‹ Les Caisses de Liquidation des Opérations à Terme sur Marchandises: Étude Juridique et ÉconomiqueChapitre 15 sur 19 · AS RS · texte numérisé non relu

AS RS

AT), 5 os os 14 —

1901 e __ { Première demande de liquidation.

er NES | Réduction du capital à 2,000,000 marks.

OPA drone 0,50 —

1908 re Liquidation de la Société.

Les causes de ce peu de succès de l'institution sont, avant tout, des causes générales. Repoussés de Berlin, où primitivement ils avaient voulu fonder leur marché et leur Caisse, les négociants en peignés, installés à Leipzig, se virent bientôt opposer par les agrariens de nouvelles difficultés : le vote de la loi des Bourses, l'obligation à l'inscription des opérateurs au Registre des marchandises, l'hostilité des filateurs euxmêmes, l'interdiction, en mai 1899, du marché à terme sur laines peignées, détournèrent les transactions du jeune marché de Leipzig. Les rapports annuels du Conseil d’administration énumèrent successivement ces différentes causes et déplorent leurs effets. À notre point de vue particulier, seules, les causes plus immédiates de la chute de l'Abrechnungs-Casse offrent un intérêt et un enseignement précis.

On sait comment les Banques allemandes, directement intéressées dans les entreprises industrielles et commerciales de toutes sortes, eurent à subir le contre-coup de la crise économique qui sévit avec une réelle intensité pendant la période 1900-1901 (1). Un grand nombre de banques locales et de Sociétés s'’abimèrent : la chute la plus retentissante fut celle de la Lerpziger Bank qui passait pour l’un des plus solides établissements de l'Allemagne centrale : fortement ébranlée par la faillite d’une Société industrielle, la Treber Trocknung, à qui elle avait consenti des crédits considérables, la Leipziger Bank dut suspendre ses paiements, en juin 1901, entraînant dans sa propre chute d’autres banques et Sociétés diverses. L'Abrechnungs-liquidations-Casse fut du nombre : ses relations avec la Leiïpziger Bank, seule, lui firent perdre près de 60,000 marks : en outre, d'un emploi de ses fonds en 1,200

(1) V. Edgard Depitre : « Le mouvement de concentration dans les Banques allemandes », p. 10% et suiv,

actions de priorité d’une Société de caoutchouc (Gummi- Werke-Elbe) également commanditée par la Leipziger Bank, la faillite de l’une et l’autre Société firent une perte sèche. Le 6 mars 1903, l'assemblée générale des actionnaires décidait la dissolution de la Caisse : le bilan final se chiffrait, total égal, par 722,292 marks seulement.

L'exemple de lAbrechnungs-Casse illustre donc d’une façon précise ce que nous avons dit plus haut de l'obligation pour une Caisse de liquidation de chercher, soit pour ses propres capitaux, soit pour les fonds déposés chez elle, des emplois d’une solidité reconnue, autant que possible soustraits à l'influence des crises éventuelles, économiques ou politiques, et facilement réalisables. C'est la sécurité plus que les gros intérêts qu’il faut avoir en vue : d’une administration trop audacieuse ou peu clairvoyante dépendent et l'existence de la Caisse et la stabilité du Marché.

Née du même désir de limiter les risques des importateurs et d'échapper à la nécessité de payer de fortes provisions aux marchés étrangers, à celui d'Anvers en particulier, la Caisse de liquidation de Roubaix-Tourcoing, créée le 5 novembre 1892, au capital de 1,200,000 francs, divisé en 1,200 actions de 1,000 francs chacune, nous offre des destinées sensiblement différentes.

Ses débuts furent, comme ceux de la Caisse de Hambourg, difficiles : contre elle, et beaucoup moins justement à notre avis, se liguent à l’origine les négociants, les Chambres de commerce des places concurrentes : Amiens, Fourmies, Sedan, — Reims, qui cependant avait tenté d'introduire le terme et créé une Caisse de liquidation. Moins de cinq ans après la création de la Caisse de Roubaix, — cinq années de luttes et de véritables haïines locales, — la nomination de la

Commission parlementaire des marchés à terme faisait qu’on püt devant elle résumer ces attaques. Voici le réquisitoire (1).

A0 Le marché à terme de Roubaix-Tourcoing créé pour développer les marchés à livrer réels est complètement détourné de ce but par la spéculation (90 0/0 d’affaires fictives).

