‹ Les camées parisiens (volume 2)Chapitre 63 sur 128 · COROT · texte numérisé non relu

COROT

Dans un paysage de matin, tendre, vaporeux , idéal , où la transparente verdure s'éveille en frissonnant de joie, où imperceptiblement les feuillages tremblent et s'agitent dans la douce lumière indécise, les nymphes demi-nues, écartant les branches d'une main furtive, accourent silencieusement près de la noire fontaine, qui déjà blanchit et s'azure ! Derrière elles, curieux et pensif, voyez clignant les

yeux et marchant à pas de loup, mais droit comme un chêne, ce gai vieillard au visage un peu rouge, aux petits traits naïfs où se lisent tant de bonté joyeuse et tant d'amour, à la petite bouche aimable et sérieuse, aux beaux cheveux de neige relevés et épars!

Qu'il y a là de passion, de génie, de simplicité, de force durable, de résignation tranquille! Pourquoi cet amant de naïades couronnées de glaïeuls a-t-il la grosse blouse bleue agrémentée et le bonnet de coton à raies roses du paysan? Chut! ne le trahissez pas, c'est un grand homme, c'est un créateur, c'est Corot : il a pris ce déguisement pour qu'on ne pense pas à le faire officier de la Légion d'honneur et membre de l'Institut. Gardez-vous de le troubler : laissez -le (seul avec son amiThéocrite!) s'enivrer du calme des bois, de la pénétrante odeur des feuilles, du mystérieux murmure des sources froides !

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