LE VOEC 1) UN CONCILE NATIONAL
Le dernier chapitre du Cahier des curés d?/ Dauphiné est consacré à « la nécessité d'une régénération dans le clergé de France » et aux moyens de l'opérer.
Ces curés, — et ceux du pays entier pensent comme les Dauphinois, — ne comptent pas sur l'assentiment de la Cour de Rome pour « la réforme générale que toutes les âmes honnêtes désirent (1) ; » ils croient même qu'elle y fera obstacle en raison des profits que lui fournit la mutation des titulaires de bénéfices. Ils acceptent avec enthousiasmela suppression des Annates, prononcée le 4 aoûl; ils déclarent « le titre de Rome infirmé » (2) et ne croient que la France capable de régénérer l'Église de France.
« L'abus de la plupart des jouissance ecclésiastiques », écrivent-ils, « est un mal religieux, moral et politique tout à la fois, qu'il est impossible de guérir avec des moyens ordinaires. . . Il ne peut donc s'agir, dans l'Assemblée nationale, que d'une régénération rigoureuse de tout le clergé. » (3).
De la sorte s'ils persistent à réserver « les biens d'église aux choses de l'Église et de la charité publique, » ils renouvellent aux représentants du peuple pleins pouvoirs pour la distribution de ces biens et leur administration.
Il demandent, en outre (4), « qu'après la clôture de l'As-
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semblée nationale, il soit tenu un Concile national par députés des provinces payés par le Clergé seul, afin de régler les objets purement spirituels qui auront été déclarés être de sa compétence et faire des règlements qui, portés à la première législature, y deviendront lois de l'Etat. »
Ils espèrent que ce concile, après avoir complété moralement la régénération de l'Église gallicane, arrivera même à lui réconcilier les non-catholiques et à « ramener l'unité de croyance. » (1) Cette illusion prouve la générosité des aspirations du bas clergé français au moment de la chute de l'Ancien régime.
L'idée de la convocation d'un concile national, — en dehors de toute attache ultramontaine, sans même la permission de la Cour de Rome, — se retrouve dans un grand nombre de cahiers officiels du clergé des sénéchaussées et bailliages, rédigés du mois de mars au mois de mai 1789.
Cénéralement, dans ceux-ci, l'on constate que « la cessation des conciles est une des causes qui ont le plus influé sur la décadence des mœurs et de la discipline de l'Église. » (2) On invoque le concile de Bàle (3), le concile de Trente et l'ordonnance de Melun en 1610 (4), la déclaration de Louis XIV de 1646 (5), afin d'obtenir que l'Église de France sorte du silence séculaire, auquel l'a réduite l'absolutisme des rois et des papes.
Les curés en particulier demandent « une loi irrévocable », qui fixe, la périodicité des synodes diocésains, des conciles provinciaux, remplaçant les assemblées ordinaires du haut clergé » qui n'ont plus d'objet temporel par la sup-
(2) Évreux. — Arch. Pari. III, 290.
(3) Auxerr», Arch. pari. II, 108.
(4)Belfort, Arch. pari. U, 310.
(o)Meaux. Nevers, Arch. pari. lil. 72.Î ; IV, 3*6.
pression du « don gratuit. » (1) Ils n'omettent pas, sans doute, de stipuler qu'ils y devront avoir toujours des représentants, librement choisis, en nombre proportionnel, assurant aux évoques et à eux « la prépondérance sur les régu* liers et abbés ou prieurs commendataires. » (2).
S'il est simplement question d'autoriser les évoques à s'assembler en concile pour décider sur les questions de discipline et de foi, (3) l'épiscopat appuie (4).
Lorsque, comme au Puy-en-Velay (5), les forces cléricales se balancent et cherchent un moyen de se concilier dans l'intérêt de la religion, le seul moyen pratique parait être « la convocation d'un concile national, vœu secret de tous les ministres du Seigneur qui conservent encore le véritable esprit de leur état et l'amour vraiment ecclésiastique pour les usages antiques et vénérables de l'Église. »Le roi a rappelé le souvenir trop longtemps oublié des assemblées nationales, pour régénérer la nation; pour régénérer l'Église, n'est-il pas essentiel de rappeler le souvenir « d'un concile national, organisé et dirigé selon toutes les formes canoniques"? »
Les électeurs ecclésiastiques du Puy développent la question posée, prévoient k que la nation assemblée voudra, sans doute, réformer le clergé. » Comment s'y prendra-telle? D'après l'exposé des cahiers, « tous ou presque tous portant sur des objets fiscaux, politiques ou civils » ; peutêtre aussi « d'après des préjugés, nouvellement répandus
(1) Troyes, Arch. pari. VI, 72 ; Vitry-le-Francois, Vf, 206; Vendôme, VI, 118; Melim, 111, 736; Tulle, III, 536.'
