‹ Les caillouxChapitre 13 sur 15 · VINGT ANS · texte numérisé non relu

VINGT ANS

La Séparation

O mon adolescence, ô ma bonne compagne, A l'heure où nous touchons le haut de la montagne, A l'heure où nous allons vivre des jours nouveaux, Où j'entends bourdonner l'essaim noir des travaux, A l'heure où j'aperçois devant moi, dans la plaine, La Vie et ses maisons de bonheur et de peine, Tu t'en vas.

Mais, avant de t'en aller, dis-moi La beauté de la Vie et la couleur des mois Dont se revêtira la nouvelle venue.

Parle franc. Dis la Vie aride et toute nue, Avec ses enfants morts et ses femmes en pleurs. Dis-moi le cimetière et la tombe et les fleurs. Et la fraîcheur des yeux, et la beauté des sources, La tristesse et la joie, et le plaisir des courses, Et l'ardente douleur de la chute !

Voilà Que mon adolescence, en partant, me parla :

« Tu m'as prise si petite.

Au bord du chemin !.

Le temps passe vite, vite.

Et ne revient plus !

« Nous avons gravi la sente, La main dans la main. ,

La jeunesse chante, chante, Et ne chante plus.

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