‹ Les campagnes de 1799. Souvarow en ItalieChapitre 24 sur 112 · Sacs à chevaux · texte numérisé non relu

Sacs à chevaux

4. Bibliothèque communale de Vérone, manuscrit n» 950 Cronaca d'Alberli Valent ino, p. 13}.

1. Ce palais se trouve aujourd'hui via San-Eufemia, prés San- Biaso.

le lemps de voir et d'acclamer le lieutenant du czar. Suivant la rue Vescovo, traversant TAdige au pont Navi et longeant la rue des Capucins, il arriva enfin devant la citadelle.

M. de Mêlas avait fait ranger le matin, près des arènes romaines, dont la ruine, si grandiose, était couverte de plantes vertes, les canons et les caissons pris aux Français ; et, en face, sur les balcons (lu palais Mariani, flottaient les drapeaux arrachés au vaincu. Là, sous lo soleil ardent, une musique jouait des hymnes graves. Grisée par l'enthousiasme, la foule dételait le^s petits chevaux de la voiture dans laquelle se tenait Souvarow ; quelques citoyens, toujours prêts à jouer un rôle d'esclave, s'attelaient et traînaient le maréchal dans la cour du j^alais Emilia qui allait lui servir pendant quelques jours de quartier générale Ces hommes criaient : Et: riva nostro libérât or e !

A trois heures du soir, Tétat-major autrichien se n;ndit au palais Emilia pour y prendre les ordres tlu vieux maréchal. Dans Tantichambro où se tenait |

lYohor, quelqu'un fit remarquer l'absence du gêné- *

rai de Kray ; et, dix minutes plus tard, les présen- !

lations des officiers étant faites, Souvarow demanda !

I intérimaire, soit qu'il voulût le complimenter des 1

victoires remportées sur Schorer, soit qu'il eût été t

déjà averti de l'hostilité de ce gentilhomme. Le |

trouvant impoli, il se promit alors de l'employer sur les derrières de rarmée,.à des besognes diffiiiles qui ne rapportent point d'honneur.

Les Autrichiens avaient cru jusque-là que le

ce î:"

Il I

généralissime, choisi par la coalition pcmr i^craser les Français, joignait aux qualités d'un brave soldat la politesse d'un homme de cour. Comme Ghasteler les avait trompés en Taffirmant. Sa manière de vivre, ses paroles rudes, sa manie d'appliquer des sévices, môme aux capitaines, son dédaiji [umv tout ce qui n'était pas russe, refroidirent ou plutôt firent tomber cette exaltation qu'on avait mi}ntrée à midi. Les officiers de François 11, marqiji?i vl magnats, comprirent que Paul l*"" leur avait dimne, non rhomme qu'ils attendaient, c'est-aHliie un chef éclairé, obligeant, poli, mais un maitn' armé d'absolutisme, imbu de préjugés, qui, dans ta lutte du lendemain, les sacrifierait sans regrets, peutêtre sans raison, afin d'assurer d'abord le serviee du czar et pour se donner ensuite toutes les satisfactions que peut rechercher un vainqueur, J

Souvarow reçut, après Tétat-major autrichien, !

les magistrats de Vérone et plusieurs députât ions. ij

Aussi, d'avoir vu à ses genoux tant d'iudivitlus, il y

se crut, pendant quelques heures, le mai ire de j

ritalie. Aux visiteurs, le maréchal avait [uornis le il

rétablissement du trône et de Tautel; et par deux |

fois il avait parlé, non sans hauteur, au nom de l'empereur des Romains.

Trois régiments de cosaques entrèrent le soir k Vérone. « 11 y avait plus de mille lances * >u Ces cavaliers, si bizarrement accoutrés et d'ailleurs si ^nuvages, apparurent aux habitants comme des èlres extraordinaires, des diables ou des banriiltj qu'on appela i capucini rusn.

i. Cronaca d'Alberli, p. 18.

« Vêtu d'un large pantalon, d'une sale et courte tunique brune, rouge ou bleue, ayant un bonnet de police, une longue et frôle lance et un petit fouet à la main, un sabre, quelquefois un ou deux pistolets à la ceinture, un fusil à fourchette en bandoulière, accroupi sur un cheval de chétive apparence, mais d'une force et d'une vitesse incroyables, en ayant souvent un ou deux en liberté à sa suite; et, pour bride, un licou ; voilà le cosaque*. »

Ils étaient recrutés dans ces campements chargés lie garder, pendant la paix, les frontières de la Crimée et du Caucase : paysans farouches et indépendants, nomades habitués à dépouiller et même à tuer leurs voisins; on trouvait, parmi eux, des déclassés et des évadés de la Sibérie, toujours prêts k accomplir de rudes besognes. A l'appel du czar, !

ces individus formaient, par district, une sotnia; j

et, en campagne, Pologne, Turquie ou Italie, les cosaques se montraient sanguinaires et ardents au pillage ^.

