partie nord de l'ile de la reine Charlotte
sont du plus haut intérêt au point de vue géographique. Vers la même époque
le gouvernement espagnol renouvelle ses efforts, trop souvent méconnus, pour acquérir des connaissances précises sur ces régions. Don Divnisio Galiano, commandant la goëlette la Sutil et don Cayetano Valdès, commandant la goëlette /« Mexicana, arrivent dans ces parages au mois de mai 1792 , et le 18 mai les deyx bâtiments se trouvent en vue du port de Noutka. Ils sont accueillis par le chef ou taïs Macuina, qui reçoit comme des hôtes déjà bien connus quelques Espagnols, dont le nombre d'ailleurs ne saurait l’inquiéter. Ceuxci trouvent plusieurs de leurs compatriotes habitués dans l’île, etils sont requs dans un établissrment temporaire, ondé dès 1790, et dirigé par don Juan de la Bodega y Quadra, commandant la frégate la Gertrudis ; ils y rencontrent également un Français, lecapitaine Magon, qui non-seulement devait faire le commerce des pelleteries dans ces contrées, mais qui avait surtout pour mission de s’enquérir du sort de l'infortuné Lapérouse. L’un des premiers soins des chefs de l'expédition fut de spécifier la
APPENDICE. — ILE DE QUADRA ET VANCOUVER
de Valdès va nous fournir à ce sujet des documents dignes de crédit.
position de Noutka; ils reconnurent que ce point gisait par les 49° 35’14"” de lat. et les 120° 30’ 15’ de long. à compter de l’observatoire de Cadix.
Jusques en 1791 on avait ignoréquelles étaient les véritables limites de l’île de Noutka ; mais à cette époque arrivèrent dans ces régions les corvettes la Descubierta et l'Atrevida. Alors deux lieutenants de vaisseau, don Joseph de Espinosa et don Ciriaco Cevallos , furent expédiés pour savoir si le canal qui se présentait au nord-est avait une issue dans la baie de Bonne-Espérance, etsi quelqu'un de ses bras s’étendait considérablement jusqu’au nord-est ou à l’est, promettant ainsi une communication avec l’autre mer. Ces ofliciers trouvèrent que le territoire sur lequel était fondé l'établissement espagnol appartenait à une île enclavéedans lagrande,ayantenviron vingt milles de l’est à l’ouest, sur quinze de large nord-sud, par une de ses extrémités du moins, l’autre n’en ayant que cinq.
Ils virent aussi que les eaux qui entraient dans l’enfoncement de Noutka communiquaientavec celles de la baie de Bonne- Espérance, et que le canal principal étendait quelques-uns de ses bras à de courtes distances, dans l’intérieur, de ce que l’on regardait alors comme la terre ferme, et où se trouvaient les cabanes d'hiver des naturels (1). Un coup d'œil sur la précieuse carte du commandant de {a Sutil rendra du reste parfaitement sensible ces détails arides.
L'île de Noutka, dit le rédacteur du voyage de la Sutil, présente dans tous les temps un aspect agréable. Ses hauteurs , Couvertes de pius et de cyprès à l'épais feuillage et à la verdure persistante, donnent une idée d'agrément et de fertilité qui se dissipe aussitôt qu’on met le pied sur le rivage, formé d’une pierre grisâtre, couverte dans presque toute son étendue de l’humus produit par la décomposition des arbres et des plantes dont le sol est parsemé. L'île est environnée de plages pauvres, de brous-
(1) Les deux goëlettes denpyenen pas moins de quatre mois à accomplir cette expédition ; les officiers espagnols: s'assurèrent en outre qu’il n'existait aucun passage par le détroit de Fuca. ME Relacion del viage hecho por las goletas Sutil } Meæicana en el año 1702 one reconocer el estrecho de Fuca; Madrid,
CE
sailles inutiles et dé fondrières. Le naturaliste don Francisco Mosiño crut alors reconnaître dans les collines de l'Île quel-
ues veines métalliques qu’il su posé être du fer, du cuivre ei même de l'argént,.
M. de Humboldt, auquel nulle dés grandes questions qui se rattächent à la statistique américaine n’est étrangère, a établi que cette île, la plus considérable de toutes celles que l’on rencontre dans ces parages, n'avait pas moins de mille sept cent trente lietiés carrées de vingt-cinq au degré, calculées d’après les cartes de Vancouver. On sait peu de chose de sa géographie intérieure ; mais on à là certitude que ses productions ne diffèrent pas essentiellement de celles du continent, dont elle est séparée en quelques endroits par un canal de quelques milles seulement. On y rencontre en définitive des bois magnifiques, et l'on peut s'y procurer des pelleteries d'un : débit facile.
