Arch. Guerre. Scherer au Directoire
30 lES CAMPAGÎVES DE 17Ç>fl
été commis depuis six mois. Mais le réformateur ne trouva point dans Musnier, son chef d etat-major, un homm(* qui si1t au besoin le con?Jeiller, l'avertir des périls du lendemain, rempêcher de* bouder Moceau remplissant depuis peu les fonctions dins pecteur iW 1 infanterie.
Le 21 mars^ lt*s ileuK gt^nrratix sortirent de MiIhu, Ils eurent, sur la ligne i\n Mincio, un triste spectacle : deux régiments sans solde et déi)and»*s, des bataillons sans clieJ' et sans ajiprovîsionni'menls, des com|)agnies de maraudeurs dévastant les campagnt^s. Etait-ce la des combattants? 1/énergie des généraux parviendrait-elle h secouer Findolence du troupier et le danger, tout proche^ h retremper les coura^i^s énervés? Graves questions que se posait Scherer, après avoir été assiégé, un moment, par les visions de la défaite.
Il attenilait le secours important de 40*CïOO conscrits, ce qui porterait Taruiée iritalie à 00,000 combattants (') ; mais la conscripticm, établie en France le 5 septembre 1798, ne lui fournissait que 14,UJ0 recrues. Ce régime forcé de l'enrôlement, organisé par cantons, rencontrait dans les départements une très vive opposition ^ Au lendemain du régime
1. Le Directoire demandnil 200.000 hommes. It faUut êitreptei' les départements de:^ ilôlfis du-Xurd. DeuK-S^vreis, Finistère, lUcet- Vilaine, Morbihan, i^nrthe et Wîndée. prètï» 4 se soulever en chou aiie rie. St^ite départ enienls rernsi^rml de fournir ée^ vontingents : Alpes- Maritimes, Anè*|e, liasses- Pyri-nt-es, Cïintal, Dy\t' (chef-lieu Jïniïellewj, Escaut, dera^ fiolo, Haute-Loire, HjuiU'^- Pyrénées, Léumn. Lirinouje, Lozère, li>'rs, Manche, (ïrne. Dans Je» autres dépari enn^iita, il Fallut empliîyer la fort:i'. En hmmaire an vil et pendant \h première dèrnde de frimaire, 2:^8^ conî*crits au lieu Ûg 100 000 rejoignirent leti drapeaux, Le Ministre dila Guerre érrivait le 2 niv^.se : 4 Le département de la Seine, an centre de laftèpublique, toutslea yeux d**3 prenïières autoritéi*, n a pas donné le» ri^sultuts quon pouvait eu espérer. Il devail
DÉSOIUÎAMSATION DK L ITAIJE 3!
terroriste, citadins et paysans demandaient que la République s'organisât pour leur assurer une liberté entière et une paix durable ; ils répugnaient également aux servitudes militaires.
Ayant pris la résolution de prévenir Tennemi, Scherer s'adonne fiévreusement à Tœuvre du rassemblement, de l'équipement, de la définitive organisation des troupes. Il veut qu'on exalte le courage des jeunes officiers en leur rappelant, chaque jour, le souvenir des mémorables journées d'Arcole et de Rivoli, en leur disant que l'armée républicaine va marcher contre des adversaires qui plièrent, devant elle, à Bassano et à Judenburg ; il essaie de secouer la torpeur qui engourdit les hommes restés en garnison. Il prépare les timides, les soutlVeteux, les mauvaises têtes à la bataille prochaine. 11 annonce aux Lombards alarmés par tant de préparatifs que, sur leur territoire, l'armée d'Italie sera encore invincible. On l'écoute, on le suit. Il échelonne 43.000 hommes devant les Autrichiens.
L'ordre d'occuper la Toscane ne lui est remis qu'à Mantoue, le 22 mars*. Gauthier part de Bologne
lexemple à tous les autres et il ne s*est pas même rangé dans la classe de ceux où la loi est entièrement exécutée. » (Arch. nat.« AF III, 150.)
t. Scherer écrit au Directoire : « Mantoue, le 23 mars. — il y a deux heures que M. Manrredini sort de chez moi, alarmé de la manche des troupes sur la Toscane; il est arrivé en hâte pour me persuader que le ^rand-duc est irréprochable dans sa conduite. A toutes ses jérémiades, j'ai répondu par le décret qui drclare la guerre à la Toscane, qui Ta terrirté. 11 m'a demandé quelles conditions de paix le grand-duc pouvait oHrir à l'empereur. — - L'évacuation des pays ci-devant vénitiens. Qu'en revanche, la France offrait une armée de 50 000 liommes, même de 100.000 honmies pour assurer à lempereur des conouêtes dans la Turquie euroropéenne et pour se débarrasser des Russes; qu'à ce prix, le grand-duc pourrait conserver la Toscane. (Arch. Guerre. Corresp.)
le 23, entraînant un corps de cavalerie et quelques troupes d'infanterie légère. Dans TApennin, les routes sont ouvertes. Le 25, les Français entrent à Florence ^ Ils obligent le grand-duc h quitter sa capitale dès le 27. MioUis met, dans Pise et dans Livourne, des garnisons qui sont bien accueillies. Le vaste territoire toscan, si riche, est confié à la garde d'une division de 7.000 soldats*.
Mais la déclaration de guerre faite par le Directoire avait eu, pour eflet immédiat, une concentration des régiments autrichiens derrière TAdige. Combien d'hommes seraient, de ce côté, opposés aux troupes que conduisait Scherer? On variait, dans les appréciations, de 80.000 à 100.000 soldats, il coup sûr l'élite des troupes allemandes qu'une colonne de soldats russes devait renforcer au mois davril. Le service de l'espionnage, mal organisé, ne put fournir, au moment opportun, que deux rapports insignifiants^.
1. Les Français entraient dans Florence à quatre heures et demie du matin, par la porte San-Gallo ; ils s'avancèrent rapidement dans la ville et formèrent deux gros dctacliements sur les places de Sainte-Croix et de Sainte-Marie-Maieure. La garde du palais Pitti, çiue le grand-duc habitait, fut ronflèe à un fort détachement, qui partagea le service avec les troupes toscanes. Dans la journée du 26, on fit les préparatifs nécessaires pour assurer le départ de Ferdinand lU. Le 27 au matin, il quitta la ville avec sa femuie et ses enfants. Son train était composé de 6 voitures et de 10 chariots, 20 cavaliers français raccompagnèrent jusqu'aux premiei-s postes autrichiens. » (Arch. d'Etat de Florence, pièce communicïuée par M. llerardi.;
2. Corps de Toscane : Gautnier, général de division ; Miollis et Vignolle, généraux de brigade; Touret et Franceschi, adjudantsgénéraux. '^' de bataille (1 bataillon), 970 hommes; 21-, 1 .019 hommes ; 16" légère, 1,02() hommes ; Piémontais, 1.383 hommes, légion cisalpine, 1.850 hommes ; 1" réginjent de cavalerie, 325 hnuïmes, hussards cisnlpins, 341 hommes, demi-compagnie d'artillerie à cheval, 33 hommes; artillerie à pied, 200 hommes; sapeurs, 150 hommes; total 7.397 hummes. (Arch. nat., AF m, 150, dossier 70<^ ■
3. <i Dans un pays tel qut lltnUe. ct^ qui peut arriver de plus
Le premier informait : « Une partie du régiment de Jordisse trouve campé près de la Sega , ces troupes gardent un petit ponton jeté sur l'Adige. Des soldats construisent un pont à Pessarolo. près de Campara, où passera une nouvelle route aboutissant à Colmasino. Tout indique, sur ce point, la mise en état de défense, du plateau de Rivoli. 500 cavaliers et autant de fantassins occupent le village de Bussolengo. » Le deuxième indiquait : « Un camp autrichien est établi à Santa-Lucia, devant Vérone; mais il est impossible d'y pénétrer. La garnison de Vérone s'élève à 6.000 hommes. L'infanterie qui se trouve là porte luniforme jaune foncé et jaune clair, rouge foncé et rouge clair, vert foncé et vert de limon, bleu foncé et bleu clair. Tous les corps ont le pantalon bleu céleste. On remarque parmi cette troupe un corps de marins armés de fusils à deux coups. Les troupes de cavalerie portent des habits jaunes, vert foncé et bleu céleste ; leurs pantalons sont bleu céleste, aux bords noirs. On dit que le général Kaim commande cette troupe. Les Autrichiens ont garni de canons les remparts de Vérone et la rive gauche de la Bra. Ils amassent de la poudre et des boulets dans le camp Fiori. Les deux portes de San-Zeno et Nuova sont fortifiées et minées. On travaille activement à fortifier la porte Saint-Georges oii aboutit la route de
heureux à un général est d'être servi par de bons espions, parce que ce pays étant entièrement couvert d'arbres et entrecoupé de canaux il est presque impossible de connaître la véritable position de l'ennemi. Malgré mes promesses, l'argent même que je distribuai, il m'a toujours été impossible de me procurer des émissaires capables et intelligents. L'ennemi, au contraire, ayant tout le pays a sa dévotion, connaissait ma position dès que je l'avais prise. » {Précis, p. 22.)
34 LES CAMPAfiNKS DE 1799
Trente. LVntroe de V(^rone est interdite à toute personne étrangère. Des paysans rapportent qu'il y a, entre Vicence et Padoue, à Focco, un camp autrichien renfermant 6.000 hommes d'infanterie et 3.000 de cavalerie. Des colonnes descendent de la Styrie. Un corps employé dans le Tyrol se rapproche de V(»rone. Et, cherchant des auxiliaires, le général de Kray ameute contre les jacobins*, tout ce qui révère Dieu et son vicaire le pape, resté captif, après avoir élé enlevé de Sienne poun^tre transporté à Grenoble. A Padoue, un prêtre nommé Philippi est placé à la tête des émigrés cisalpins pour envahir le Brescian. La caisse de Tarmée autrichienne paiera chaque émigré armé d'un fusil, 56 sols par jour. Les auxiliaires marchant sans armes recevront 50 sols. Partout, sont affichées des proclamations demandant l'extermination des Français 2. »
On le voit, ces rapports n'indiquent ni exactement la force ni les projets de l'ennemi que Scherer doit combattre. Le général en chef veut occuper Vérone et des terrains situés sur la rive gauche de l'Adige. Rustowa dit : « Souvent le sort d'une campagne se règle dans une première bataille. » Si l'armée française gagne cette bataille, les Autrichiens seront vivement poussés dans la direction de Vicence et forcés d'abandonner Porto-Legnago. Les émigrés et les paysans insurgés contre nous
1. En Italie, les Français furent, jusqu'en 1803, désignés sous le nom de Jacobins ou de Républicains. (Registres de Gènes, TiU'in, Milan, Vérone, Venise, etc.)
•2. <• Les annales italiennes rapportent que Tarchiprêtre Bruni de Montechiari, voyant ses paroissiens se soulever, les arrêta au moment où ils allaient sonner le tocsin pour donner le signal de regorgement des Français ; on le poignarda au seuil de son église. > 'Moniteur du 30 ventôse an Ml.)
déposeront les armes. On respectera, partout, les arbres de la Liberté. Enfin, l'effet produit par une victoire sera immense en Europe.
Les 5 divisions d'infanterie, dont Tune était formée du corps de Sérurier, destiné à opérer dans le Tyrol, se mettaient en ligne, le 25 mars, entre Peschiera etNogara. Une réserve, queHatry commandait, occupant Roverbella, se trouvait ainsi placée derrière le centre de Tarmée. En outre, Scherer prolongeait sa ligne, à droite, par des postes et des détachements, jusqu'au château de Ferrare. Ces troupes étaient abondamment pourvues de vivres; la cavalerie emportait du fourrage. Par les chemins boueux, des régiments se traînaient.
Au centre, où Moreau commandait, la concentralion des troupes se fait difficilement*. Dans la nuit, plusieurs demi-brigades erraient à travers les plaines, s'arrêtaient, rompues de lassitude, pendant que Tétal-major cherchait à s'orienter. On ne voyait briller aucun feu de bivouac. Le vent, soufflant des Alpes, poussait des ondées de pluie glaciale. Par là, on n'accordait aux soldats mouillés et transis que quelques heures de repos. Puis,
i. Moreau à Scherer. «Au quartier général de Villafranca, le 5 geraiinai. — Je suis arrivé à Villafranca avant le départ du général Victor. Les 2 divisions n'auront pu arriver à la position qu'environ quatre heures du matin. C'est tout ce qu'il était possible d'exiger. Chaque division a une avant-garde pour se couvrir. Elles se mettront en mouvement demain matin, h quati-e heures, de manière à commencer leur attaque h. la petite pointe du jour. Elles ne sont qu'à 4 ou 5 milles de Vérone. Les rapports s'accordent à dire qu'il y a 15.000 hommes à Vérone. Le général M usnier est arrivé et m'en a communiqué qu'il a reçu en partant de Mantoue où on lui annonce que les réserves du Padouan et celles du Trévisan s'avancent vers TAdige à marche forcée. Je serai bref à vous donner de mes nouvelles. Salut et amitié. » (Arch. Guerre. Corresp.)
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dans l'obscurité, les officiers appelaient aux armes. A quatre heures du matin, Tarraée d'Italie allait tenterd'exécuter, non les instructions données le 24parSchererf'^), mais le plan suivant : tenir Tennemi en échec sur toute la ligne de TAdige qui s'étend entre Vérone et Porto- Legnago; et détruire les troupes échelonnées devant le lac de Garde. Deux de ses corps, le centre et la droite, attaqueraient en môme temps Vérone et Legnago. La gauche, formée par 3 divisions, se porterait sur Pastrengo, afin d'anéantir ou de tourner la droite des Autrichiens.