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RÉL'MON DU CLERGÉ AUX COMMUNES

Les curés réclamaient en vain du cardinal de La Rochefoucauld, présidentdu premier Ordre, une convocation pour

l'exécution de l'arrêté du 19 juin. Ils s'assemblent, dans la matinée du 22, chez l'archevêque de Bordeaux. Ils décident que, la séance royale annoncée pour ce jour étant remise au lendemain et l'Ordre du tiers-état tenant sa séance dans l'église Saint-Louis, « lamajoritédu clergé profitera de cette occasion pour donner exécution à son arrêté. » Avant de nous rendre « dans la salle commune, » ajoutent-ils, nous délibérerons « à une heure, dans le chœur de ladite église. »

Le jeu de paume fermé, le couvent des récollets lui refusant l'hospitalité, l'Assemblée nationale s'était, en effet, installée dans l'église Saint-Louis, qui ne pouvait être militairement occupée un dimanche. Avertie de la résolution des curés, elle s'empresse de leur réserver le chœur, qu'elle fait séparer de la nef par des tentures.

Derrière ce rideau, le curé de Souppes, Thibaut, constate par appel nominal la présence de 149 députés de l'Ordre du clergé. Six d'entre eux, sous la présidence de l'évêque de Chartres, vont à deux heures, présenter au tiers-état l'arrêté du 19. Bailly répond : « Messieurs les députés del'Ordre du clergé seront reçus avec l'empressement et le respect qui leur sont dus. Leur place ordinaire de préséance (à droite du bureau) est libre pour les recevoir. » Cette réponse transmise, les 149 votent à l'unanimité la réunion immédiate.

Tandis que s'ouvre la porte du chœur et s'écartent les tentures, douze délégués du Tiers s'avancent vers le clergé. Lorsqu'apparaissent l'archevêque de Vienne, les évêques de Chartres, de Coutances et de Rodez, puis les curés, un indescriptible mouvement d'enthousiasme éclate dans l'Assemblée et se prolonge dans la foule qui remplissait les bas côtés de l'église. On s'embrasse parmi les députés, on pleure de joie parmi le peuple.

Assis à la droite du président, Mgr Le Franc de Pompignan dit : « Nous venons avec joie exécuter l'arrêté pris par

la majorité des députés de l'Ordre du clergé. Cette réunion, qui n'a aujourd'hui pour objet que la vérification commune des pouvoirs, est le signal et je puis dire le prélude de l'union constante que le clergé désire avec tous les Ordres. »

Bailly répond: «Vous voyez la joie, ctlesacclamationsquc votre présence fait naître. La France bénira ce jour mémorable. 11 nous reste encore des vœux à former, je vois avec peine que les frères d'un autre Ordre manquent à cette auguste famille. »

Seize ecclésiastiques sont aussitôt nommés membres du comité de vérification des pouvoirs: parmi eux l'abbé Grégoire, dont le nom est très vivement applaudi.

Target s'écrie: « La Providence semble avoir voulu rendre ce jour encore plus solennel en convertissant le temple de la religion en temple de la patrie. »

Il propose d'envoyer au roi la liste des ecclésiastiques qui viennent de donner le grand exemple de l'union et de la concorde. Et que cette liste soit « imprimée en lettres d'or, » ajoute le président d'une voix émue, les yeux pleins de larmes.

« Nous avons des frères qui ne sont pas ici, » objecte l'arche\êque de Bordeaux; « donnons-leur le temps de se rendre aux vœux de la nation ! »

Un mouvement se produit parmi les spectateurs. On fait place, en battant des mains, à deux députés delà noblesse, le marquis de Blacons et le comte Antoine d'Agoust, qui se présentent pour être vérifiés, « l'exemple du clergé ayant levé tous leurs scrupules. »

