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Ces quelques chiffres fournis par les bilans nous indiquent donc que la situation de la Société elle-même est non seulement normale, mais encore prospère : si, à partir de 1890, le dividende a diminué (de 1884 à 1890 le dividende moyen est de plus de 200 francs), 1l faut voir que les réserves ont été considérablement accrues (Voir le tableau détaillé, page 93).

Mais d'autre part, de ce que les rapports présentés aux actionnaires ne mentionnent point de pertes éprouvées par suite de l'insolvabilité des contractants, il ne sous semble pas résulter que des pertes n'aient jamais lieu. La comparaison du chiffre des recettes perçues avec celui du #2ouvement général donné par les bilans (mais seulement jusqu'en 1892 (1)

(1) Mouvement général des opérations :

ANNÉES LOS re TN Re 185.787.962 francs LOSAT UNE DM RAI MAS = LES ENSRENS EE ISBD DST ASS RP ee JS D 120 ASSIETTE 2.418.932.089 — ASS PRE ICE 2.281-.001.364.— 1SSD SANT ARE 1.808.949.663: — ISO 1.353.880.193. —

LÉER SEE 1.255.205.894 —

permet de croire le contraire. Ainsi en 188%, le mouvement général est de 922,429 145 francs et le montant des recettes est de 984,805 francs. — En 1885, le mouvement général s'élève à 958,351 ,087 francs, et cependant la recette s'abaisse à 661,041 francs. — En 1888, le mouvement général est de 2,287,001,364 francs et la recette de 950,570 francs. — L'année suivante, le mouvement général tombe à 4 milliard 808,949,663 francs, et cependant la recette augmente, elle atteint 2,755,897 francs. Il semble bien que ces variations soient en partie explicables par des pertes laissées à la charge de la Société par des spéculateurs auxquels les variations trop brusques de cours n’ont pas permis de tenir leurs engagements : il faudrait alors mieux avouer ces pertes que de chercher à les dissimuler.

b) Plus intéressante est la recherche des résultats apportés sur la place par la Caisse de liquidation. « Au Havre, a-t-on dit, la Caisse de liquidation n’a pas d’adversaires : elle n’a que des clients. Pour tout commerçant havrais, la Caisse de liquidation est un article de foi (1) ». Et cette opinion n’est pas seulement celle des partisans des Caisses de liquidation : un G6pposant déclaré reconnaît qu'une Caisse comme celle du

Havre « est à même de rendre les plus grands services au commerce (2) ».

(4) P. Sinceny, Réforme économique, 10 décembre 1905. « Aucune loi, aucun règlement local n’imposent à personne de faire enregistrer son marché à terme par la Caisse : mais tous les hommes d’affaires sérieux du Havre ont recours à elle. Par ce suffrage journalier et tacite depuis plus de 20 ans, ils donnent la meilleure des adhésions aux statuts de la Caisse : ils reconnaissent que sa discipline n’est pas inutilement dure ; bien peu oscraient chercher à conclure un marché à terme directement avec une contre-partie. Ce serait, en effet, proclamer qu'ils ont des raisons personnelles de se soustraire à l'appel quotidien des marges : ce serait ruiner leur crédit ». P. de Rousiers, oc. cit.

(2) E. Guilmard, op. cit., p. 45.

Néanmoins des personnes autorisées, certains grands négociants du Havre, notamment, ont pu reprocher à la Caisse d’avoir facilité outre mesure la spéculation et d'avoir attiré les commerçants eux-mêmes sur ce terrain, au détriment des afaires réelles. Si le second grief est difficile à établir, le premier peut, croyons-nous, être retenu : il trouve, d'ailleurs, une explication dans la façon mème dont la Caisse réglemente l'admission de ses clients, — dans le droit reconnu aux courtiers de faire des affaires pour leur propre compte. L’article 3 du Règlement : « le contractant doit être domicilié et patenté au Havre, agréé par le Conseil d'administration », est trop large en effet et n’insiste point suffisamment sur le caractère proprement professionnel que devront présenter les opérations contractées avec la Caisse. Aussi bien les joueurs ou les personnes étrangères à la ville peuvent-ils user de l’intermédiaire d’un courtier qui agit alors comme commissionnaire : la surveillance de la part de la Caisse est à peu près impossible : au Havre, on spécule sur les cafés (1), de tous les points du monde, par l'intermédiaire des courtiers.

