PC. ES
but et de développer la misère, en brisant le ressort moral des assistés! ».
La prévoyance exercée par la mutualité présente précisément les vertus contraires. Fondée tout entière sur ce principe moralisateur que l’ouvrier a conscience de s'être lui-même et volontairement créé un capital, elle relève au lieu de déprimer, respecte l’indépendance de celui qui l’exerce, et l’associe aux efforts qui assurent la sécurité de son avenir. Elle n'existe peutêtre qu'en apparence, de nom seulement. N'importe, elle peut suffire pour donner à l’ouvrier le goût de l'épargne : ce peut être le levain qui fait lever toute la pâte.
Assurément, l’ouvrier est libre de ne pas accepter les conditions de la Caisse de bienfaisance; mais, alors, c'est au travail même de la mine où elle fonctionne qu'il doit renoncer, car la Caisse présente encore le choquant caractère d’être obligatoire ; y adhérer constitue une des conditions du contrat même de louage d'ouvrage. — Libre à l’ouvrier aussi, ce semble, d'épargner spontanément pour les mauvais jours et de refuser les dons de l'exploitant en cas de maladie. Mais, tout d’abord, « on avouera qu'il lui faudrait un stoïcisme, digne des anciens temps, pour épargner sur son modeste salaire, quand il lui suffit de tendre la main pour obtenir? »; et, ensuite, on reconnaîtra
1 Cheysson, loc. cit.
2? G. Salomon, loc. cit.
qu'une telle épargne ne laisse pas d'être fort difficile à réaliser, puisque le prix payé à l’ouvrier est précisément fixé en tenant compte de la gratuité des secours ; de sorte qu'en dernière analyse, on en vient à se demander s’il ne serait pas plus vrai de dire, au rebours de la théorie qui a été exposée, que, toujours et dans tous les cas, l’ouvrier verse sa quote-part à la Caisse de secours : il le fait peut-étre avec l'argent qui sort des mains de la Compagnie, mais avec des sommes qui lui sont dues. Dès lors, au lieu de moyens détournés, il vaut mieux donner aux faits leur vrai sens, il vaut mieux, pour cette raison encore, rétablir la Société de prévoyance.
En résumé, si sympathique que paraisse, au premier abord, l'institution des Caisses de bienfaisance, on s'aperçoit en allant au fond des choses que, dépourvue de toute participation du personnel à l’alimentation et à l'administration de la Société, elle brise un des liens qui unissent le patron et l’ouvrier et transforme un associé peu dangereux en assisté.
La Caisse de Prévoyance, sauvegarde de la légitime. fierté de chacun, remplaçant l’aumône par un droit, droit qui ne s’acquiert d’ailleurs que par l'épargne, solidarisant et les ouvriers entre eux et le patron avec l'ouvrier, demeure donc, à nos yeux, l’organisation la plus juste, la plus rationnelle, la plus réellement bienfaisante : celle qui élève au lieu d’abaisser.
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