20 Ces opérations faussent les cours et troublent le marché qui est à la merci d'étrangers au commerce de la laine.

3° L'industrie de la laine {produisant près d'un milliard) subit le contre-coup des variations du marché.

h° Ce marché, extrêmement restreint et n'ayant pas l’élasticité des marchés internationaux se prête à l’étranglement et à des fluctuations qui sont à la discrétion des joueurs.

5° Dans les désastres lainiers des dernières années, le marché à terme a été le refuge des insolvables qui y ont laissé ce qui leur restait, au détriment de leurs créanciers.

A ces accusations assez vagues et imprécises, M. L. Cordonnier, président du Conseil d'administration de la Caisse de liquidation, entendu à son tour, eut beau jeu pour répondre (2). Sans s'attacher à relever certaines erreurs trop évidentes et que les membres de la Commission eussent pu d'eux-mêmes rectifier (tel l'argument tiré de la valeur croissante des actions de la Caisse « qui de 250 francs au début sont actuellement (1898) de 1200 à 1500 francs ») il expliqua, de façon fort sobre, le mécanisme de la Caisse et ramena à leurs justes proportions certains faits trop violemment exploités contre elle. Il reconnut cependant que des personnes étrangères à la laine, avaient pu spéculer : « Des cas ont pu se produire, mais en

(14) Rapport Dron, p. 110.

(2) V. Rapport Dron, loc. cit.

nombre très restreint, huit ou dix peut-être : des personnes étrangères à la laine ont pu opérer mais par l'intermédiaire de clients autorisés par la Caisse de liquidation. C’est pour éviter cet abus, que nous avons restreint dans la mesure qui nous a paru bonne, le crédit des maisons admises au marché à terme ».

Mieux encore, une rédaction nouvelle de l’article 2 du Règlement, rendu beaucoup plus strict, est venue sur ce dernier point donner satifaction aux plus exigeants. Depuis, l'attitude du Syndicat rémois s’est d’ailleurs fortement modifiée. Il proclamait plus tard que les Règlements de Roubaix-Tourcoing étaient /es modèles du genre, et reconnaissait la parfaite gestion du t rme roubaisien (2).

Aussi bien, dès cette époque, on peut, — sans même tirer argument des témoignages unanimes de la place touchant la parfaite honorabilité des membres du Conseil d'administration, ou de considérations générales comme par exemple l’accroissement de la population de Roubaix-Tourcoing, (Roubaix, l’industrie et Tourcoing, le négoce), qui en dix années gagne plus de 50,000 habitants, — on peut de faits précis, dégager le sérieux de l'institution, en faire apparaître les avantages obtenus tant au point de vue de la sécurité de la place qu'au point de vue de son développement industriel et commercial.

a) Le tableau suivant indique pour les trois périodes 1880- 1888 antérieure à l'introduction du marché à terme, — 1888- 1893 antérieure à la création de la Caisse de liquidation, — 1893-1899 postérieure à la Caisse et antérieure à la fameuse crise sur laquelle nous allons avoir à revenir plus longuement, les prix extrêmes dans chaque année, l'écart des cours et la moyenne de cet écart, pour chacune des périodes indiquées :

(2) M. Colrat, Loc, cit,

ANNÉES Plus haut Plus bas Ecart Moyenne SSD 10 1800 2.10 ASS RE 7.60 7.05 0.55 1882. #00 749 0.35 1883. 71 110 0.05 ARSLE EE 7l 6.75 0.25 AI ASS 6.80 0200 1.25 ASS EE 12 4.65 2.60 ASS re 6.45 5.65 0.80 RES © à 0 do 025 5.65 0.60 ASSORTIE 7.20 5.85 1535 18908 Le ru 6.95 5.90 u 0.89 ASS CR 5.85 4.90 0.95 1892. ls 4,65 0.50, VOS 5.29 4.45 0.80 ASIE 4.50 3.80 0.70 RÉ duo mate 5 3.80 1.20 081 ASC 4.60 3.825 OT ÿ 1807 4.10 3.70 0.10| 1808 Mr 4.90 3.90 1

(Relevé d'après le Bulletin des Laines)

Les fluctuations de cours furent donc, en moyenne, moins sensibles après l'introduction du terme, moins sensibles encore après la création de la Caisse : de mème c'est dans la première de ces périodes que se rencontrent les écarts de prix les plus élevés, 2 fr. 60 en 1886, 2 fr. 10 en 1880.

