‹ Les camées parisiens (volume 2)Chapitre 47 sur 128 · RACHEL · texte numérisé non relu

RACHEL

L. a Misère, qui, mieux que Delat croix et Tassaërt, s'entend à composer des figures élégiaques^ les chansons dites dans les cafés borgnes avec le triste accompagnement d'une guitare malade, les robes en loques, les chaussures déchirées, l'ambition sans pâture, l'incertitude de l'avenir, avaient fait la première Rachel que nous avons connue, la Rachel au front bombé, aux petits bandeaux plats, aux yeux d'om-

bre, au menton pointu et avancé, aux bras minces, à la poitrine maigre et souffrante. Mais ce sont l'Art, la Poésie, l'Amour, le Luxe, FOr invincible, Paris tout entier attaché à sa charmante proie, qui ont fait la grande Rachel reine et déesse, triomphante sous ses voiles, dont les traits droits, fins d'une pureté antique et d'une expression profonde, eurent toute la grâce de l'Orient et de la Grèce enchantée; dont les bras, les mains et les pieds divins furent ceux d'une Vénus Anadyomène; qui fit de la pourpre, des perles, des saphirs, des diamants les accessoires naturels de sa beauté sacrée, et de la langue rhythmée et mélodieuse de Racine, la langue légitime de sa pensée douloureusement passionnée. Celle - là , l'implacable Mort n'a pu s'empêcher de baiser amoureusement son beau front, en y attachant le sombre laurier immortel.

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