres habitués ayant au moins six ans de ministère. »

Nous ne connaissons aucune protestation des curés contre ces vœux populaires. Ils admettaient, ce nous semble, très volontiers de cesser d'être imposés aux paroisses pour en devenir les élus. En Anjou, Normandie, Champagne, etc., ils réclament avec insistance de faire partie des administrations de charité et des municipalités, même de présider celles-ci en l'absence des seigneurs... s'il reste des seigneurs. — Et, en même temps, au chapitre des u réformes générales, » ils inscrivent : « Qu'il \ ait partout des municipalités élues. »

(l) Cahier de Provins et Montereau.

(21 Peynier, Roqnovaise. etc.. en Provence.

(3) Culiier d'Oroans, Arch. pari. III, 172.

LE SERMENT l»L IÈC !>K PAUME 349

Le clergé, « consentant à être associé à toutes les impositions royales et locales, » écrit rassemblée ecclésiastique

de Villeneuve-de-Derg (1), « a aussi le droit d'entrer dans toutes les administrations municipales diocésaines ou paroissiales. » — « .Ministres de paix et de charité, » disent les curés du Beauvoisis (2), nous avons droit à une large participation dans les œuvres de bienfaisance et à un rang distingué dans les cérémonies publiques. » Car « on ne saurait donner trop de considération au corps des pasteurs; plus ils seront estimés, plus ils deviendront estimables. »

« Soulager les peuples, concilier les différends, réformer les abus, rétablir l'ordre où règne la confusion, protéger les pauvres, essuyer les larmes des malheureux, propager partout le flambeau de la vérité; telles sont nos fonctions augustes! » s'écrient les curés de Crépy- en-Valois.

Sans se figurer commettre une hérésie, attenter aux droits de la papauté, — dont, d'ailleurs, en 1789, l'on ne s'occupe guère plus que si elle n'avait déjà qu'une existence historique, — de très nombreuses assemblées ecclésiastiques, de celles même où les curés ne se trouvent pas en majorité, réclament une nouvelle démarcation des paroisses, — les trop grandes démembrées (3), les trop petites réunies (i). —Qu'il n'y ait plus de succursales, ni d'annexés ; que « toutes les paroisses soient érigées en cures ! » dit-on dans les cahiers de Lyon, d'Auxerre et autres. — Celui de Vitry-le-François exprime encore mieux le vœu général : « Que chaque paroisse ait son curé ! »

Ainsi égalisés, — depuis le religieux ou le chanoine ou le chevalier de Malte titulaire d'une cure (5), jusqu'au des-

(1) Arch. pari. VI, 782-706.

(2) Ibid. Il, 287-297.

(3) Cahier du clergé de Pari*.

(4) Id. de Tulle.

i^j) Id. de Pai is, Roueu, Laon, etc.

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servant du plus humble village, reconnu paroisse, — les curés revendiquent unanimement l'inamovibilité. Ils ne connaissent que ce moyen efficace pour se garantir une situation honorée et vis-à-vis de leurs ouailles et vis-à-vis <|e leurs rivaux, les moines, non moins que vis-à-vis des évêques, dont ils ne contestent pas l'autorité spirituelle, mais dont ils ne veulent plus souffrir les mépris nobiliaires et les fantaisies aristocratiques.

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