b) D'autre part, le relevé des mouvements de laines peignées aux conditions publiques des centres industriels du Nord de la France accuse pour Roubaix une augmentation sensible : 12.913.000 kilog. en 1880, 27.664.250 kilog. en 1898, pour Tourcoing, 11.866.148 kilog. en 1880, 25.515.178 kilog. en 1898, soit, pour les deux places réunies, une augmentation de 28.399.990 kilog. alors que :

Reims, passe de 4.119.806 kilog. en 1880 à 6.876.511 kilog. en 1898 Fourmies — 1.987.949 — — 3.281.088 — — Amiens — 1.821.665 — 600.156 — =

c) Le tableau suivant des opérations en peignés enregistrées au marché à terme, montre enfin comment Roubaix-Tourcoing avait su reprendre en partie l'avance prise par le grand marché belge.

Roubaix-Tourcoing Anvers Octobre-Décembre 1888. . 3.675.000 kilogr. 39.340.000 kilogr.

Année 1889. . 37.075.000 — 56.240.000 — — 1890. . 47.525.000 64.195.000

Le marché à terme sur laines peignées, la Caisse de liquidation, se présentaient donc à cette date comme favorables à la manufacture et au négoce français ; moins nombreux se faisaient les adversaires. Les événements de 1900 vinrent soudain raviver les attaques. Le 22 juin 1900, « au nom de 250,000 travailleurs, de 2,000 patrons, des Chambres de commerce et des comices agricoles de 53 départements », un député, M. Mirman, demandait à la Chambre « d’extirper le chancre qui empoisonnait l’industrie lainière, de protéger 250,000 travailleurs contre un petit groupe de financiers et de joueurs », —- les directeurs de la maison de jeu, de la roulette, — de la Caisse de liquidation de Roubaix-Tourcoing.

On connaît la suite des événements qui vinrent constituer la crise de Roubaix, — en réalité la crise de /a laine tout entière, car elle a sévi avec une réelle intensité sur toutes les places lainières de l’Europe. Pour bien saisir le rôle de la Caisse de liquidation, il nous faut en résumer brièvement les grandes lignes : la hausse, la baisse, le krach final.

1) En 1897, 1898, la fabrique réalise de gros bénéfices : la persistance de la mode, la réduction de la production, l'épuisement des stocks motivent la hausse des laines ; chiffres extrèmes en 4897 — 4,10 — 3,70. En 1898 — 4,90 — 3,90. L'année 1899 débute par un mouvement ascensionnel. Non seulement Roubaix, mais toute l'Europe, a peur de voir la matière première faire défaut (1); la fabrique escompte que la mode aidant, la consommation continuera à ratifier les cours élevés (2). Roubaix achète : le peigné, parti de 4,80 en janvier 1899, atteint 4,95, puis redescend à 4,82 au 1° mars. À partir de cette date, c'est un véritable emballement du

(1) « Les circulaires lainières commentaient douloureusement les effets de la sécheresse en Australie. La mortalité, nous disait-on, était là-bas effrayante. L'on ajoutait même que les plaines du Queensland étaient blanches de carcasses de moutons ; il y avait là un fond de vrai, mais dans d’autres pays il y avait compensation. On disait encore que les croisements étaient tels que le mérinos n'existait plus... Telle était la thèse de tous les jours ». Motte, Discours à la Chambre, Officiel (9 juillet 1900).

(2) « La mode du moment vint aussi, pour sa part, contribuer à étendre le désastre. On portait, en effet, en 1899, beaucoup de costumes tailleur et d'étoffes dont la fabrication nécessitait l'emploi de laines fines. Or, comme c'était précisément pour cette laine fine qu'on s'attendait à une pénurie beaucoup grande, l’emballement fut beaucoup augmenté de ce fait. Les bénéfices réalisés dans ces genres par la fabrique avaient été considérables, et pas un instant on ne réfléchit que, détournée par la hausse, la consommation pourrait se porter d’un autre côté.

A ceux qui faisaient l’objection, on répondait simplement que dans un vêtement il n’y avait qu’un poids minime de laine fine et que le client ne s'apercevrait même pas de cette hausse, limitée à 5 à 6 francs, sur un produit qui lui coûte de 60 à 140 francs ». Motte, 2d.

commerce lainier tout entier : le négoce ne vend que très peu ou pas du tout, la fabrique achète non seulement pour sa consommation journalière, mais bien au delà. Le peigné atteint 6,20 dans le courant de mai.

