‹ Les caméléonsChapitre 13 sur 29 · LES MÊMES, EUGENE · texte numérisé non relu

LES MÊMES, EUGENE

( // arrive à la fin du morceau).

EUGENE, à la cantonnade.

Ma fol j M. le Comte , prenez- le comine vous voudrez : a-t-on vu jamais un caractère plus bizarre. PRUDENT, à Trottenuille.

Attention ; il se passe ici quelque chose de nouveau.

EMILIE

Vous paroissez agité. Est-ce que M. de Saint-Phar .^..

EUGÈNE

Ahlne m'en parlez pas 5 il est ce matin d'une humeur ! Je ne conçois plus rien à cet homme là. Quand il pleure , il veut que tout le monde ait du chagrin ; quand il rit, il faut que tout le monde soit gai.

MAD, GUILLEMAIN

En vérité ?

EUGÈNE

Je vous ai dit, il n'y a qu'un instant, qu'il venoit de recevoir une lettre 5 eh ! bien , cette lettre lui apprenoit la mort d'une de ses grand'tantes.

MAD. GUILLEMAIN jX'ïfemenf.

11 se pourroit !.... quoi ! ce bon M. de Saint-Ï*har auroit perdu !....

EMILIE

Ah ! je prends bien part à sa peine. Y a-t-il quelque chose de plus cruel que de perdre une grand'tante r

( 23 3 TROTTEAVILLE.

Ail! ce pauvre M. le Comte! pourquoi faut-il qu'un aussi galant homme !

PRUDENT

Qu'un homme aussi bon , aussi juste !...

ADOLPHE

Je partage bien son affliction.

PRUDENT

Il doit être inconsolable.

EUGENE

Je conçois ses regrets. Maisildevroitse souvenir que je ne suis que son secrétaire 5 et que ce malheur ne m'atteint pas. Enfin , le croiriez-vous , Messieurs ? toutà-l'heure, il avoit l'air de trouver mauvais que je ne prisse pas le deuil. Monsieur le Comte , ai-je osé lui répondre , je n'ai pas eu l'honneur de connoître madame votre tante 3 je ne l'ai même jamais vue. Et qu'importe j monsieur j m'a-t-il dit ? Je m'attendois à recevoir de vous cette preuve d'attachement. Ce n'eut pas été pour ma tante que vous l'eussiez faitj mais pour moi , monsieur, à qui vous avez, je crois, quelques obligations.

PRUDENT, à part.

Cela est assez juste.

EUGENE

Mais , a-t-il ajouté , cela ne vous regarde pas ; c'est tout dire, l'égoïsme ! toujours l'égoïsmé! ah ! qu'un homme en place est à plaindre , de ne voir autour de lui que des cœuis froids, fermés à tout sentimen: de pitiéj de ne jetter les yeux que sur des intrigants f;..V.;. ''" "'^^^

MAD. GUILLEMAIN. ' "^

Il a dit cela ?

EUGENE, les regardan t.

Cela n'est que trop vrai !

ADOLPHE

Comment? exiger que vous preniez le deuil ! cela ne sq conçoit pas.

TROTTEIVVILLE. ^

Vous avez fort bien fait de ne pas avoir cette lâche

complaisance. '

ÉivnLiE.

On ne prend le deuil ordinairement que pour desper-

sonnes qui nous sont chèieg. Mon mari viendrolt à mourir; je porterois le deuil avec plaisir : rien de plus naturel. Mais, pour use personne, que l'on ne connoît pas ? Allons donc !

EUGENE

West-il pas vrai? ('à part) Les aurois-je mal jugés.

PRUDENT

Cependant, en votre qualité de secrétaire....

EUGENE

Quoi! vous me conseilleriez ?....

PRUDENT

Combien avez-vous d'appointemens ?

EUGENE

Ah ! monsieur le Comte ne me connoît pas encore.

Air : L'Amour est un Dieu volage.

De pareilles injustices Me révoltent malgré moi.

De rhonneur je suis la loi.

Faut- il que , dans mon emploi y Je supporte ses caprices P PRUDENT, à pan.

Par les mots qu'il se permet.

Ah ! comme il se compromet!

EUGENE

Non , ma place expose au blâme.

Désormais, pour la garder, Il faudroit n'avoir point d'âme.

PRUDENT, TROTTENVILLE , ADOLPHE, à pari et ensemble. Si j'osois la demander! (ter.)

pRUDEN'ï' j tirant sa montre.

Une heure bientôt! je me retire^ {à part). Gardonsnous bien de leur dire mon projet.

TROTTENVILLE.

Moi de même.

Mais M. de Saint-Phar va vous donner audience.

TROTTENVILLE,

J'aime mieux revenir un autre jour. Un homme qui est dans le chagrin , aller lui parler d'affaires ! Non : toutes réflexions faites , je vais aller passer huit jours à la campagne.

PRUDENT , très-vivement.

Oui : cela vous fera du bien. La campagne est superbe , je vous conseille d'y aller. Moi, je ne reviendrai

ici que dans quinze jours..... un mois six semaines.

Je verrai.

EUGENE

Mais pensez donc au temps que vous avez perdu ?

TROTTEIS VILLE.

Nous sommes tous voisins, je demeure ici à côté; Monsieur demeure en face.

MAD. GUILLEMAIN

. Moi , je loge à deux pas.

EMILIE

Je demeure dans cette rue même. Il ne faut pas d'ailleurs importuner M. de Saint-Phar. Allons 3 mon cher Adolphe , donnez-moi le bras. INous ne reviendrons que vers la fin de la semaine prochame.

MAD. GUILLEMA.IN.

Suivez-moi , ma nièce j au commencement du mois, Dous verrons s'il est convenable que nous nous présentions chez M. le Comte.

TROTTENVILLE.

AIR : Vaudeville de madame Favart,

Oui , partous.

Respectons Sa douleur amère j Quand nous reviendrons, Par nos soins nous Tadoucii-ans.

Respectons,

Attestons , ■ . i «.

Sa douleur sincère :

Nul n'tst en honneur Plus sensiLle qu'un grand seigneur.

MAD. GUILLEMAIN

Oui , c'est à moi de répandre Son éloge mérité.

ADOLPHE

Disons qii'un neveu si tendre JS'a pourtant pas hérité.

TROTTEIS'VILLE.

Pour en porter la nouvelle A tout Paris éploré , Çue mon journal révèle Que le Comte a pleuré.

TOUS

Oui j partons , etc.

Ils sortent.

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