‹ Les cailloux blancs du petit PoucetChapitre 2 sur 11 · CAVERNE DE LA. MORT · texte numérisé non relu

CAVERNE DE LA. MORT

Bientôt il fallut passer à l'amorce indirecte, aux primes.

Il fallut promettre des billes, une toupie ; plus tard , nous fimes entrer la menace dans nos moyens de nous assurer sa présence : « Si tu ne viens pas... tu verras !... viens nous demander à jouer avec nous à la corde, ou à la balle, ou aux osselets ; tu seras bien reçu. »

Puis, à l'exemple de Néron, qui plaçait cinq mille soldats dans le cirque pour garder le public et chauffer l'enthousiasme, nous allions menacer notre public de lui casser son cerceau

une fois même ou deux, — j'en suis encore honteux aujourd'hui, — il fut question de « taloches ».

Dans les entr'actes, il se glissait au salon, s'asseyait sur un tabouret aux pieds et sur le bord de la robe de sa mère et attrapait quelques gâteaux et quelques morceaux de sucre ; il fallait aller l'y chercher.

Mais il arriva enfin un jour qu'il refusa décidément de rentrer dans la salle, se cramponna aux jupes de madame Gatayes et jeta des cris de paon désespéré , quand nous voulûmes le réintégrer de force ; les parents intervinrent ; le public, se sentant soutenu, ne céda pas, et les représentations furent au moins suspendues. Mais quels jupons nous protégeront contre ces maudits acteurs qui depuis tant de temps ruinent, désolent et ennuient le pays, en se disputant les rôles qu'ils jouent si mal? Tous ceux qui ont escaladé le pouvoir en annonçant qu'ils allaient faire le bonheur de la France ont leurré le peuple de promesses qu'aucun, une fois arrivé, ne s'est occupé de tenir, d'autant que, la plupart du temps, c'étaient des « côtelettes de phœnix à la purée de chimère » ; seulement on a donné au peuple de nouveaux besoins , de nouvelles aspirations, de

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nouvelles passions, de nouveaux désirs, de fâcheux exemples de gens qui, par l'audace, l'intrigue, la ruse, la bassesse, se sont élevés des derniers rangs de la société au faîte des honneurs et de la richesse, ont fait de la vie une loterie où tout le monde joue le quine.

Il y a une marée, une inondation, un déluge qui monte.

Ceux qui s'emparent successivement du pouvoir y arrivent sans autre idée que de se partager l'argent et les jouissances, car il n'y a même plus d'ambitieux aujourd'hui : il n'y a plus que des avides; puis, quand on réclame l'exécution des promesses qu'ils ont prodiguées au hasard, quand on frappe à la porte, au-dessus de laquelle ils ont mis pour enseigne :

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