HENRI HEINE
Avec quelque chose d'un Être plus immortel et plus divin, que je ne puis nommer à propos du poëte d'Atta-Troll, son visage serein, éclatant, d'une beauté sidérale, reproduisait, transformé par la voluptueuse grâce hébraïque, celui d'Apollon, mais d'un Apollon endiablé, dont toutes les pensées étaient ironie et poésie à la fois, et sa barbe blonde, naturellement séparée en deux pointes, faisait mer-
veilleusement valoir une bouche toujours étincelante d'amour, de raillerie et de joie. Oui, de joie, malgré toutes les souffrances ! Heine, à qui un oncle Midas avait offert un million pour qu'il renonçât à percer les sots de ses flèches d'or, comme son aïeul Aristophane, et qui avait refusé ce prix insuffisant, ne devait-il pas ,être gai comme le soleil? Qui fut aussi riche que lui, puisqu'il l'avait été assez pour se donner, comme gracioso égayant ses poëmes lyriques... M. de Rothschild ! Aussi avait-il toujours l'air du dieu des vers au moment où il vient d'écorcher le satyre Marsyas; et, à voir son sourire, on eût dit qu'il portait en effet sous son bras la peau de Marsyas toute sanglante. De là l'ineffable contentement qui brillait sur son front baigné de lumière !