‹ Les camées parisiens (volume 2)Chapitre 72 sur 128 · MARIA FAVART · texte numérisé non relu

MARIA FAVART

Cette grecque au petit front, née a^x temps homériques, dont la chevelure a l'air d'une grappe de raisins noirs, dont la lèvre est comme une fleur sanglante, et dont les traits inexorablement divins annoncent une fille de Zeus qui lance la foudre, — cette Athènè superbe et menaçante, née uniquement pour porter, comme dans sa statue à Égine, le casque de guerrière aux trois panaches terribles, cette nymphe armée, cette victorieuse

— est, sous Phabit d'une dame moderne, sous son costume de velours gros bleu à appliques de guipure blanche, aussi absolument et strictement déguisée que nous le serions nousmêmes s'il nous prenait la fantaisie de nous travestir en Turc, avec un soleil dans le dos et un pot de fleurs sur la poitrine. Maria Favart de Sparte, compatriote de l'Eurotas et des lauriers-roses, est, sous le petit chapeau contemporain, aussi chimérique et invraisemblable que le serait par exemple Antinoos, s'il se passait le caprice de faire courir à la Marche, sous l'équipement d'un gentleman à la mode, irréprochablement ganté, frisant sa moustache, et habillé par Bonne. Il y a comme cela des gens qui, sans le savoir, font l'école buissonnière hors de leur siècle légitime. Maria Favart s'est évadée assurément d'une médaille antique , dont quelque collectionneur déplore la perte : ne la trahissons pas, et jouissons égoïstement de ce rare et curieux spectacle.

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