Quelques maisons, plus prudentes, s’aperçoivent alors de ce qu'une telle hausse présente de factice et de dangereux : elles en avertissent leur clientèle par circulaires (Savarin et C®, Meura et Dumonchel); certains haussiers raisonnables liquident leur situation : le peigné réactionne à 5,70 en juillet, indication dont personne ne veut profiter. La hausse reprend le dessus, violemment accentuée par les rachats du découvert, finalement épouvanté. En novembre et en décembre, le peigné atteint le cours de 6,80.

En même temps, la nouvelle campagne s’ouvrait : par suite de la hausse démesurée des prix d'Europe, les achats s’opèrent en Australie et à la Plata à des prix de fantaisie ; chose plus grave encore, le commerce d'importation, contrairement à ce qu'il faisait chaque année, ne vend pas en arbitrage sur le marché à terme la contrepartie de ses achats, dans l'espoir d'opérer plus tard ses ventes à des conditions plus avantageuses encore. L'erreur ici semble bien avoir consisté non seulement à ne pas suivre les indications du terme, mais à ne pas s’en servir.

2) En face de ces prix inabordables pour elle, la consommation se dérobe : les hauts cours provoquent une transformation de la draperie courante : on se rejette sur les tissus chaîne-coton. Le 16 décembre 1899, la baisse commence ; de 6,80 le peigné tombe à 6,50. En janvier 1900, la reaction s’accentue : le négoce, déjà inquiet, vend sur une large échelle : du 16 au 20, on traite entre prix variant de 6,25 à 5,80 : le mois clôture à 5,75.

A ce moment un premier Syndicat (il y en eut jusqu'à

trois) se forme pour maintenir les cours : il rachète les rapprochés « accumulant ainsi en quelques mains les filières jusqu'alors éparses, travaillant à concentrer les pertes, désormais certaines, dans un moment où le mieux eùt été de les répartir. Il se servait du terme à rebours, construisait une digue quand il eüt fallu au contraire, ouvrir les écluses » : le cours remonte jusqu'à 6 francs. Mais, en mars, les importateurs veulent vendre à tout prix : le marché s'effondre à 5,15.

Le 25 juillet, les cours tombent à 4,12, flottent, fin août, entre 3,70 et 3,80, accusant sur ceux de décembre 1899, une moins-value de près de 50 0/0. Deux maisons à Roubaix, quinze à Tourcoing, ont déposé leur bilan.

Tels sont brièvement résumés les événements qui constituent le krach lainier de 1900. Quelles en furent les causes, quelles en furent les conséquences ?

Que Roubaix-Tourcoing ait spéculé comme aussi Leipzig (1), Brème, le Havre, Verviers, Anvers, cela est indéniable : que Roubaix-Tourcoing se soit trompé avec toute l'Europe, exagérant les stocks et les prix, le fait est certain et avoué. Mais faut-il rendre le marché à terme et la Caisse de liquidation, — la Roulette, — de Roubaix-Tourcoing seuls responsables de la crise. Nous ne le croyons pas, tout au contraire.

Le terme, a dit en substance M. Motte, n’a pas été la cause de la crise ; il aurait pu la conjurer. La baisse de 1900 n’est pas un fait inédit : alors même que le terme n'existait pas, il s'était produit en 1880, en 1885 et 1886 des différences au moins aussi grandes que celles qui furent constatées en 1900. De 1890 à 1895, le peigné était tombé

(1) Anvers enregistre en 1899, 58.120.000 kilog. en 1900, 29.120.000 contre 36 millions en 1897, 1896. — Lo Havre, Leipzig, plus du double des années précédentes.

de 7 francs à 3 fr. 20 le kilog. C’est la hausse de 1899 qui a été le fait anormal : la crise provint des achats immodérés faits par erreur, elle s'aggrava démesurément par ce fait que les importateurs ne voulurent point précisément user du terme, gardant par devers eux les stocks qu'ils espéraient revendre plus tard à des prix plus avantageux (1) : il faut voir en effet que pendant toute cette période, les prix pratiqués à la corbeille furent inférieurs aux prix d'achats pratiqués en Australie; c'est pourquoi les importateurs abandonnent le terme. Plus tard seulement, quand des syndicats se formèrent pour mainteuir les cours à la hausse, le terme, dont on use à rebours, apparaît comme un instrument, non comme la cause de la crise.

