LIA FÉLIX
C'est ainsi, avec, une singulière puissance magnétique du regard clair et doux, avec la bouche dédaigneuse et triste quand un sourire voulu ne l'anime pas, mince, élégante, faite de rien et d'une aristocratie suprême, qu'on sç représente la chère création de Balzac, l'adorée duchesse de Maufrigneuse, soit lorsque, transfigurée en ange dans les flots vaporeux de mousseline, elle inspire au jeune d'Esgri-
gnon, d'un premier coup d'oeil profond et virginal, le furieux désir'de la faire descendre du ciel, — soit à ce beau coup de théâtre du dénoûment,. lorsque, travestie en homme* une rose du Bengale à sa boutonnière, elle traverse avec lui en tilbury la rue Saint-Biaise, « tous deux gais, riant, causant!,» Lia Félix a la distinction d'une duchesse, et elle ' est du peuple par l'inénarrable expression de ses lèyres où se lit le ressentiment d'une longue souffrance ; et une * fois emportée par les tourmentes du Drame, cette sœur de Rachel a des sanglots, des épouvantes, des cris, des éclairs de passion à la Dorval. Rien qu'à la voir, silencieuse et calme, un observateur devine la beauté de sa voix musicale, si merveilleusement nuancée et timbrée pour dire les vers, comme nous l'avons entendue quand elle récitait avec un enthousiasme hautain l'harmo- * nieuse tragédie de Lamartine.
Mesdames, Cy finist la Deuxième Douzaine des derniers Camées Parisiens. Après qu'il a nommé ces dieux,
Lamartine et Balzac, le patient ouvrier de ces futilités ne conserve aucun prétexte à parler de lui-même, fût-ce en ' un mot, et pour, réclamer comme' toujours votre indulgence. Toutefois, vous dont Vâme est ^exempte de tout sentiment vulgaire, h[imite\pas ces envieux qui, pour accorder leur admiration aux bons poètes, attendent que la grande Gloire les ait irrévocablement sacrés, car une telle conduite ri est ni généreuse ni prudente, *ét. le-.Mélésigène a très-justement dit aux potiers de terre : Si vous me donnez une récompense, ô potiers, je me mettrai à chanter : Viens ici, Athènè, protège ce fourneau !
Février 1868.