Les pertes subies, mais non avouées par la Caisse, peuvent également trouver leur explication dans ce fait que certains déposits exigés par la Caisse (trois francs par sac de café) ne paraissent pas devoir toujours être suffisants. Mème en admettant que les causes de fluctuations des prix du café soient des causes naturelles, généralement déterminées par les conditions économiques, par la récolte (2), non des causes artificielles, il n'est pas moins vrai que ces fluctuations sont parfois

(4) Nous avons vu que les statuts des Sociétés de courtiers en coton interdisent formellement à leurs membres toute opération pour leur propre compte (p. 123).

(2) V. Laneuville : Cafés ; production el consommation, 1820-1900 (Le Havre, 1900),

très brusques et les variations très amples : on a vu se produire en un seul jour des hausses ou des baisses de plus de 8 francs par sac. Un déposit plus élevé garantirait mieux la Caisse, contribuerait à éloigner du marché les non-professionnels.

Il faut enfin insister sur le fait que les exécutions officielles ont été extrèmement rares : on prétend même qu’elles furent nulles. Les contractants, qui étaient sur le point de défaillir, convaincus que la Caisse appliquerait, le cas échéant, son Règlement avec une impitoyable rigueur, préféraient liquider d'eux-mêmes leurs opérations malheureuses. Quant à ceux qui voulaient tenter de maintenir leurs positions sans faire le versement des marges exigées, ils étaient discrètement invités à s’exécuter, mais dans des termes tels qu'ils ne pouvaient chercher à se dérober.

Jamais l'administration ne s'est vu accuser de se ménager des avantages au point de vue de la spéculation. L’honorabilité personnelle des membres du Conseil a toujours pleinement rassuré sur ce point les négociants havrais.

c) Si la constitution de la Caisse de liquidation, les facilités qui en sont résultées pour la conclusion et lexécution des affaires à terme ont pu, dans une certaine mesure, développer la spéculation sur marchandises, il ne parait pas contestable qu’elles ont également, et pour beaucoup, contribué à maintenir la prépondérance, à aider au développement commercial du port du Havre.

Les délégués de la Chambre du commerce du Havre ont insisté, à juste raison, sur ce point dans leurs dépositions devant la Commission parlementaire des affaires à terme. Ils ont montré comment notamment le Havre était redevenu un marché d'indigos, comment pour le poivre, le terme, sanc-

tionné par la Caisse de liquidation, avait fait du Havre, le rival de Londres jusque-là grand entrepôt des poivres pour l'Europe et les Etats-Unis : le stock au Havre s'élevait déjà en 1897 à 100,000 sacs, c'est-à-dire autant qu'à Londres où il était de 6,000 tonnes (1).

En 1902, nous trouvons 3,762 tonnes à l'entrée au Havre, 1,589 à la sortie, 5,000 tonnes en entrepôt. En 1905,

3,649 tonnes à l'entrée, d’une valeur totale de 5 millions 839 mille francs (2).

Pour les cotons (3), « si le marché du Havre s’est fait peu hospitalier aux joueurs, s’il reste un marché stable et sain, mais étroit où les contre-parties sont souvent difficiles à trouver, en un mot le type minimum d'un marché à terme » le stock n’en a pas moins plus que doublé depuis l'introduction du terme et « la forme à peu près définitive » qui, après une période assez longue de tàtonnements, d'essais, lui a été donnée par la création de la Caisse de liquidation. Aussi bien, tous les marchés étrangers, Londres, Anvers, Rotterdam, Hambourg et Brème, ont-ils suivi sur ce point l'exemple du

(4) Rapport Dron, p. 117, 118.

(2) « Tableau général du Commerce et de la Navigation », 1905. (3) Quantilés en entrepôt au Havre au 31 décembre des années :

ANNÉES Poivre Indigo Cacao 1880 413.511 kilogr. 14.670 kilogr. 3.004.339 kilogr. 1e vice 315.049 — 12.512 — 3.210.393 — LEO 910.473 — 68.829 — 6.095.794 — ICO 4.268.957 — 43.849 — 1.003.162 — RE. 1.603.148 — 21.165 — 10.229.028 —

(Chiffres fournis par la Direction générale des douanes : Tableau général du commerce et de la navigation). é

