‹ Les camées parisiens (volume 2)Chapitre 66 sur 128 · MADAME LOUISE COLET · texte numérisé non relu

MADAME LOUISE COLET

omme l'époque où nous naissons

tours ! Madame Louise Colet, poète d'un grand et vrai talent, a balbutié ses premiers essais dans un temps de névrose romantique où il fallait être pâle, fatal, poitrinaire et lys penché, sous peine de moit. Aussi fut-elle tout cela, comme l'exigeaient impérieusement la mode et les convenances; mais quels démentis cruels donnaient à ce parti -pris nécessaire son beau front droit, ses grands yeux plus éveillés que les cloches de matines, son

nous joue parfois de singuliers

petit nez retroussé comme ceux qui changent les lois d'un empire, et l'arc de sa jolie bouche, et son menton rose, et ces énormes boucles de cheveux clairs, lumineux, couleur d'or, tombant à profusion sur un buste dont les blanches, éclatantes et superbes richesses chantaient glorieusement à tue-tête la gloire de Rubens, ivre de rose ! Un des héros de Siraudin s'écrie en une bonne phrase macaronique :

Ma fille est droite comme un I, sauf

quelques inégalités que tu ne

blâmeras pas! Et certes, il faudrait avoir l'esprit bien mal fait pour ne pas s'associer à la pensée qu'il exprime si judicieusement et avec une si naïve confiance; mais de quelle solide foi romantique ne devait pas être animé le statuaire qui avait représenté madame Louise Colet , splendide alors et épanouie comme les néréides du maître d'Anvers , sous la figure d'une jeune femme rêveuse et mourante , étendue près d'une fontaine, et intitulée : Penser osa !

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