‹ Les caillouxChapitre 3 sur 15 · LA RENTREE · texte numérisé non relu

LA RENTREE

Alors, gais de leur sacrifice, — Car la joie est le bénéfice

De qui fait bien — On voit, dès que le loquet bouge.

S'engouffrer par la porte rouge

Les collégiens.

Le Tomber des Feuilles

Le tomber des feuilles d'automne Est un envol de papillons.

Il est d'or et de vermillon, Le tomber des feuilles d'automne.

Dans le vent léger qui chantonne, C'est le plus fou des cotillons.

Le tomber des feuilles d'automne Est un envol de papillons.

Le doux bruit des feuilles d'automne

Est un dolce de violon

Infiniment subtil et long.

Le doux bruit des feuilles d'automne,

Mélancolique et monotone,

Se divinise en l'air atone.

Le doux bruit des feuilles d'automne

Est un dolce de violon.

Le sommeil des feuilles d'automne, Sous l'éclat d'un dernier rayon, Au bord des routes qu'il festonne, Le sommeil des feuilles d'automne, C'est le linceul d'or des grillons.

Des cigales, des anémones.

Le sommeil des feuiUes d'automne, C'est l'éclat d'un dernier rayon.

Deux Fusains

Chroniqueur

Polydore griffonne une longue chronique,

Il lance tout d'abord une pointe ironique

A la Ville, puis dit des vers sur le beau temps,

Cite Cartier, se plaint des prix exorbitants.

Rit des écrivailleurs, parle mode et dandysme. . .

Chaque article se clôt par un patriotisme

Un peu patriotard. Mais il s'y croit tenu.

C'est de mise. Et pourtant, il croirait saugrenu

De raccourcir un peu sa phrase. Il semble hostile

A tout ce qui paraît, même de loin, du style.

Le Talent

On l'a connu jadis vaguement Parnassien. Avant, il fut très romantique. C'est ancien. Népomucène est symboliste. Il est phtisique Et professe qu'il faut faire de la musique Avant tout. Il répète à ses quelques amis Le (( Préfère l'Impair » de Verlaine. . . Il a mis Sur ses rayons des tas de livres, à sept tomes Ou huit, ou neuf, bien reliés, vraiment. . . Cet homme N'a qu'un petit défaut. Vous poussez les hauts cris : — Un seul défaut ! — Un seul :

Il n'a jamais écrit.

L'Horloge

La vieille horloge au timbre d'or, Où toute mon enfance dort, Halète dans le corridor.

De peur que son tic-tac ne meure, Bruit coutumier de la demeure, Chaque semaine, à la même heure,

Avec un petit bruit de clefs,

D'un pas que rien ne peut troubler,

Un vieux frère vient la régler.

Économe et prude, elle gère L'heure des cours, et ménagère, Assez souvent, elle exagère.

Alors, sans hâte, en haletant, Très lente, elle émiette le temps Et jette, à regret, ses instants.

Et toute la classe, avertie Qu'elle retarde la sortie, La regarde sans sympathie.

Un Critique

Personne n'écrit, selon toi, Comme il le faut, sous notre toit, Aristide.

Selon toi, nos vieux écrivains Ont fait des travaux qui sont vains, Aristide.

Ils ne respireront jamais L'air rafraîchissant des sommets, Aristide,

Et tu les méprises d'avoir Fait, tout au plus, de bons devoirs, Aristide.

Selon toi, les jeunes ont tort De tenter un louable elÉfort, Aristide.

Car leur livre ne sera pas Un noble essai, mais un faux-pas, Aristide.

Quoi ! ni les jeunes ni les vieux Ne trouveront grâce à tes yeux, Aristide !

Page 1