(4) O. Senn. Le marché du coton en France. Revue pol. et parl., juillet

Havre. « Modeste et bourgeois, le marché havrais du coton suit fidèlement ses grands rivaux de New-York et Liverpool : il n'aspire pas à leur porter ombrage, pas de fortunes rapides, pas de ruines instantanées, une suite régulière d’affaires raisonnées, modérées, tranquilles qui maintiennent au Havre un stock suffisant pour les besoins de l'industrie française ; une Caisse de liquidation qui assure par un mécanisme très simple, l'exécution loyale des contrats passés et donne ainsi une grande sécurité aux maisons de la place et à leur.clientèle. Depuis l'existence de la Caisse de liquidation, aucune crise commerciale parmi les maisons cotonnières : voilà ce dont pourraient témoigner les banques françaises et étrangères qui n'ont cessé, depuis la création du marché à terme, de témoigner au commerce havrais et à l'industrie cotonnière une confiance grandissante » (1).

On à montré notamment (2), — et tout résumé ne pourrait qu'affaiblir cette analyse, solidement appuyée de faits, — comment l'organisation du terme au Havre avait permis à la place de traverser sans encombre et sans crise les énormes fluctuations de l’année 1900.

Plus récemment encore, elle a empêché le marché français du coton brut de souffrir de la spéculation effrénée qui régnait depuis deux ans sur le marché américain et qui devait avoir son contre-coup sur le marché du Havre. Les cours du coton qui, en temps normal, oscillent de 45 à 50 francs, sont montés jusqu'à 110 francs pour retomber à 50 francs et remonter à 79 francs. La place du Havre n’a cependant connu aucune défaillance : il semble donc que c’est à bon droit que, dans son rapport à l'assemblée générale du 15 décembre 1904, le

(1) Senn., loc. cit.

(2) Id., Dolléans, l’Accaparement, p. 185.

président du Conseil d'administration de la Caisse du Havre pouvait prononcer les paroles suivantes : « Le mouvement des affaires auxquelles notre établissement donne son concours a été pendant une partie de l'exercice d’une activité tout à fait exceptionnelle. Les variations de prix ont été brusques, répétées et considérables. Le système de la Caisse de liquidation, nous sommes heureux de le dire, a une fois de plus rendu d'inappréciables services. Malgré l’extrème agitation des marchés étrangers, tout ce qui concernait les opérations enregistrées par nous, s'est passé avec l'exactitude et la régularité qui sont l'honneur de la place du Havre et justifient son universel bon renom ».

Mais c’est tout particulièrement aux ca/és que le Havre doit, non seulement d’avoir pu maintenir ses positions, mais encore d'être devenu plus et mieux qu'un port, — un marché, ce qu'il y a de plus difficile au monde à créer, ce qui n'existe dans aucun autre port de France avec la mème importance internationale (1).

« Le Havre, disait, presqu'aussitôt la création de la Caisse de liquidation, la Denkschrift der Handelskammer, grâce à son marché à terme peut attirer à lui de plus grandes quantités de cafés, car il est dans la nature des choses qu'un fort marché à terme a besoin de stocks importants pour lui servir de base, et où ceux-ci se trouvent réunis, vont le trafic effectif et les commandes ». Dès 1897, les commerçants du Havre pouvaient dire devant la Commission parlementaire que « depuis 1880, les importations avaient augmenté de telle

(4) Voir Senn, loc. cit.; Emile Delivet, Le commerce du café, Rev. pol. et parl., février 1901; Dolléans, op. cit.; de Rousiers, Rev, de Paris, novembre 1903; Laneuville, Zoc, cit,

sorte, qu'en quelques années le Havre était devenu le plus grand marché du monde » (1).

Le tableau suivant montre la progression constante du mouvement des 2mportations et des exportations :

Introduction du terme Importations Exportations ANNEES ASSURER, 50.417 tonnes. 11.800 tonnes. ASS TE 84.920 22,000 LSS2 EN PEU 69.047 21/4122 Création de la Caisse de liquidation ASSET 96.409 35.614 SSL RER 82.569 41.735 LSSO A RE 99.247 40.483 SOU EE 81.339 36.850 LS ER re EL 100.631 38.572 LODO EEE 103.672 51.340 TOUTE ER 150.682 27.054 AOD2 ERP TT 1952800 40.754 HOUR RER E 162.500 47.290 AOL EPA A. 109.990 68.332 OO EE 65.739 45.545

(Tableau général du Commerce et de la Navigation).