A Saint-Louis, au Jeu de Paume, on avait crié: « Vive le roi ! » Parmi ceux qui venaient de s'instituer « l'Assemblée nationale » malgré le roi, tous sans exception étaient royalistes. Les députés, le peuple même de Paris, déjà si agité, et la France entière se seraient prosternés aux pieds du

trône, si Louis XVI avait commandé à la noblesse de suivre le mouvement irrésistible de l'union des Ordres et, de sa propre main, octroyé une constitution libre, résumé exact des vœux émis, des mandats donnés dans les cahiers. Peutêtre encore, présenté par Sa Majesté, le projet bâtard de Nectar, — conservateur d'au moins la moitié des privilèges, avec les deux Chambres et les États provinciaux, — eùt-il réussi à détacher une partie du Tiers, à diviser le bas clergé et. ralliant les dissidents de la noblesse, à former une majorité timidement libérale, résolument contre révolutionnaire.

Il n'y avait qu'une folie à commettre, et ce fut ce que la cour fit faire à Louis XVI dans la séance royale du 23 juin.

Ses domestiques commencèrent par humilier les membres de l'Assemblée nationale en les obligeant à attendre longtemps à la porte, sous la pluie, tandis que descendaient l'astueusement de leurs équipages les nobles et les prélats. Lui, il trôna en Louis XIV, remettant au garde des sceaux agenouillé les déclarations à lire aux États généraux. Le caractère réactionnaire de ces déclarations était indiqué par l'absence du principal ministre, par le fauteuil vide de Necker.

Les décisions que le tiers-état avait prises étaient réputées « nulles, illégales, inconstitutionnelles. » Les mandats impératifs étaient abolisses demandes des cahiers n'étaient agréées, comme par le passé, qu'à titre de renseignements. L'ancienne distinction des Ordres était maintenue; à peine les autorisait-on à tenir des réunions communes pour les affaires tout-à-fait générales ; un veto absolu était réservé à l'Ordre du clergé en tout ce qui touchait à la religion, à la discipline, au régime des diverses classes ecclésiastiques, des corps séculiers et même réguliers. Toutes les propriétés devaient être » constamment respectées, sans exception, » y compris les dîmes et les droits féodaux. Quant à la propor-

tionnalité de l'impôt, elle ne serait sanctionnée qu'après que « le clergé et la noblesse auraient voulu renoncer à leurs privilèges pécuniaires. »

A peine Sa Majesté daignait-elle inviter les États généraux « à chercher et lui proposer des moyens pour concilier l'abolition des lettres de cachet avec les précautions nécessaires à l'intérêt des familles et à la sûreté de l'État. » Quant à la liberté de la presse, elle ne serait accordée que si les États trouvaient" les moyens de la concilier avec le respect dû à la religion, aux mœurs et à l'honneur des citoyens. » Entin l'admissibilité à tous lesemplois était expressément refusée dans l'armée.

La lecture des Déclarations royales soulevant quelques applaudissements aristocratiques, le Tiers rétablit vite le silence en criant : « Paix là ! »

Le roi parla à son tour et en despote dit: « Si vous m'abandonniez dans une si belle entreprise, seul, je ferais le bien de mes peuples; seul, je me considérerais comme leur véritable représentant... Je verus ordonne, messieurs, de vous séparer tout de suite, et de vous rendre demain dans les chambres affectées à votre Ordre. »

Et Sa Majesté sortit, suivie de sa noblesse, de presque tous les évèqucs et de quelques curés.

L'assemblée nationale du Jeu de Paume ne bougeait pas. Le maître de cérémonies, M. de Dreux-Brézé se présente et va rappeler à voix basse au président l'ordre du roi. Il me semble, dit doucement Bailly, se tournant vers ses collègues, que « la nation assemblée ne peut recevoir d'ordre ? »

Mirabeau lance la fameuse invective: « Nous avons entendu les intentions qu'on a suggérées au roi... Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple etqu'onne nous en arrachera queparla puissance des baïonnettes ! »

De la résolution à la résistance, soutenue avec une égale énergie par Camus et par Barnave, par Buzot et par Grégoire, l'abbé Sieyès fournit la formule légale :« Nous sommes aujourd'hui ce que nous étions hier! »

Et l'Assemblée nationale, se constituant de nouveau, décrète son inviolabilité :« Toute corporation, tribunal, cour ou commission qui oserait poursuivre, rechercher ou faire arrêter un député, serait traître à la nation et coupable de crime capital. »

A cette délibération, prise à la majorité de 493 voix contre 34, assistaient 80 ecclésiastiques.

