LOUIS JOURDAN
Une tête maigre, osseuse, enflammée, à l'œil embrasé, fixe, à la bouche souriante et fine, que l'âpreté de la lutte fiévreuse, les chagrins amers, les soucis, les triomphes chèrement achetés, la popularité exigeante ont fatiguée et desséchée sans pouvoir lui ôter rien d'un charme sympathique dont l'influence est irrésistible. Il y a du génie dans ce regard distrait qui vous échappe, et dans ce front puis-
samment développé, où toujours on voit flotter une idée acharnée et l'ombre de quelque rêve. Le teint basané, fauve, est celui d'un colon ; la barbe très-courte et soyeuse a quelque chose de celle des Arabes. Les cheveux longs, naturellement frisés et crespelés et qui, à la moindre brise, se soulèvent et s'envolent, offrent alors une anomalie bizarre ; car blancs en dessus et comme " poudrés de neige, ils sont en dessous parfaitement noirs, comme pour signifier que Jourdan restera éternellement jeune, et que la vieillesse ne sera jamais qu'un leurre et qu'une vaine apparence chez ce polémiste si vigoureusement trempé, qui a apporté l'âme infatigable d'un héros dans les dures batailles de la Pensée.