Sans doute, Hambourg reçoit et expédie plus de cafés encore que le Havre (2); mais il en garde moins. Au 31 décembre 1902, Hambourg avait en magasin 91.000 tonnes de café; — le Havre en détenait près de 200.000 {exactement 185.090), c’est-à-dire plus du quart du stock mondial (774.330 tonnes) (3).

(1) Rapport Dron, p. 117.

(2) En 1897 Hambourg importe, tonnes 179.046; 190.507 en 1898 ; 204.000 en 1901; 180.720 en 190% ; 193.068 en 1905 : il exporte, tonnes 94.359 en 1898 ; 88.330 en 190% ; 93.735 en 1905. (Hamburgs Handel ünd Schifffahrt).

(3) Hamburg's Handel im Tahre 1903. Berichle, herausgegeben auf Veranlassung der Handelshammer, p, 99,

Les chiffres suivants indiqueront les quantités de cafés entreposés au Havre, au 31 décembre des années :

SSD de mu 43.348.175 kilogr.

LSOD PRE 4176192926 — NE EP 27.849.868 — LO00 RE RER 89.410:088 = AOÛT 2e SARA OTS SEE TION se SSSR 000570 ES 19092... 24 21. à. OU O0S 002 AE, ee M ASS OCZ ES CR 0 en Vin —

(d'après le Tableau général du commerce et de la navigation).

Le Havre nous apparaît ainsi comme le grand entrepôt européen des cafés : on à pu d’ailleurs le définir « un marché international pour marchandises chères ». La définition paraît excellente ; comparé à certains ports étrangers, notre grand port de commerce accuse une infériorité technique sensible : de l'aveu même des intéressés « l'esprit d'armement est peu développé au Havre » et l'on a vu, en 1901, la Compagnie des Chargeurs réunis obligée d’affréter des cargo-boats anglais. En revanche, le Havre a le monopole du stock.

Quel motif de préférence, quel attrait particulier détermine donc les cafés à demeurer au Havre. « Le principal, répond M. P. de Rousiers, est sans contredit la bonne organisation du terme, complété par une Caisse de liquidation, institution locale, imaginée et constituée par des Havrais et qui a servi d’ailleurs de modèle à plusieurs créations analogues en France et à l'étranger ».

« Par l'intermédiaire des maisons qui le composent, le marché du Havre, grâce à son organisation termiste supérieurement conçue, offre à tous les opérateurs sur cafés, de n'importe quel point du globe, un ensemble de sécurités commerciales,

de facilités très larges et très nettes pour l'ouverture, la conduite et la liquidation des transactions qui constitue un précieux secours pour toute entreprise rationnellement et prudemment tentée (1) ».

Cette conclusion d'un partisan des Caisses de liquidation, d'un défenseur du terme, semble résumer assez nettement les avantages qu'ont procuré à la place du Havre et cette introduction du terme et la création de la Caisse : elle en indique également les Inconvénients et les dangers. A l’activité nouvelle ainsi apportée aux transactions, à la sécurité donnée à leur exécution s'oppose le développement de l'esprit de spéculation, voire du jeu. La spéculation déborde la place même : de tous les points du monde on spécule sur les cafés par l’intermédiaire des courtiers et des maisons de commission du Havre. Et, quoique endigué dans des règles strictes, « ne laissant place à aucune hésitation, à aucune équivoque, à aucune échappatoire, à aucune chicane (1) » cet esprit spéculatif, ainsi développé, n'en constitue pas moins aux yeux de quelques-uns, un mal et un danger que la beauté des résultats jusqu'ici obtenus ne suflit point à voiler entièrement.

Il. — Les commerçants en cafés de Hambourg se trouvèrent, après la création de la Caisse de liquidation et le développement du trafic à terme au Havre, fortement atteints dans les importations qu'ils ménageaient des pays producteurs aux Etats du Nord-Est et de l'Est de l’Europe. Ils hésitèrent cependant assez longtemps avant de se décider à introduire le terme à Hambourg, redoutant « l'insécurité résultant de la

(1) E. Delivet, loc. cit.

spéculation et un certain trouble, et de briser avec leurs vieilles habitudes ». Mais « les avantages dépassant trop les désavantages, on finit par détourner les yeux des abus que les contrats à terme amènent forcément (1) ».