Ces soldats, qu'on disait invincibles, étaient bien, par leur caractère et par leur conduite, les dignes descendants des Huns. Ils ne craignaient qu'une chose : les reproches de Souvarow. Us composaient

1. Mémoires de Provéra^ colonel bernois au service de la coalition, t. n, p. 225.

2. « A eux seuls, les Kosaks du Don pouvaient mettre en ligne

fifès de 15.000 cavaliers, dont chacun servait avec deux chevaux, ncapables de soutenir une charge de cavalerie européenne, ils étaient très utiles pour le service d'éclaireurs, pour harceler une armée, enlever ses convois et ses traînards. Bien qu'une discipline plus exacte que par le passé leur eût été peu à peu imposée, ils avaient conservé des habitudes de pillage qui faisaient d'eux l'elfroi des habitants, dépeuplaient le pays devant l'armée et les rendaient incommodes k leurs propres généraux. » (Conférence faite en 1899, n l'Ecole militaire de Saint-Cyr, sur Souvarow^ par M. A. Rambaud, û^ l'Institut.)

sa famille militaire et fournissaient sa garde. Ils l'appelaient «petit père». Dans une sotnia, des hommes se disputaient chaque jour Thonneur de veiller, pendant son repos, sur le maréchal.

L'infanterie russe, sauf la garde, était moins aguerrie que les cosaques. Singulièrement recrutée ^ , son fanatisme était continuellement entretenu par les popes, dans chaque bataillon, où leur nombre avait été doublé en 1798. A la caserne et dann les camps, on lui parlait souvent de ces Français inconscients qui, dans la démence, avaient assassiné leurs prêtres et insulté Dieu. Or, ce Dieu leur ordonnait, croyaient-ils, de venger Toutrage fait à son auguste personne, d'abord en Italie, d'où le pape avait été chassé, puis en France 2. Et l'entrée

1. « Le recrutement Déportait alors ni sur les membres du clergé, ni sur la classe noble, ni sur les marchands, les artisans, inH cochers i)ublirs, la plupart des citadins, ni même sur les pay^nns libres. Un ukaze du souverain prescrivait, par exemple, la levée de 4 hommes par 1.000 âmes, c'est-à-dire par i.OOO paysans mAJes et adultes. C'était au propriétaire de serfs à désigner parmi aa^ sujets ceux qu'il entendait livrer aux recruteurs. 11 désignait ceux (les paysans qu'il jugeait les plus paresseux, les plus indociles. Peu importait que l'homme fût marié, père de famille ou soutien de famille. Parfois, l'homme livré aux recruteurs faisait résistJince. Alors on l'emmenait enchaîné sur une charrette, jusqu'à ce qu'H fût assez loin de son village. Arrivés au corps, une grosse murtîfioation attendait les enrôlés ; on les rasait, c'est-à-dire qu'on faU sait tomber les longs cheveux et les longues barbes qui, dans ta

Eensée du paysan russe, font la ressemblance de l'homme avec Jeu. Une fois entré au corps, l'homme y restait indéfiniment; autant l'y garder que d'aller a la chasse des recrues pour l'y rem* placer. Lui-même perdait peu à peu le souvenir du village natal, de la chaumière, de la fiancée, de la famille même s'il avait hiissé une femme et des enfants. La durée légale du service était de vingt-cinq ans ; on trouvait dans les régiments des soldats de cinquante et même de soixante ans. Quand ils étaient par trop fig^s, le souverain leur accordait soit une petite pension, soit des rations, ou les imposait comme frères lais à quelque riche monastère.ft(Gonférence déjà citée, par A. Rambaud.)

.2. Les soldats russes, en avant^ant dans les plaines de l'Italie, demandaient souvent où était la France ; les omciers leur répon-

du ciel avait été promise à tout individu qui tuerait im républicain, civil ou militaire. On donnait aux escouades ce cri de guerre : « Mort aux jacobins' ! » En somme, ces orthodoxes, si souvent impénitents chez eux, voulaient laver dans le sang trançais toutes injures reçues par les catholiques haliitant la Péninsule.

Mais revi-nons k leur chef.

