‹ Les camées parisiens (volume 2)Chapitre 59 sur 128 · H. DE BALZAC · texte numérisé non relu

H. DE BALZAC

Du même bloc géant où elle avait sculpté la téte du dieu Rabelais, forgeron épique, la grande Ouvrière tira cette tête large et puissante, où le front a les bosses terribles du génie; où la chevelureinextricable, relevée en haute brosse sauvage, retombant en masses épaisses, droites, vivantes, est plantée dru comme les arbres dans la forêt; où, sous les sourcils profonds, les yeux curieux, superbes, calmes, interrogateurs de la Vie et de l'Infini, miroir de tout, boivent Punivers spirituel et physique

et le reflètent. Le nez, large à sa naissance, puis aquilin, se continue lorsqu'on le croit fini, étend ses ailes robustes, et largement, d'une belle ligne ironique et railleuse, s'ouvre en deux narines avides, qui veulent tout flairer, tout savoir. Comme chez- l'autre frère de Shakespeare, Poquelin, la bouche ombragée d'une légère moustache noire est rouge et coupée en bo uche sensuelle, quoiqu'elle soit celle d'un buveur d'eau!

mais de même que les joues rondes, le cou d'athlète et le double menton fort et délicat, elle est là seulement pour protester contre le mépris de la Matière. Quant à la robe de moine, c'est un symbole! Elle dit ce qu'il faut de recueillement, d'abnégation et d'études patientes pour créer d'immortels chefs-d'œuvre , en apparence frivoles.

Pourquoi Balzac n'a pas été de l'Académie? Ah! c'est qu'en s'asseyant, le joyeux Grandgousier eût brisé en miettes les fauteuils chimériques, et sa femme, sa muse, sa bonne Gargamelle eût d'un coup de tête, sans y penser, crevé le plafond!

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