Au début de 1887, « l'association des comumnerçants en cafés » fut créée « pour défendre les intérèts du commerce en cafés » en réalité pour introduire le marché à terme : au mois de juin de la même année, la Waaren-liquidations- Casse fut instituée sur le même modèle que celle du Havre. Le capital primitif, 3.000.000 de marks, divisé en actions de 4.000 marks, n’a point varié depuis cette époque.

De tous les éléments si complexes qui contribuèrent à la prospérité de Hambourg, — grand marché national, grand marché international, port de distribution pour les Etats du Nord, objet constant de la sollicitude gouvernementale, — il est difficile de dégager la part qui revint à cette introduction du termeet à l'établissement de la Waaren-liquidations-Casse (2). C'est sur l’activité propre de la Caisse elle-même que nous chercherons surtout à nous renseigner.

Les premières années de l’histoire de la Waaren-Liquidations-Casse sont toutes remplies du bruit des luttes qui s’engagent autour de l'institution nouvelle. Si la Caisse trouve dans certaines corporations marchandes d’ardents défenseurs,

(1) Hamburg's Handel im Iahre 1887.

(2) « Les conséquences de l'introduction du terme à Hambourg ont été des plus diverses : permettre à cette dernière ville une concurrence triomphante avec le Havre ; opposer une résistance heureuse au courant de constante décentralisation, alors surtout qu'aucune autre place nationale n’a essayé quelque lutte avec la puissante cité hanséatique ; assurer la détention dans un port européen, de stocks considérables, parmi lesquels le consommateur trouve la qualité désirée ; rendre le trafic moins dangereux pour l’importateur prudent ; faut-il ajouter que de nombreux abus se sont produits? » Sayous, loc. cit., p. 285. — Sur la concurrence triomphante avec le Havre et la cons titution des stocks, voir plus haut, page 171.

de grandes firmes privées, de nombreuses chambres de commerce ne lui ménagent point leurs attaques, dès l'annonce de sa création, plus encore après les premiers exercices (1). Il faut bien voir d’ailleurs que les débuts de la Caisse ne furent point des plus heurcux.

En 1887-1888, les opérations sur cafés enregistrées se chiffrent par 1,947,865,764 marks, représentant 23,784,500 sacs, dont 16,510,500 pour la seule année 1888. Le bénéfice net est de 1,342,045 marks, soit un dividende de 254 marks par action.

En 1889, les opérations enregistrées tombent de près de moitié : 9,488,500 sacs; la Caisse subit une perte de 7,926.55 marks. De plus, la Caisse qui a, l'année précédente, admis les opérations sur les sucres, subit le contre-coup du krach de Magdebourg ; un seul client lui fait perdre 981,400 marks. Pour se couvrir de ces pertes, la Caisse est obligée de faire des prélèvements sur le Delcredere- Fonds et sur la Réserve.

En 1890, les opérations sont encore moins actives : du 1° janvier au 15 novembre, la Caisse n'a enregistré que h,127,000 sacs de café et 6,322,000 sacs de sucre, — A,790,000 sacs de café pour l'année entière (2).

Ces années difficiles une fois traversées, la Waaren-Liquidations-Casse se trouve momentanément entravée dans son essor par l'application du Borsengesetz de 1896. « Nous avons à constater, dit le Rapport de la Waaren-Liquidations-

(4) Voir Fuchs, Der Waaren Terminhandel, Seine Technik und volkwirtschaftliche Bedeutung, Leipzig, 1891, p. 40, s. q. (2) Quantités (cafés) enregistrées au Havre pendant ces mêmes années : 1SSS Fc ere 19.770.000 sacs 1f)e pis eo > 000 0 13.240.500 — SO ERS 42.097.500 —

Casse pour 1897, que nos opérations ont été entravées par la nouvelle loi. Nous avons, il est vrai, enregistré 770,000 sacs de café de plus qu’en 1896, mais, en présence de l'énorme récolte du Brésil, des approvisionnements considérables des principales places européennes et la baisse des prix de cette denrée, cette légère augmentation reste dénuéc d’importance.

« Nous croyons pouvoir affirmer que, sans la loi des Bourses, les affaires en café auraient pris une bien plus grande extension, au grand avantage de Hambourg. Plus qu'auparavant les affaires à terme se sont transportées au Havre, où ont pu être accumulés de forts approvisionnements, grâce à la facilité de les répartir entre un grand nombre de mains ; il en résulte que beaucoup d'affaires effectives se sont aussi, au détriment de Hambourg, transportées au Havre.