Dans b rniit du 14 au 15 avril, dédaignant le lit trop doux qu'on lui offrait au palais Emilia, couché sur des bottes de paille, le généralissime dicta des onlre^i. Pour assurer leur exécution, la moitié des troupes russes se dirigea vers Mantoue ; Tautre corps prit aussitôt la direction de Goïto. Et c'est pîtr la qui* Souvarow se porta lui-même.

Depuis le 10 avril, les Autrichiens n'avaient pas livré <rriî^agement sérieux, car M. de Mêlas se monlrruL prudent pour éviter un échec, prudence qui devait lui attirer de Tenvoyé de Paul I" un bliim** vjiilenl, dont Chasteler essaya, en conciliateur habile, d'atténuer la portée.

A Goïto, Souvarow rencontra le prince Pierre Hagralion et Miloradowitch qui avait servi en Finlande sous ses ordres ^, Il leur donna des services à remplir aux avant-postes, et, impatient d'agir ou

dftÎPnl : « — Vnus êtes en Italie ; ménaf?ez-la. On vous avertira |nr*N(niii vr»iis ^-erez en France. » (Arch. nat. AF iv, 1684. Rapport (J'im ennH^nire.)

r, Kîi Hiili<'. iiès que les cosaques apercevaient quelqu'un qui fuyait, tif jvtarjt à sa poursuite, la lance en arrêt, ils criaient : si — Arr<^H% Siwob, arrête ! Nous sommes les soldats de l'empereur. T^ (\i}\f\ piiup égorger le malheureux. {Histoire d'Italie, par Hftrtri. IV' vol,, p. 34.)

•i, Pi*'rre Iv^inowitch Ba^ation avait trente-quatre ans. Milorad^^wiUh, àgv de trente ans, servait dans la (iarde depuis 1788.

LES ACTES DU GÉNÉRALISSIME Hl

plutôt de vaincre, le général se fit montrer encore, sur la carte, les positions qu'occupaient les Autrichiens. Informé que le général Ott, qui avait rec^u, la veille, le commandement des troupes de prt*mière ligne, vient d'occuper Cavriana et d'établir un cordon garnissant le terrain, de Pozzolfu^o à Rivoltalla par San-Zeno, pendant que Hohenzollom s'avance sur la route de Guidizzolo, le généralis* sime ordonne au premier de prendre Montiehiari, de pousser sa droite dans Ponte-San-Marco, sur la Chiese, d'attendre Wukassowich vers Bedizmle. Plus au sud, Hohenzollern, après avoir enlevi'^ Marcaria, détachera un gros de cavalerie à droite, le long de rOglio, jusqu'à Fembouchure de cette rivière dans le Pô^

Dès son arrivée à Goïto, il fait publier de nouvelles instructions écrites par Chasteler : les reconnaissances d'infanterie sont interdites ; cette arme marchera désormais en masse, se battra le plus souvent sur six rangs. Anathème sur le chef de colonne qui hésiterait à sacrifier des hommes pour

1. «Le 11 avril, la troupe de Wukassowich, ayant pris Jiorca d'Anfo, s'avance dans le Brescian, occupe Fusine et Lavi^niiito, Son avant-fjardp, commandée par le colonel Brodanowach, s'empare de Salo. Le ^ros de l'armée autrichienne établit ses pijsteâ avancés à Goïto. Roverbella et Marmirolo Le 12, on occu])e t;aslel- Belforte, Bigarella et la rive droite de la Molinella. Il Khmtï s'avance prudemment dans la plaine de Mantoue, coodui^ant 11 bataillons et 8 escadrons, pendant que Somariva, qui doit assiéger Peschiera, place 3 bataillons dans Mozambarco, des poî^les le long du lac de Garde jusqu'à Goïto, met 1 bataillon et 2 escfidrrm?* en garnisf)n à Casteïnuovo et Caval-Gastel. Ensuite, on n^rirskrce 1 armée de première ligne, en lui envoyant de Venise : 2 h;Llai1lona de Stuart ; de Vérone : 3 bataillons Jordis et 3 bataillons JelhiehieJi. Le 14, l'armée autrichienne passa le Mincio, prit des caritonncments entre Campagnola et Monte-Oliveto délia Volta. L .irtillerie et les pontons restèrent h Gerla. Le colonel Skrokinger fui euvojé

e Mo/ambano à Ponti pour bloquer Peschiera sur la rive droite

u Mincio. /> {Cahier C/iwtteler, p. 35.)

ift LES CAMPAGNES DE 1799

s'assurer la victoire ou pojur sauver un détachement. Le soldat blessé légèrement ne devra pas quitter h* rang. La baguette de fusil sera encore, entri' les mains des sergents, un instrument de di^ciplini'. Enfin, la cour martiale sera impitoyable. Le«i l(î et 17 avril, on réorganise les divisions autrichiennes. Le 18, on met en ligne, à Valeggio, le corps russe du général-lieutenant Paul Schweikowski V. Au début des opérations, il semble qu'une coîi fraternité d*armes s'établisse difficilement entre tes alliés. D'abord, on se regarda curieusement de part et d'autre. Aux premières paroles échangées, Il l'ironie des Russes, qui déclarent avoir toujours

été vainqueurs à la guerre, blessa profondément les Autrichiens. Dans les différends h régler, différends survenus entre officiers, Souvarow prit toujours le parti des siens, donnant raison le plus souvent aux boyards du steppe qui avaient voulu ridiculiser la noblesse autrichienne. Dans cette alliance consentie par deux princes qui voulaient et pouvaient, en restant unis, régir l'Europe, le vieil antagonisme qui existait entre les races allemandes et slaves ne pouvait se fondre en un jour. M. de Mêlas, conciliant au début parfois jusqu'à la faiblesse, ne put que constater la partialité du chef choisi par son empereur.

Déjà, la cavalerie moscovite se répandait dans

1. Cette iLivision était composée de : 2 bataillons de f^renadiers du ré^iuitrnt Rosenberg, 2 bataillons de mousquetaires Baranowski, *2 ImtfiîlUma de mousquetaires Fnrster, 2 bataillons de mousque- Inirt'^ Aii^rheronski, 1 bataillon de chasseurs prince Ha^ration, i butaillnii de grenadiers Dandrygin, \ bataillon de grenadiers Loaî«no!4*>tT, 4 régiments de cosaques : GrekotT, Posdjaïet!", Deniaoff el MuJlschanoir. Total : 12 bataillons et 4 régiments de cavalerie, comptait H. 000 bommes. {Miliutin, I" vol., p. 223).

les campagnes, éclairait l'armée très loin et commençait ses ravages. Il fallait bien payer les services qu'elle apportait aux catholiques. Le Cisalpin, laboureur ou bourgeois, pillé et souvent brutalisé, allait bientôt regretter le départ des soldats républicains. Contre ses alliés, Tltalie réclamerait Taide de nouveaux libérateurs.

Souvarow écoutait des flatteurs lui déclarant que la nouvelle de sa présence à Valeggio avait fait accélérer la retraite des Français. — « — Vous valez 100.000 hommes! » s'écriait le prince Bagration. Le maréchal répondait : « — Mieux! » Chasteler disait : « — Les Français sont en fuite! » Sur les vaincus quelques beaux esprits faisaient des épigrammes.

Le 17 avril, Tarmée austro-russe était sur la Chiese. Chasteler en formait trois grands corps qui, d'abord, se portèrent : dans Montichiari, dans Calcinato et dans Ponte-San-Marco. Il fallait enlever Brescia. Les 19 et 20, pendant que la masse principale marquait le pas, on dirigeait un train de grosse artillerie vers cette place, qui, investie et bombardée le 21, ouvrit ses portes à quatre heures du soir. Poncet, chef de brigade, s'était déshonoré en rendant une place oit la garnison, de 1 .220 soldats, pouvait tenir lontemps l'ennemi en échec.

Quand l'armée des alliés met en ligne, le 22, 52.600 combattants et 6.500 chevaux, Bagration veut montrer aux Autrichiens la bravoure de ses Russes. Il attaque la division Sérurier réfugiée dans Palazzolo du Brescian; ses troupes d'infanterie, marchant en masses profond-es, sont repoussées h coups de canon et très éprouvées. Mais, le soir, Bagration s'attribue la victoire parce que, craignant un mou-

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rament tournant, les Ri'puhlicainî^ ont dû repasser rOglio devant lui, aprt^s avoir détruit an matériel et un pont,

F*endant que, au nord, cette action était engagée, le général Hohenzollorn occupait Crémone, débordait 1 aile droite des Français sur le lias Adige, et, par cotte marche, il forçait Scherer à prendre, sur la rive droite de l'Adda, des positions défensives.

Souvarovv fit avancer son armée les^?, 2i et 25, jusqu'à 2 kilomètres dfi TAdda, Séruner attaqua sa droite vers Palazzolo, sans succès. Et sous les yeux du prince Constantin, arrivé le 25, Bagration va, le 26, marcher sur Lecco.

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