LA FEMME AU PERROQUET
Tout le monde a vu passer dans les rues du quartiei latin une femme, quelque chose, un fantôme dont l'aspect inouï vous prend aux cheveux et vous traîne vivant dans la vague nuit du Rêve. La tête étroite, terreuse — elle est coiffée d'un vaste chapeau qui a dû appartenir à madame de Cayla, — est d'une invraisemblance shakspearienne (le crâne a disparu, usé sans doute par la lime du temps !) et s'est réduite à la
simplicité des bonshommes au trait que dessinent les enfants épris de chimères.
L'œil regarde où regardent les yeux des statues. Le corps : un piquet sur lequel flotte un tas de haillons divers, devenus harmonieux à force de traîner dans la pluie du ciel ! Et sur sa main, couleur de terre brune, d'où toute chair est bannie, cet Etre impersonnel porte un perroquet, un perroquet vivant qui, peut-être, a baisé les lèvres roses de la Pompadour. Oh! quelle ode triomphante à la gloire du Superflu, cet oiseau de flamme et d'émeraude promené par cette ombre qui, elle-même, n'existe pas, et qui a un oiseau !
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