Ces derniers cependant se rendirent encore le lendemain 24, dans la Chambre du clergé, isolément convoquée suivant la volonté royale. Mais ce fut pour s'opposer à l'enregistrement ou à la délibération des Déclarations royalcs,que proposaient l'évèque de Nancy et l'archevêque de Paris. Aux débats, qui devenaient très violents, il fut coupé court par la sortie en masse de 150 prêtres libéraux, précédés des archevêques de Vienne et de Bordeaux, des évêques de Coutanccs, de Chartres, de Rodez, suivis des huissiers emportant les archives, les procès-verbaux, les registres et la caisse du premier Ordre.

Les opposants, — au nombre de 143, bientôt abaissé à 119, — essayèrent de se reconstituer « en chambre active» sous la présidence maintenue de l'archevêque de Rouen. Mais le lendemain, l'archevêque de Paris, qui avait failli devenir victime de son impopularité, donna au plus haut clergé le signal de la débandade.

Lorsque Mgr de Juigné se présenta à l'Assemblée nationale, au bras de son collègue de Bordeaux, Champion de Cicé, il dit: « L'amour de la paix me ramène au milieu de vous. — Il ne manquait que cette couronne à vos vertus! » répliqua le président.

Et chaque fois que venaient « s'unir » des curés par

groupes, ou isolément de puissants abbés, comme Dom Ghevreux, général de la congrégation de St-Maur, députés et spectateurs faisaient retentir les cris de « Vive la nation ! » et « vive le roi ! »

L'enthousiasme fut porté à son comble, le 25, lorsque le comte de Clermont-Tonnerre présenta les 47 membres de la minorité de la noblesse, dès le premier jour « prêts à l'union. » Le marquis de Sillery, félicitant le tiers-état de sa patriotique énergie, célébra l'initiative des curés, sans dire un mot des évêques, dont les trois quarts restaient encore « séparés. »

La minorité ecclésiastique aristocratique, siégeant toujours en « chambre du clergé, » le 26, prit, avec solennité, un « arrêté «portant: 1° que les bénéfices, corps et communautés contribueraient à l'avenir, dans la même proportion que les autres classes de citoyens, à toutes les charges royales, provinciales, municipales, et aux impositions consenties par les trois Ordres; 2° que les propriétés de l'Église, maintenues inaliénables, pourraient, comme les biens laïques, servir d'hypothèque et de gage pour l'acquittement de la dette publique ; 3° que la taille, la corvée et les droits de mainmorte seraient abolis sans retour; 4° que de justes indemnités et des suppléments de dotation seraient accordés aux hôpitaux et aux curés à portion congrue.

Le 27, les chambres du clergé et de la noblesse recevaient du roi, qui avait rappelé Necker et retirait ses déclarations du 23, « l'injonction à ses fidèles sujets de seréiurir sans délai pour hâter l'accomplissement de ses vues paternelles. »

Le parti épiscopal prit un dernier arrêté, réservant de la manière la plus expresse « tous les droits et privilèges du clergé. »

De concert avec la majorité de la noblesse, il fit en même temps qu'elle son entrée définitive dans l'Asscm-

blée nationale, qui l'accueillit avec autant d'enthousiasme que les premiers curés dissidents .

« Maintenant la famille est complète! » s'écria le président Bailly. Et tous les députés, tous les assistants répétèrent avec joie : « Vive le roi ! Vive la nation! »

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