Lorsqu'il fait l'énumération si détaillée d’ailleurs des divers établissements de l’Orégon, M. Wilkes évalue la po-
ulation des îles Vancouver et Was- Éington à cinq mille habitants, et ce calcul paraît avoir été basé plutôt sur des données inférieures à la vérité que sur des renseignements empreints d'un caractère d’exagération (1).
Les peuplades qui sé partagent l’île de Noutka n'obéissent pas à la domination d’un seul chef: elles se divisent en plusieurs tribus; nous ignorons quel est leur nombre, mais les dernières . rélations nous apprennent qu'il existe trois chefs principaux auxquels on peut attribuet une puissance à peu près égale.
Le premier en réputation s'appelle Wica-an-ish, le second Mack-quill-a, et le ‘ “der Nook-4-mis (2). Meares, Bode ‘ancouveret quelques autres voyage. donnent, sur les dénominations des anciennes tribus, quelques détails qui pourraient servir à établir la nomenclature des peuplades. Hulswitt, qui
a demeuré si longtemps dans ces parages,
(1) Voy. Narrative of the United-States exploring eæpedition; London, 1845, 6 vol. in-8° avec atl. Cette belle. publication est trop peu répandue en France,
ere reproduisons ici scrupuleusement l'or graphe an aise, dans la crainte d’aitérer ces noms. y. e Voyage autour du Monde, de sir Edw. Be, er.
renferme sur les nations qui fréquentent Noukta des renseignements précieux; mais nous ignorous encore le degré de confiance qu'on peut leur accorder.
L'un des caractères les plus remarqua.
bles de ces insulaires, celui qui pourrait faire supposer que d'antiques relations ont eu lieu entre Noutka et l'Asie, c’est une constitution sociale dont lés formes aristocratiques se rencontrent assez rarement chez les peuplades indépendantes du nouveau monde. La caste des Taïs, en effet, établit entre quelques aborigènes et le reste des populations une lignée de démarcation infranchissable, et qui constitue un déespotisme régulièrement organisé auquel ont su en général se soustraire les nations du continent. Selon la croyance conservée par ces peuples, il y a seulement quelques années, et si nous nous en rapportons à üne naïve expression d’un voyageur, l’un de leurs tais les plus célèbres avait le droit de sedire « ami au soleil. » Etles Indiens ne croyaient pas pouvoir donnér aux étrangers une plus haute idée de la puissance du chef qu’en signalant sa familiarité avec l’astre qui répand la lumière! Jamais peut-être aucune peuplade de ces régions n’a poussé si loin les prétentions extravagantes d’une supériorité imaginaire. L'idée de la mort elle-même nie peut éteindre ce sentiment d’orgueil, et les taïs, après avoir dominé sur la terre, prétendent dominer dans le ciel.
Dès qu’ils sont morts, ils se rendent dans le séjour bienheureux au sein des régions supérieures, qui doivént être fermées à tout jamais aux autres hommes; là, partageant avec les phalanges puissantesdontils font partie l’attribut divin, ilslancent le tonnerre, et peuvent disposer de la tempête. Mais , qui le croirait, au milieu des superstitions barbares enfantées par ce sot orgueil, on rencontre une croyance si poétique et si touchante à la fois, qu'elle eût pu être enviée par les poëtes de la Grèce et qu’elle manque à la religion des héros d’Ossian.
Lorsque les nuages se sont amoncelés et que la pluie vient rafraîchir la terre, l'habitant de Noutka croit recevoir les larmes de ceux qu’il aimait, et qu'il a perdus : baigné de ces pleurs célestes, il oublie les malheurs de la terre, et il tourne avec reconnaissance ses regards
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vers le ciel, où ses douleurs ne sont pas ignorées (1).
