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thies. Aussi ne terminerai-je pas cette lettre, Monsieur le Préfet, sans appeler particulièrement votre attention sur une mesure qui lui serait d'un grand avantage. Je veux parler de l'organisation des caisses de secours qui donneraient en cas d'accident les moyens de venir en aide aux ouvriers el à leurs familles. Il n'en existe encore en France qu'un bien petit nombre, et cela est fort regrettable. Il serait à souhaiter que, à l'instar de ce qui s’est fait récemment dans un pays voisin, ces institutions pussent se multiplier, et que les résistances qui les ont entravées jusqu'à ce moment, vinssent à disparaître devant l'accord de toutes les volontés, devant cette émulation généreuse pour le bien, qui a créé tant de choses utiles. Vous chercherez, je n'en doute pas, à donner ici une impulsion efficace. Rien n'est plus digne assurément de votre sollicitude.
À la même époque, le 25 mai 1843!, le Gouvernement joignant l'exemple à la recommandation, provoqua, avec succès cette fois, la création d’une caisse de secours en faveur des ouvriers des mines de fer de Rancié. Le cas est intéressant et mérite d’être rapporté. Les mines de fer de Rancié ont été concédées le 31 mai 1833 aux huit communes qui forment la vallée de Vicdessos, afin de respecter des droits acquis remontant au moyen âge*, auxquels la population se trouvait
1 Annales des mines, 4° série, tome III, page 923. ? Les mines de Rancié ont été attribuées en 1293 aux habitants de la vallée de Vicdepas, par une charte de Roger, comte de Foix. — Par
d'autant plus attachée que la coutume a chez elle une grande force (on sait qu’elle est loi dans la célèbre vallée voisine d’Andore). Ces mines étaient administrées par le Préfet de l'Ariège et dirigées par l'Ingénieur en chef des mines du département. L’ordonnance de 1843 fut rendue sur la proposition faite par les ingénieurs des mines et par le Préfet, après que les maires des huit communes concessionnaires se furent prononcés unanimement en faveur d'une telle mesure. L'État s'était donc dans l'espèce substitué, pour ainsi dire, aux concessionnaires et avait, en somme, agi en qualité même de concessionnaire, mais d’une façon d’autant plus adroite que l'ordonnance ne faisait que régulariser et organiser un usage qui existait déjà de temps immémorial aux mines de Rancié et qui avait dû se rencontrer à l’origine sur bien des mines; usage consistant en une espèce de prestation en nature, fournie par l’ouvrier et qui l’exonérait en quelque sorte de toute retenue prélevée sur son salaire. Les mineurs du même chantier avaient l'habitude d'extraire de temps à autre, en sus de leur travail journalier des charges ou voltes de minerai, dites de charité, pour un mineur de leur escouade ou sa famille, lorsque survenait un malheur subit. Pour combattre l'indifférence de quelques
suite de l’état d’anarchie qui régnait aux mines de Rancié, l’ordonnance royale du 31 mai 1833 a été en partie abrogée par la loi du 15 février 1893 (complétée par un décret du 24 avril 1893) qui modifie le régime d’exploitation.
ouvriers peu soucieux d'extraire la volte de charité, l'ordonnance de 1843 dispose que chaque mineur de Rancié est tenu d'extraire, dans le courant du mois, en dehors des quantités habituelles de minerai, deux voltes ou voyages supplémentaires, dont le produit forme le fonds de la caisse de secours. Cette cotisation représentait, pour chaque ouvrier, un apport mensuel de O0 fr. 10 et produisait un revenu annuel de 4.600 francs. La commission de répartition des secours se composait de l’un des jurats (maîtres mineurs), président, et de quatre ouvriers choisis par le Préfet parmi les plus anciens mineurs.
C’est surtout depuis cette époque, aux environs de 1840, que l’on peut le plus aisément suivre le développement des caisses de secours, car bon nombre de règlements en vigueur en 1894 dataient pour le fond de plus de cinquante ans. Les documents ne font pas défaut ; c’est, au contraire, leur abondance qui déconcerte. Il suffit, pour l'instant, d'en tirer cette seule conséquence que l'initiative privée continua à créer ou à perfectionner en chaque mine l’organisation des secours; pour être morcelée, elle n’en fut pas moins à l’œuvre partout. Et cette remarque faite pour la majorité de nos bassins miniers, celui de la Loire mérite seul d'attirer notre attention.
Très divisées à l’origine, c’est-à-dire vers 1824, beaucoup de concessions de la Loire s'étaient trouvées, vers 1840, réunies entre les mains d’une société unique, la