‹ Les caméléonsChapitre 14 sur 29 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

DORSAN, Madame DE SAINT-ATvGE.

DORSAN

Non , Madame : l'incertitude de vos sentimens est un tourment , que je ne puis plus supporter.

MAD. DE SAINT-ANGE

Mais , monsieur, c'est une tyrannie

DORSAN , auec chaleur.

Quoi ! mes assiduités , mes soins empressés , n'ont pu vous convaincre ?

MAD. DE SAINT-ANGE

J'ai le malheur d'être incrédule.

DORSAN

Air : Quand on ne dort pas de la nuie.

Nai-je pas répété cent fois

Q^c, maîtt-esse dans l'art de plaire,

Vous soumettiez tout à vos lois :

Qu'aimable et belle ,

MAD. DE SAINT-ANGE

Je vous crois \ Et je ne dis pas le contraire j ÎMais plus ce langage a d'appas , Plus je dois craindre de m'v rendre,

DORSAN

Pourquoi ?

MAD. DE SAINT- ANGE

C'est que je ne veux pas M'exposer ( bis ) à ne plus Icntendre.

DORSAN

- Quelle ironie cruelle ! Quand mes larmes

MAD. DE SAINT-ANGE

J'ai peine à retenir les miennes.

■ DORSAN j à part.

Je suis aimé.

MAD. DE sa^i^t-anot: , riàht'auxêctàfs.' Ah ! ah ! ah !

DORSAN

Air : Vaudeville de la Petite Gouvernante. En honneur je ne puis comprendre

Une telle légèreté !

L'aven d'un sentiment si tendre N'estite que votre gaieté.

MAD. DE SAIIVT-ANGE

L'amour, dit-on , est un délire :

Et j'ai, pris, redoutant ses traits.

D'avance le parti d'en tire ; Pour ne pas en pleurer après.

UN VALET, entrant.

Une lettre pour madame.

MAD. DE SALNT-ANGE

Donnez... cependant, mon cher Dorsan , vos larmes, votre sensibilité, ont fait sur mon cœur. ...c'est sans doute

de la petite Comtesse avec quel art vous iave/.

captiver.

DORSAN , à part.

Ah ! trop heureux Dorsan !

MAD. PE SAINT-ANGE

]Von , non; c'est delà Baronne de Murville ,eîle décacheté la lettre. Vous permettez ; parlez toujours , je vous écoute.

DORSAN

Am : Vaudeville d'Arlecjuin crucllo.

Ne doutez plus de mon ardeur.

MAD. DE SAINT-ANGE

La lettre est de Julie.

DORSaN.

Je suis sensible et plein d'honneur.

MAD. DE SALNT-ANGE, Usant.

Quelle plaisanterie !

On ne sauroil en vérité Montrer plus d'esprit de gaieté .

DORSAN

C'est l'amour qui m'inspire De vous ailorer constamment j Je vous fais ici le serment.

MAD. DE SAINT-ANGE, /i•oa«^ Toujours ( bis ) le petit mot pour rire.

Cette chère Baronne! quelle amitié elle a pournu)i! Comme elle joue délicieusement les proverbes! nvc. quelle grâce elle dit du mal de tout le monde! C'est un trésor pour une société. Sa lettre est charmante.

DORSAN

Laisserez -vous mon amour sans espoir?

MAD. DE SAINT- ANGE, ùUnS l'écOUter.

11 faut quej'v répontle ?

"^ D0R8AN , à part.

Elle eit h inôj.* '

; --. vlJgttAD. DE S.VINT-ANGE.

Je n'ai pns perdu un seul mot de ce que vous m'avez d t^

mon cher Dorsan. La Baronne m'invite à sa soirée desamedi , vous m'y accompaanerez ; madame Mun'ille chantera le grand air de la Sémiramide. Vous savez

comme elle a la voix fausse Cela sera divin.

Elle sort en riant.

DORSAN, seul.

En vain elle cherche à dég;uîser ses sentiraens par une adroite coquetterie. Elle m'adore , notre hymen est certain 5 et avant six mois , j'obtiens une ambassade, pour le moins. // sort par la porte du fond.

PRUDENT, il est entré un peu avant la sortie de madame de Saint-Ange.

Oh ! oh ! un jeune homme en tête-a-tête avec la nièce du Comte. Ah ! si je n'avois pas autant de prudence î Mais heureusement j'ai des principes.

AjB : Adieu , je vous fuis bois charmant.

Il faut , otservateur discret , Sans rien écouter tout entendre.

Il est même certain secret Que Ton ne doit jamais comprendre.

Pour être un importun témoin

On sait par fois ce qu'il en coûte !

Et c'est souvent voir de bien loin Que d'avoir l'air de n'y voir goutte.

Dieu merci, je n'ai point perdu de temps; me voilà en deuil de la tête aux pieds 5 et je puis me flatter d'avoir fort adroitement fait prendre le change à ces importuns.

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