Aux tais appartient donc le gouvernément despotique de cette Île, et la uissance du chef y est héréditaire. Vers e commencement du siècle, le guerrier le plus éminent de ces contrées, l’homme que l’on pouvait comparer à bon droit ‘en raison de ses idées civilisatrices, au grand chef des îles Sandwich, s'était fait connaître aux navigateurs sous le nom de Macuina, Maquinna ou Macuila; les premiers Espagnols qui fondèrent une colonie à l'endroit que lé capitaine Cook avait désigné sous le nom de Vootka- Sound, furent singulièrement frappés, en diverses circonstances, de son esprit de justice et de sa modération; et ils citent quelques traits d'humanité qui l’honorent. Cependant, rusé comme tous les hommes de sa race, on l’accuse d'avoir vendu tour à tour son île aux navigateurs qui voulaient en obtenir la cession. Il n’est pas juste d’alléguer, comme on l’a fait, l'ignorance où était Macuina de nos usages. En effet les premiers navigateurs espagnols, ct Quadra de la Bojega entre autres, furent surpris des onnaissances précises que ce chef manifestait lorsqu'il s'agissait du droit de propriété; il est infiniment probable qu’on s’est trop hâté de mettre en relief les vertus de Macuina, et que, comme ous les chefs de la racé t’chinouke, il unissait à quelques qualités cette ruse hypocrite dont ses pareils donnent ’exemple (2).11 ne faut pas d’ailleurs oulier que les habitants de Noutka ont onservé longtemps l’usage d’abominables festins, que l’on ne rencontrait pas hez toutes les autres peuplades de la ôte, et que l’anthropophagie renouveait. ses fêtes affreuses à l’époque où acuina reçut les Européens. On ne eut se dissimuler cependant que grâce à sa perspicacité peu commune ce chef ie mérite d’être cité parmi ceux qui diigent les tribus du littoral (8). Le pou-
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(n Roquefeuille, Voyage ‘autour du Monde,
(2) L’atlas dû voyage de la Suiil, devenu si re, renferme un portrait de Macuina qui porte ous les caractères de la fidélité; il offre une sinulière expression de finesse.
(3) M. Scouler, auquel on doit de bonnes obrvations sur les tribus qui habitent la région omprise entre le détroit de Bering et la Co-
APPENDICE. — ILE DE QUADRA ET VANCOUVER
of voir s’est maintenu dans la famille de l’ancien dominateur de Noutka, mais il s’est perpétué par les femmes; et tout récemment, come nousl'avonsindiqué, sir Edward Belcher a retrouvé dans cette île, où il ne commande sb exclusivement toutefois, un chef désigné sous le nom de Macquilla. Ce taïs, qui a épousé la fille de Macuina, a pris le nom de l’homme éminent dont le souvenir s’est conservé dans l’île. Le chef actuel de Noutka est un personnage d’une soixantaine d'années environ, HAL cinq pieds huit pouces (mesure anglaise) et offrant tous les caractères d’une vigueur peu commune ; son fils, qui peut avoir trente ans, se montre intelligent , et possède AU connaissances ignorées de son pére (1).
Ce qui paraît avoir frappé l’habile na-
lombia, n’en sonne pas moins de seize. Foy.
les Anyiales des Voyages, année 1846.
(1) Grâce à la mulliplicité des relations de l'Europe avec les points les plus éloignés du monde, l’histoire peut constater aujourd'hui la succession non interrompue de ces chefs à demi barbares auxquels on s’est peut-êlre un peu hâté de faire une réputation de législateurs.
’est ainsi que nous savons parfaitement quel est le descendant de ce Tamehameha ou Kameamea, qui établit des relations commerciales temporaires avec la cûte- no: d-ouest, où l’on compte déja tant de kannaks. Le roi des iles Sandwich était naguère un jeune bomme parlant intelligiblement anglais et srl) mais dépourvu des qualités remarquables qui distinguaient son père. Kauikeakouli avait pour vétement d'ordonnance un habit d’uniforme à épaulettes d’or ; mais, uoique ne manquant pas d'intelligence, il ne savait pas même se faire res-
ter par les matelats des baleiniers qui déarquent dans son île. Son temps ne se passait point, comme celui de Tameliameha, à méditer des projets utiles ; il parait que le billard prenait le meilleur de son lets ( car il y a des billards aux Sandwich ), Kaüikeakouli, frère de Riho- Rio, l'avant dernier roi, avait cependant fréquenté les écoles des missionnaires; malheureusement il s’en étail tenu à la connaissance des livres scolaires. Le voyageur qui nous transmet ces détails avoue cependant que s’il était dissipé il n’était point vicieux, Tamehameha III a succédé au chef dont il vient d’être question ; on trouvera son portrait en uniforme de généra dans le t. 1V du voyage de Wilkes. Rien n’égale du reste la prétention qu'un commencement de culture a donnée à ce peuple enfant : un chef des iles Sandwich présentait un mets d’un goût détestable au voyageur qui parle ici. Sur son refus d'y toucher, l'hôte dans son étonnement naïf ne manqua pas de lui dire : « Ah! si vous résidiez quelque temps parmi nous vous vous civiliseriez e A bnp à discerner ce qui est bon. » Foy. Ruschenberger, F’oyage round the World, p. 461. 11 y a dans ce livre quelques renseignements sur la Califoruie.
vigateur, ce sont surtout les rapports de tendresse paternelle et filiale qui semnblent exister entre le chef de Noutka et ses enfants : sa Jeune fille est pour lui l'objet d’une prédilection particulière (1).