Comme on n’use pas du terme, de même on ne passe pas par la Caisse de liquidation ; il lui fut donc impossible de prévenir la crise et l’on à fait justement remarquer que la plupart des maisons qui s’abimèrent n'étaient inscrites à la Caisse que pour un chiffre d'opérations très restreint. À la différence de ce qui se passe à Hambourg en 1888, la Caisse exige toujours les garanties prescrites par les Règlements ; dans le but d’enrayer la débâcle, et quand on revient au terme, elle accroît ces mêmes garanties. Pour écarter les vendeurs à découvert, elle élève le déposit original de 1,000 à 2,000 fr. La précaution apparaît bientôt insuffisante. Par délibération du 21 août, le Conseil d'administration prend la décision suivante : « À partir de mardi prochain, 28 août, le déposit pour chaque opération d'achat et de vente est fixé à 3,000 francs.

« En outre, toute opération de vente ou d'achat qui ne se résoudra point par une livraison ou une prise de livraison effective, sera frappée d'une taxe de 0 fr. 05 au kilogr., soit

(1) Tourcoing, — le négoce, — a aussi le plus souffert de la crise.

DEPITRE 43

250 francs par bordereau de compensation. Tout achat ou toute vente, enregistrée antérieurement au 23 courant, sera liquidée sous l'empire de l’ancien régime.

« En outre, la Caisse refusera d’enregistrer toute inscription aux maisons de commission qui ne lui feraient pas enregistrer toutes leurs opérations sans aucune exception ».

Cette nouvelle élévation du déposit avait une double raison d’être : mettre la Caisse à l'abri des fluctuations énormes de cours, — empêcher les tentatives de spéculation à la baisse, opérations qui pouvaient être sages et licites au point de vue personnel mais qui accentuaient encore la baisse fatale aux intérêts généraux de la laine.

Le 26 août était un dimanche, le 27 fête locale. Plusieurs maisons se trouvant, le 28, dans l’impossibilité de faire face à leurs engagements, la Caisse de liquidation fait, dans la matinée, afficher l’avis suivant : « Par délibération du Conseil en date de ce jour, à partir de la Bourse de onze heures, toute vente nouvelle à découvert ne sera enregistrée que contre un déposit de 10,000 francs.

« Au cas où le versement de ce déposit ne serait pas fait le lendemain avant midi, une amende de 2,000 francs par filière sera appliquée au vendeur. Toute vente en couverture ou tout achat quelconque restent sous l'empire de l’ancien règlement ».

Le mème jour, la cote est suspendue par les présidents des Chambres de commerce de Roubaix et de Tourcoing. Cette mesure, mal accueillie, est bientôt rapportée : dans la semaine, les cours reprennent de 3,70 à 3,90.

Au lieu d'exécuter brutalement les opérateurs en défaut, — au lieu d’atermoyer toutes les opérations par une sorte de faillite collective, la Caisse est parvenue à vendre à l’amiable un certain nombre de filières en souffrance ; pas un des opé-

rateurs à terme ne perdit un centime par suite de l’insolvabilité de sa contre-partie; la Caisse elle-même fut intégralement payée. Ses mesures énergiques ont enrayé la débâcle, empêché la panique, raréfié les spéculations à la baisse qui auraient aggravé et précipité encore la chute des cours.

Tel fut le rôle de la Caisse de liquidation pendant la crise lainière de 1900 : il suffirait à expliquer la confiance que tous, industriels et négociants, nationaux ou maisons étrangères représentées à Roubaix comme l’exigent les Règlements minutieusement revus et toujours strictement appliqués, lui témoignent. « Une raison d'économie nationale justifie le marché à terme de Roubaix-Tourcoing : il n’a été institué qu'après celui d'Anvers ; tant que durera celui-ci, celui-là devra défendre les intérêts de l’industrie française » (1). Et là, la Caisse de liquidation apparaît bien remplir exactement l'objet que lui proposèrent ses fondateurs : « assurer dans la plus large mesure la correction des opérations à terme ».

Le marché si fortement ébranlé, s’est rétabli rapidement : la Caisse de liquidation qui, en 1901, n’avait plus enregistré que 20,195,000 kilog. de laines peignées représentant 4,039 opérations a successivement enregistré : |

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