(2) Bourg-en-Bresse,.4rc/t. pari. II. 461; Châlous-sur-Marno, II, 582; Crépv, III, 73; Orange, III, 266; Perche, V, 319 ; Potitltieu, V, 428; Sens, V, 748.
(3) Comme on le demande à Sézanne, Arch. pari. V, 762.
(4) Audi, Arch. pari. II, 91; Bordeaux, II, 346; Paris-horsmurs, V, 231 ; etc.
(5) Arch. pari. V, 460.
fl.ins le public, par des écrits inflammatoires. » Ce qui causerait l'anéantissement du dogme et de la morale, et la réduction « de la foi des peuples au seul catéchisme du matérialisme et de l'incrédulité ! » La réunion d'un concile nationale intéresse au plus haut point « le clergé et la religion. » C'est pour le premier ordre du clergé l'unique moyen d'échapper à « l'avilissement auquel voudrait le réduire l'esprit d'irréligion, d'indépendance et de jalousie; » car un concile « est la Crande Charte des évèques, c'est là qu'il ont la douce et superbe gloire de se réformer eux-mêmes et d'être réformateurs. » Le second ordre n'y gagnerait pas moins; car c'est dans un Concile national que pourraient être corrigés les abus résultant « de la richesse et du faste des évèques » et « le patrimoine des pasteurs et autres ministres de l'Église iixé selon le plan de distribution arrêté par la nation elle-même. »
Les curés de Lorraine écrivent dans le radical cahier deBouzonville^l): « Le Clergé séculier et régulier désire vivement l'ancienne tenue des Conciles nationaux et provinciaux, lesquels, suivant le droit ecclésiastique, statueront sur les différents degrés qui forment la hiérarchie; il désire également la tenue actuelle des synodes diocésains, avec la clause de réserve expresse que les curés assisteront aux conciles tant nationaux que provinciaux, aussi bien qu'aux synodes diocésains, en nombre proportionné à ces assemblées graduelles, pour concourir, par voix non seulement consultative mais encore délibérante, à la rédaction des canons de discipline, comme aussi aux statuts diocésains. »
Ces assemblées, « dont le rétablissement était le vœu du dernier Concile général, » disent les électeurs ecciésiasques de Melun et Moret (2), auraient pour effet d'établir
1 Arch. pari. V. 695.
(2) Arch. pari. 111,726.
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une « communication fréquente entre les premiers et les seconds pasteurs », les évèques et les curés, et « ne pourraient qu'établir l'union entre eux. » Le « Synode national ajoute-t-on à Montargis (1), « auquel assisteront des curés et des docteurs choisis par les diocèses, représentera, pour ainsi dire, les États de la religion... 11 y sera statué sur les mariages mixtes entre les catholiques et les non-catholiques ; il y sera discuté et délibéré, sans blesser le respect dû au Souverain Pontife auquel le clergé de France sera toujours sincèrement et lidèlement attaché, s'il convient de fixer les degrés nécessaires de parenté et d'affinité,... de restreindre le nombre des fêtes,. . . de détruire des communautés religieuses et, en ce cas, quel emploi on ferait de leurs biens, et généralement tous autres objets qui tiennent à l'ordre ecclésiastique. »
Le plus souvent est proposée la tenue périodique des assemblées diocésaines, des conciles provinciaux et nationaux sur le plan proposé pour les assemblées municipales, provinciales et nationales. Les curés entendent y députer de la même façon qu'ils ont été appelés à députer aux Etats Généraux. 11 n'y a division que sur la date. Les uns veulent les synodes tous les ans, les conciles provinciaux tous les deux ou cinq ans, le Concile national chaque cinquième, dixième, vingtième, vingt-cinquième ou trentième année 12).
Fréquemment il est demandé que la réouverture du Concile ait lieu « au plus tard un an après la clôture des États Généraux; » (3) que le Concile national se tienne « toutes les fois que le besoin de l'Église gallicane pourrait l'exiger,
(1) Arch. part. IV, 17.
(2) Quercy, A. P. V, 405; Rodez, Y, 551; Mont-de-Marsau, IV, 32; Orange, 111, 226; Libourne, VII, 503; Le Maus, III, 0i7 ; Màcon, III, 62! ; Castres, II, 563; Aval, II, 137 ; etc.
(ti Bordeaux; A . P. II. 392.
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ce qu'il sera facile de connaître par les vœux des conciles provinciaux; •> (l)quc le Concile national « soit tenu le plus tôt possible » (2) afin d'appliquer les reformes que l' Assemblée nationale aura décidées et de traiter les matières ecclésiastiques sur lesquelles elle n'aurait pas de compétence.