LE HANNETON ET LA CHENILLE
Fable.
Un hanneton et une chenille se rencontrèrent dans un jardin, où tous deux trouvaient une nourriture aussi variée qu'abondante.
— Je voudrais bien savoir , dit la chenille , quelle est la chenille de génie qui a planté ce jardin ?
ou PETIT POUCET 161
— Ma mie, reprit le hanneton, vous ne le saurez jamais, par la raison bien simple que ce n'est pas une chenille : c'est un très gros hanneton qui en est l'architecte et Fauteur.
11 y a bien encore un certain nombre d'hommes politiques et publicistes qui font semblant de ne s'agiter que dans l'intérêt de la France, do la patrie; je veux croire qu'il y en a aussi qui sont de bonne foi.
C'a été un symptôme plus funeste qu'on n'a paru s'en apercevoir, quand on a commencé, dans la langue politique, à substituer au mot patrie le mot pays.
La patrie, c'est la religion du pays, c'est la famille étendue.
Le pays, c'est une agrégation géographique, une association politique.
Le plus grand nombre des hommes politiques et des publicistes ont, sans s'en apercevoir, levé le masque; lever le masque quand la figure est si laide, c'est une sorte d'indécence.
Ils ont fait subir au mot patrie une légère modification ; ça s'appelle, en style de grammairien, une contrepetterie . Rabelais s'est amusé à en "faire quelques-unes, que je n'ose reproduire dans
le cas présent; il s'agit également du déplacement d'une lettre.
Les emphatiques, quelques charlatans, disent :
— Si nous n'avons pas la majorité, la paTRie est perdue.
M. Thiers disait, il y a quelques jours, en transposant Vr et le / :
La paRTie est perdue!
Cela a au moins le mérite d'être la vérité; c'est un jeu, c'est une gageure, c'est une partie; on joue sur la rouge ou sur la blanche, connue à la roulette sur la rouge ou sur la noire; quitte à changer de couleur si l'on tombe sur une série contraire , prolongée et décourageante.
On sait les opinions de M. Thiers si<r, contre et pour la république ; on sait les opinions de M. Yeuillot sur, pour et contrela monarchie, celles de M. Emile de Girardin sur, pour et contre tout.
Mais je ne ferai pas une nomenclature; j'aurais plus vite fait, si j'en connaissais assez pour établir une liste présentable, d'énumérer ceux qui sont toujours restés fidèles à leur drapeau, sans coups de canif.
Certes, je ne crois pas que ce soit un devoir ni un acte raisonnable que de s'opiniâtrer à suivre un chemin, lorsqu'on s'aperçoit qu'il mène ail-
leurs qu'ail but qu'on veut atteindre, que de s'obstiner à hacher et à mettre dans une omelette une poignée de ciguë qu'on a cueillie la nuit, la prenant pour du cerfeuil.
L'expérience, la méditation peuvent et doivent modifier les idées; aussi je n'exige que deux conditions pour qu'un changement d'opinion ou de parti ne déshonore pas à nos yeux celui qui les accomplit :
La première, que ce changement ne soit ni précédé ni suivi d'aucun avantage pour celui qui fait l'évolution ;
La seconde, qu'il dise hautement : « J'ai changé de sentiment, d'opinion, de parti, de drapeau, parce que je m'étais trompé, et voici en quoi je m'étais trompé. »
Il est de petites misères quotidiennes dont il serait facile de nous délivrer et auxquelles on nous laisse en proie avec des airs dédaigneux et magnifiques.
J'ai eu quelques amis ministres. Quand je n'étais pas trop loin d'eux, je venais leur parler.
— Venez-vous me demander quelque chose?
— Oui. Il s'agit de deux ou trois petites choses qui atteignent et désolent beaucoup de gens...
— Allons donc, demandez donc quelque chose de sérieux.
— Non, je ne veux que cela.
— Toujours gai!
Et on parlait d'autre chose avec cet air superbe qu'aurait pris Hercule, si on l'avait prié d'écraser une puce avec sa massue.
Une de ces misères, ce sont les frais de justice. N'est-il pas insensé et cruel de ne pas remplacer les huissiers par des magistrats subalternes et payés par l'État, n'ayant aucun intérêt à accumuler et à multiplier les frais, qui, dans la plupart des poursuites, dévorent le pauvre bien du débiteur et le gage du créancier?
Je lis ce matin dans un journal :