« Le dommage causé par la loi au commerce des sucres est encore plus flagrant. Les enregistrements effectués à Hambourg et à Magdebourg ne portent ensemble que sur 11,632,5090 sacs en 1897 contre 19,261,000 sacs en 1896 et 16,236,000 sacs en 1895, et cela malgré un rendement presque identique pour les deux dernières campagnes ».

Mêmes constatations dans les années qui suivent, mêmes plaintes formulées par les Berichte de la Zucker-Liquidations- Casse, de PAbrechnungs-Casse de Leipzig. C’est surtout contre l'obligation à l'inscription sur le Registre de Bourse que s’élèvent les Caisses : « Les intéressés, ne voulant pas se faire inscrire au Registre de Bourse, s'adressent à l'étranger où ils sont reçus à bras ouverts ».

Les lois de finances, le Depotgesetz et le Borsengesetz ont apporté de réelles entraves à l’activité des Caisses de liquidation ; elles ne les ont point atteintes cependant dans /e principe méme de leur fonctionnement. Contre-partie directe de l’opé-

rateur, la Caisse peut assumer la garantie des contrats, admettre la liquidation anticipée, ce qu’un Clearing-House de marchandises, une Banque de marges, ne sauraient faire sous le régime de la loi de 1896 ; là, en effet, les deux parties resteraient en relations directes, il faudrait le consentement commun de lune et de l’autre pour qu'on pût, avant l'échéance, régler la situation, toucher les différences, exécuter par compensation les anciens marchés.

Depuis 1900 seulement, la Caisse semble entrée dans une période d'activité et de prospérité discontinue.

Les quantités enregistrées ont été :

ANNÉES Cafés Sucres

LS TRE Or EE 3.183.000 sacs 9.398.500 SDS RL TE 3.639.500 — 9.765.000 ASIO EEE EN 3.944.000 — 10.065.000 JO RENTE 9.804.500 — 9.148.000 TOUTE D.108.500.— 7.299.500 LOC SL 6.107.000 — 11.803.500 OO Eee 6.313.000 — 8.527.500 A OO ARRET, € 9.258.000 — 18.428.500 OO AE: 7.480.500 — 18.684.500 AOOC RARE ER E 7.934.000 — 13.090.500

Le tableau suivant indique le chiffre des bénéfices et des dividendes distribués :

ANNÉES Bénéfices bruts Bénéfices nets Dividende Marks Marks Marks 1809 2000561752008 399,470. 59 85 OO, à, s CR 7I 499.306 15 105 ND à à. OACO HI 442.407 73 110 1902. . . . 696.775 20 992.341 73 140 19032... 679.116, 38 535.630 40 130 1904. . . . 916.835 95 HP OTEETO 180 1905. . . «8802072287 728.160 52 170 1906 6698100007 691.956 58 160

DEPITRE

Les Réserves (Capital-Reserve-Conto et Delcredere-Fonds) atteignent, en 1905, 1,502,116 marks, — en 1906, 1,571,311 marks (voir le tableau détaillé, p. 94).

L’excellence de ces derniers résultats ne doit point cependant nous voiler les points défectueux de l'institution. Aussi bien, avons-nous vu les résultats tout différents obtenus dès le début et comment l'existence même de la Caisse fut remise en question tant par les pertes subies que par le peu de confiance qu’elle inspirait alors.

Il est d’abord certains abus, — et des plus graves, — qui proviennent directement de l'insuffisance de sévérité, de rigueur dans la réglementation. D'une part, en effet, la Waaren-Liquidations-Casse a, par les facilités nouvelles et plus grandes apportées à la conclusion, à la liquidation des transactions, développé l’esprit de spéculation dans une mesure considérable ; dès la seconde année de son fonctionnement, en 1889, sur 11,886,000 sacs de café traités (et la production mondiale étant de moins de 10,000,000 de sacs), 449,500 seulement furent livrés et recus; de même, seulement 404,000 sacs de sucre, sur 8,250,000 sacs traités. D'autre part, la Caisse semble s'être assez peu préoccupée de donner à ces facilités nouvelles, qui viennent agir comme une excitation au jeu, un contrepoids suffisant dans la rigueur des dispositions touchant soit au versement du déposit, soit à l'admission des clients.