Ce sentiment affectueux, fort développé chez les Indiens, a été déjà remarqué par plusieurs voyageurs, et il est tel chez es habitants de Sithks, quan dire de M. Lutké il se traduit par les signes les moins équivoques d’une tendresse presque exclusive. L’on ne saurait en inférer toutefois que ces peuples à demi barbares puissent inspirer une confiance absolue; il est bon de se rappeler que Macuina, si vanté par les voyageurs espagnols.du dix-huitième siècle, après avoir accueilli d’une manière toute bienveillante l’équipage américain du navire sur lequel venait M. Hulswitt, le fit égorger de la manière la plus cruelle, et ne it grâce qu’à un seul Européen. Il est vrai de dire que pour expliquer ces sanglantes représailles il faudrait être parfaitement instruit des rapports qui ont existé jadis entre les navigateurs appartenant aux nations civilisées et ces Insulaires ; il ne faut pas oublier par exemple que ces Indiens vinrent se plaindre amèrement à Galiano et à Valdès de la conduite du commandant Gray, auquel on doit la découverte de la Colombia, et qu’ils désignèrent en signalant parfaitement une imperfection physique dont cet officier américain était afiligé.
Selon eux, les Indiens se seraient vus attaqués sans provocation par l'équipage de son navire et plusieurs guerriers auraient perdu la vie (2). Qui sait combien de fois ces agressions ont pu se renouveler, et qui ne connaît l'esprit de ven- CTTH (1) Ce que Vancouver a dit de la fille de Mauina pr s’appliquer parfaitement à la tille u chef actuef, si ce n’est qu’elle a la tigure pus chinoise ou, si on l'aime mieux, plus tarare, que celle de sa mère. L'un des épisodes les plus curieux du savant voyage de Belcher est celui où l'on raconte l’impression produite par une lanterne magique sur la famille du tais.
En présence de cefte merveille les deux princesses ne purent retenir leurs larmes, et le chef pe se montra guère plus rassuré que ses femmes. Les effets de la lanterne magique avaient imprimé dans ces esprits najfs autant de terreur que d’admiration. On en racontait les prodigieux effets, mais l’on ne voulait plus revoir une telle apparition.
(2) Relacion del viage hecho por las yoletas Sutil y Mexicana; Madrid!, 1792.
geance que ces peuples persistent à se transriettre, souvent durant une longue série d'années,
L'île de Noutka, si intéressante pour l'archéologie américaine, n’est guère visitée malheureusement que par des voyageurs qui ont des préoccupations tout autres que celles de la science. Sir Edward Belcher nous apprend que le lieu de station visité jadis par Vancouver, ou, si on l’aime mieux, le village de Noutka, n’est guère qu’une résidence ae péche.
Tasheis ou Tasis, qui s'élève à quelques lieues dans l’intérieur, esten réalitéla ca.
pitale de l’île, et l’habile explorateur dont nous signalons letémoignage regretta vi. vement de ne pouvoir accepter l'offre qui lui était faite par Maquilla de la visiter, Il est probable néanmoins que le savant capitaine n’eût pas pu constater dans Tasheis une plus grande régularité, une netteté pius grande que n’en trouva jadis dans les mêmes lieux George Vancouver. Ce qu’il eût pu voir sans doute, ce sont d'innombrables coffres mieux garnis que jamais d'oripeaux européens, car ces taïs de la côte se posent avant tout comme trafiquants, et Maquilla se montrait presque offensé de ce que l'officier anglais ne voulait point, tout en le comblant de présents, ouvrir un commerce régulier avec lui. Quadra dès l’origine constata ce goût pour le commerce, et 1l parle en ces termes de l'in.
dustrie avancée des indigènes :
« On doit inférer de la vivacité de leur bas en h esprit et de leur disposition au com; uliè .
merce, dit-il, qu’ils sont passablement dede à laborieux. Ils nous apportaient conti- ments d q nuellement pour trafiquer, des nattes or peintes de diverses couleurs, des peaux}, très-l \ de loups terrestres et marins, des lou- dont le ® tres, des cerfs et des ours, puis def} nche v pièces d’étoffes de laine parfaitemen fées Là tissues, où le blanc alternait avec le de se brun clair et le jaune. Des poignées o dehérs wr} même des écheveaux de fil excellent, des lutôt d barques en bois bien travaillées, de pe 74 con 4 tits canots peints de diverses couleurs}; Ne dont les dessins représentaient to Les Pâte “ des lg dhuit pied:
Jun peu p ment le
figies h relie, etc.
verneur | est d’aille lement o caine, et peintures venirs m cessants dû modil rudiment Ce qu’ dans l'i Noutka, sont leur exact, au que la des pitaine C sième rel:
che au vi trée : « L trois ligne l'une augrandes s espèces de séparées à des sentie: