MADEMOISELLE GEORGE
Une fois par siècle à peu près, le grand Statuaire a la bonté de remettre sous les yeux de la race humaine un échantillon de ce qu'elle était avant de s'être modelée elle-même à l'image de ses vils appétits et de ses passions hideuses. De là les beautés suprêmes, grandioses, pures, parfaites, réunissant en elles la force, la joie, la jeunesse , la proportion des lignes , l'éclat des chairs, la finesse de la peau,
la belle couleur riche du sang , la flamme de la prunelle, la grande nuit d'une chevelure amoureuse, la hautaine fierté du front, Povale parfait du visage , les sourcils longs , soyeux, droits, la narine hardiment ouverte, la bouche aimante et charnue, à l'arc voluptueux et redoutable , Poreille achevée et petite, le menton long et fin malgré sa rondeur, et l'ensemble inouï de majesté sacrée, — comme fut la beauté de mademoiselle George, à l'époque où Gérard peignait son portrait au long col héroïque et puissant, aux magnifiques épaules nues, aux bras et aux mains de reine idéale (avec des fossettes !), où le sein, mieux que celui de Vénus! apparaît fait pour servir de moule à la coupe où tous les dieux réconciliés boiront l'ambroisie, quand la Paix définitive régnera enfin sur la terre et dans le ciel!