GEORGE SAND
Elle est vraiment elle dans le miraculeux portrait de Calamatta qui la représente en costume d'homme, avec des habits lâches et trop larges et une cravate négligemment nouée, superbe alors de jeunesse et d'héroïsme. Cette petite tête que les cheveux ondés entourent par larges masses caressantes , le visage ovale , le iront plus bombé et paraissant plus élevé au milieu que vers les tempes, l'œil brun un peu rapproché de la racine du nez, noyé, lumineux, coupé en amande , et dont la prunelle est saillante ; le regard qu'anime un mélange
de bonhomie et de malice . le nez aquilin aux narines fines, relevées, mobiles et moqueuses ; une oreille extrêmement petite et bien coquillée ; la bouche plantureuse aux lèvres d'un rouge foncé , charnues et se découpant en relief , surmontées d'une ombre de duvet ; les dents très blanches , étroites , un peu longues et bombées ; le menton un peu potelé, mais où on sent un os d'arrêt très-ferme ; le col majestueux , le buste ample, riche et bien modelé, les toutes petites mains délicates dorées par le baiser du soleil, expriment magnifiquement l'amour des splendeurs visibles , l'enthousiame pour les choses créées, l'orgueilleux appétit de toutes les nobles joies. — Qui eût dit, à cette rose et flamboyante aurore de son génie enfant , qu'elle écrirait , en réponse à M. Feuillet! des romans abstraits dirigés contre le sacrement de la pénitence , et peuplés de personnages filandreux qui n'ont rien de la vie !
G AVARN I
L'historien du dix-neuvième siècle s'est représenté lui-même dans une immortelle Étude par laquelle l'avenir connaîtra qu'à cet âge puissant l'artiste gagna sa noblesse, devint grand seigneur, put, lui aussi, exprimer par sa personnalité physique toutes les élégances qu'il créa, et connut l'art de porter, comme Lauzun, la cravate blanche * qui fait si triomphalement valoir son visage de héros d'amour, sa chevelure voltigeante, sa barbe fauve, et
cette vareuse de velours qu'il transforme en un vêtement royal. Pourtant, regardez un peu plus attentivement le dandy-poëte :
vous trouverez le prophète et le penseur, le Jérémie atteint d'une tristesse éternelle sous son personnage en apparence si délicieusement insoucieux et frivole, car il faut toujours finir par avoir l'air de ce qu'on est, — et la seule vérité vraie au fond est la vérité mathématique ! *
MADAME MATHILDE STEV...
ne aimable tête mince, élégante, un
V^J peu juive, coiffée d'un or bruni frisé en buisson sur le devant, et qui par derrière forme casque. Cette Parisienne artiste, à la taille svelte, à l'allure savamment séduisante, est une de celles qui montrent comment la pensée moderne sut créer dans la réalité vivante des types de beauté, tandis que les anciens n'avaient pu inventer les leurs que dans la poésie et la statuaire. C'est une de ces perfections conscientes, une de ces femmes de Balzac qui
se veulent telles qu'elles sont, eî, créatrices d'elles-mêmes, se complètent miraculeusement à force d'intuition, ordonnant à
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obtenir une antithèse à des yeux noirs, et, par une inspiration hardie, donnant l'harmonie absolue de la grâce à des traits que la nature avait seulement dessinés délicats et expressifs. Je vois un roman intitulé . P Amant de carton, et je m'évertue à me figurer un tel assemblage de mots errant tout effaré sur ces jolies lèvres pensives !