L’insuffisance du déposit exigé a frappé tous ceux qui s'occu pèrent, dès le début, d'étudier le fonctionnement de la Vaarenliquidations-Casse (1). Bien plus, l'autorisation accordée au Conseil d'administration de dispenser du versement des marges

(1) Fuchs, loc. cit,, p. 47.

les personnes qui lui paraissaient devoir faire face à leurs engagements, a laissé la porte ouverte à tous les abus. L'admission à la Caisse n’est point prononcée par le Conseil d’administration de la Caisse elle-même, mais bien par une institution qui, pour être étroitement liée à la Waaren-liquidations-Casse, n'en est pas moins théoriquement et pratiquement indépendante (1); ni le domicile, ni la qualité de professionnel ne sont, en fait, exigés. Les courtiers, enfin, peuvent se porter parties aux contrats ; aussi spécule-t-on de tous les points du monde par leur intermédiaire ; s'ils ne peuvent ou ne veulent point obliger leurs mandants au versement intégral des déposits et des marges, ils s’exposent sans doute à des pertes, mais la Caisse elle-même se trouve également exposée, surtout si le courtier est dispensé du versement de ces mêmes marges.

Nous insistons sur ces défectuosités, et sans rappeler à dessein les correctifs et les atténuations que d’autres pièces du système peuvent et doivent apporter. Mais plus on diminue dans de semblables organisations le rôle et l'importance du mécanisme proprement automatique, — précautions préalables ou mesures spéciales à chaque opération déterminée qui doivent par leur jeu précis assurer d’elles-mêmes le maximum de garantie possible, — plus s'accroît la part de surveillance et de contrôle de la direction. Une administration attentive et diligente peut remédier sans doute à ces dangers signalés : les chiffres des derniers bilans en sont une preuve excellente. Il n'en est pas moins imprudent de multiplier ainsi, de parti pris, les dangers, d'ajouter aux difficultés de la direction et de faire dépendre le bon fonctionnement d’une imstitution qui vise un but d'utilité générale, de l'intelligence ou de l'honnêteté de

(1) L'Association des commerçants en cafés. Voir première partie, page 40.

quelques-uns. L'histoire de la Waaren-liquidations-Casse ellemême, non moins que celle de la Zuchker-liquidations-Casse de Magdebourg, nous en fournit la meilleure preuve.

Les administrateurs (Au/sichtsrath) de l'une et l'autre de ces Caisses, entraînés dans l'agiotage effréné qui eut lieu sur les cafés à Hambourg en 1888 (1), à Magdebourg, sur les sucres, l’année suivante, usèrent de la Caisse pour exagérer leurs propres spéculations et écraser d'autant plus facilement leurs adversaires qu'ils connaissaient leurs positions exactes grâce au tableau des opérations enregistrées (2). Mais des arrivages non prévus vinrent donner tort aux haussiers : on dut, en septembre 1888, suspendre à la Waaren-liquidations- Casse l’exécution de tous les contrats, atermoyer toutes les opérations par une sorte de faillite collective qui, non moins que les variations fantastiques des cours, firent subir au commerce d'énormes pertes. À Hambourg, la nomination d’un nouveau conseil d'administration, certaines réformes immédiates (3), parvinrent à sauver la Caisse : elle à paru, depuis, vouloir profiter des leçons de ce que, avec une certaine indulgence, les Hambourgeois appellent une crise de croissance (kinderkrankheit).

La Zucker-liquidations-Casse de Magdebourg, qui datait du 2h septembre de cette même année 1889, dut presque aussitôt consentir une réduction de son capital, de 3,000,000 à 2,000,000 de marks. Sa mise en liquidation, demandée une première fois par les actionnaires en 1897, fut définitivement chbtenue en 1899.

Il faut voir, croyons-nous, les causes de la disparition de la

(1) Sur le Corner de Hambourg de 1888, voir Dolléans, op. cêt., p. 175,

(2) V. Claudio Jannet, op. cit., p. 271.

(3) L'étroitesse du type a été une des causes principales de la crise : le type depuis adopté est composé comme celui du Havre.

Zucker-liquidations-Casse moins dans l'étroitesse relative de son activité où dans la concurrence de Hambourg (1) que dans le peu de confiance qu'ont pu inspirer aux opérateurs et ses débuts malheureux et l’imperfection de son règlement. Dès 1899, en effet, une société nouvelle, la Magdeburger-liquidations-Casse, se fondait sur la place de l’ancienne, au même capital de 3,000,000 de marks. Une note de la Frankfurter Zeitung du 9 mars 1899 présentait cette Magdeburger-liquidations-Casse comme devant être une sorte de filiale de la Hamburger-Waaren-liquidations-Casse, qui aurait fourni la majeure partie du nouveau capital ; en réalité, il n’y eut là qu’un projet qui ne fut même pas présenté à l'assemblée des actionnaires. « Gesellschaft mit beschrankter Haftung », la nouvelle Caisse n’est point tenue à la publicité de ses bilans. Nous n’avons pu nous procurer que ceux des années 1904- 1905, publiés par le Deutscher Reichsanzeiger du 9 avril 1906 : les bénéfices nets accusés sont pour 1904 de 76,749 marks, de 90,946 marks pour 1905.

IT. — L'introduction du marché à terme à Roubair-Tourcoing en 1888, la création de la Caisse de liquidation en

(4) Voir dans la Réforme économique du 10 décembre 1905 une histoire qui nous paraît assez fantaisiste : « Il arriva qu’un jour (?) un important courtier de Magdebourg fut en difficultés avec les dirigeants de ce marché... Le courtier transporta sa maison à Hambourg. Là notre homme s’aboucha avec les principaux commerçants, et bientôt après le marché de spéculation sur les sucres n’était plus à Magdebourg. Il était installé à Hambourg où, depuis lors, il est toujours resté ». L’anecdote, nous dit-on, doit faire réfléchir les dirigeants du marché de Paris : leur mauvais vouloir, à propos de la création de la Caisse de liquidation, pourrait bien avoir comme conséquence le déplacement du marché des sucres de Paris au profit d’une autre place,-du Havre par exemple.

1892, — la création simultanée du marché à terme et de l'Abrechnungs-Casse für Kammzuggeschafte, à Leipzig, en 1890, — procèdent également d'un double désir : limiter

les risques des importateurs et des industriels en leur permettant de se couvrir aisément à la moindre fluctuation des cours ou dès la conclusion de leurs marchés; — détourner sur ces places une partie du mouvement des laines jusqu'alors monopolisées par Londres et Anvers (1). « Laisser sans concurrence le marché d'Anvers, qui était et qui est encore moins le marché de la Belgique que celui de l'Allemagne, c’était, — disait M. L. Cordonnier, l’un des fondateurs de la Caisse, — laisser passer aux étrangers la prédominence ». — Et le premier rapport de l’'Abrechnungs-Casse s’exprimait ainsi : « Le marché à terme sur laines peignées fonctionnant déjà depuis quelques années sur certaines places étrangères, on a reconnu la nécessité de le transplanter en Allemagne pour empècher que les firmes allemandes fussent obligées de passer par l'intermédiaire de l'étranger pour les marchandises allemandes elles-mêmes. Les résultats obtenus par notre institution, fondée le 1° janvier, ont dépassé toutes les espérances ».

Mais les années qui suivirent furent moins heureuses pour l'Abrechnungs-Casse : on en peut juger par ce tableau des quantités enregistrées au marché à terme de Leipzig et des dividendes annuellement distribués par la Caisse :

(1) Cf. Sayous, loc. cit. (1898) : le trafic en laines peignées de Leipzig, p. 291, sq. ; M. Colrat, Le ferme sur laine peignée et la crise de Roubaix (Revue politique et parlementaire, janvier 1901) ; H. Pupin, La crise lainière de Roubaix-Tourcoïng et le marché à terme, 1900 ; Dolléans, Loc. cit. ; Delcambre, thèse citée.

Quantités enregistrées :

ANNÉES LSOOERRNECE 37.155.000 kilogr.

ASE 921009 000 ONE MON Er 25.520.000 — LS HÉCAOIDN LSOAE RP 10.380.000 — ASOS MR CEE 18.025.000 — LOC PMP 13.805.000 — ROUTES ONE ee 5.850.000 — ASS ES 0 5.925.000 — SO 10.005.000 —

A partir de cette date, le marché officiel est supprimé : les cotes officielles sont interdites ; il est également interdit de traiter des affaires en Bourse : les litiges concernant ces affaires ne peuvent être portés en justice. Les affaires à terme reviennent à des marchés à livrer : mais la seule chose qui fut en somme véritablement prohibée, c’est la publication de la cote officielle.

Dividendes distribués :

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