LA SOURCE, D'INGRES
ne des adorées de Paris, qui l'a
y^) aimée exclusivement et follement pendant toute une année. Ah! quel rusé vieillard que cet homme de génie appelé M. Ingres ! — Vieillard, lui dit son siècle, abandonne tes songeries raphaëlesques et mets-toi un peu à ma dernière mode. Ne vois-tu pas que la vraie beauté c'est les frisons postiches, le carmin aux joues, les chignons en faux crêpé, un corps maigre dans une
cage de fer, la farine déguisée en poudre de riz, et toute cette jolie cuisine diabolique des Cerisettes et des Souris qui fait furie et fanatisme jusque chez les honnêtes femmes! — Sans doute, tu as raison, répond M. Ingres avec une résignation hypocrite; sans doute la beauté est bien ce que tu dis : mais il y a aussi cela ! (et il montre cette merveilleuse ligne du torse vivant, ce jeune sein fleuri, ce bras gracieusement levé sur la tête où le tachent les ombres des feuilles, tandis que l'autre soutient l'urne d'argile; cette tête vierge, enfantine, ingénue, ces dents de lys, cette lèvre, pareille à une corolle, cet enchantement, cette fraîcheur, ce silence, une eau de diamant, une nymphe nue et divine dont la bouche sourit et dont les yeux rêvent, un miroir glacé oîi se réflètent des pieds charmants, une calme retraite frissonnante oti nos yeux devinent un murmure délicieux : la Source!)