‹ Les campagnes de 1799. Souvarow en ItalieChapitre 25 sur 112 · CHAPITRE VI MARCHE RÉTROGRADE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI MARCHE RÉTROGRADE

Situation critique de rarmée française. — Debelie évacue Crémone. — Formation des garnisons de Peschiera et de Mantoue. — Le soldat est démoralisé et se livre au pillage. — Arrêt des troupes républicaines. — Scherer se rend à Milan. — Inquiétudes éprouvées par le Directoire cisalpin. — Les Russes attaquent le front des positions de Lecco. -^ Voyage sur le lac. — Révolution à Lugano.

Informé que Wukassowich, venu de Trente, allait prolonger l'aile droite autrichienne; que Souvarow et les Russes arriveraient incessamment à Vérone; informé aussi que l'hostilité envers le chef vaincu ne faisait qu'augmenter de jour en jour dans les régiments français, Scherer perd la tète. Il cherche à s'effacer de son rôle de généralissime et consulte Moreau, qui jugeant intenable la ligne occupée, fait lever les camps établis depuis le 7 avril, derrière la Molinella. Cette retraite, commencée le 10, s'opère jusqu'au delà des lignes de rOglio. L'état-major ne songe plus, dans le désarroi qui fait de l'armée une troupe fugitive, qu'à garnir de bataillons la rive gauche de l'Adda.

Scherer sort de Mantoue dans la nuit du 10 au 11 avril. « Les ténèbres ont favorisé son évasion»,

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écrit l'un d(^ ses «ennemis. Le 13, il est à Pizzighettotie et se montiT découragé. Dessolle vient l'y rejoinJiv, après avoir échoué dans la Valteline où il secondai l Lecoiirbe. Dessolle remplace Musnier, mais trop tard, alors que les fautes de l'ancien chef d'état-major sonl irréparables.

A la nouvelle que les Autrichiens sont vainqueurs, Firisiirrection des paysans, longtemps contenue, se rallume^ s'étend, menace Texistence de Tarmée. Kctopé?^ et traînards, laissés en arrière, sont *'*gorg6s sans pitié. « De tous côtés s'élève le cri; O rkris!^^ Et les généraux, qui voient autour d\*ux lant do poignards levés et qui entendent tant de maléiJiciions, vivent en de continuelles îiluniics, ilonni el menacé de l'échafaud, le Directoire eisulpin s'eiïraie; il prépare sa fuite pour éohiip[>er aux représailles du parti autrichien, qui a lutte de reprendre, à Milan, la direction des affaires rivile^'.

Mmdooald r^l rappelé de Naples'-. S'il arrive à lemps, s*^s tffïupes une fois fondues dans celles de I aroref d'Italir, *m tentera de défendre Tentrce du

U Sf'hcfcr rrrivîîit rm Directoire cisalpin : «H est vrai que les ririoriFitarii'i's rn'<»îil frui juger prudent (le mettre l'armée sur la tli^fensiviï jusi|iiVi rc «|ue j aie reçu les renforts qui, d'après mes of^iri-'S, tk>îv*'iil arrivrr incessamment. Mais cet état de cuoses ne lioit tms vmj< ffiim rr^^rarder comme compromis le sort de la rit*ptu>li<|up risalphir, t*l je ne prends, au contraire, le parti de la iloU^Msivi' i}ue pour n'en pas hasarder la destinée. » (Arcfi. Guerre.)

*2, Srht^ri^r k Maf^loOftld. « De Pozzolo, le 11 avril. — Je vous nriUïnnrus, tl y n Inna jours, de laisser des garnisons avec six mois de viviv-^ îlans U^s places fortes suscej)tibles de défense et de îuuri li(*r iivpe ti>nl Ir reste de Parméo sur la Toscane pour vous rt itnir h iimi, s^hI |mr le chemin de Florence à Bologne, soit par crini i\ii \*nrim\ — Ri si les deux chemins étaient interceptés, de vuiis diriger pur la rivière de Gènes, pour faire votre jonction par Turlontî i.*t AU^XJtudrîo. y> (Arcb. Guerre.)

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Piémont à Souvarow. Si cette tentative, que les pessimistes regardent comme étant hasardeuse, ne réussit point, Tarmée cherchera un refuge dans l'Apennin en couvrant (iênes et le col de Tende.

Sous des pluies torrentielles, la situation des soldats français, marchant jour et nuit, devenait critique. Debelle, qui commandait l'artillerie, manquait de conducteurs pour diriger les bêtes de trait. Il faisait en vain appel aux Italiens qui ne voulaient plus être que les auxiliaires de la coalition. Ne pouvant les vider, il brûlait les magasins ayant coûté tant d'argent. Il abandonnait ses prises de guerre et tous les bagages inutiles. Par suite de fatigues ou de privations, les chevaux crevaient par centaines, encombraient la route de leurs cadavres. Un convoi d'artillerie, que traînaient 1.50J bœufs, faisait six lieues en trois jours, dans ces marécages qui entourent Mantoue. Entre TOglio et TAdda, dans ce pays très fertile et de population très dense, les soldats, mourant de faim, pillaient tout ce qu'ils trouvaient, rouant de coups les paysans s'ils protestaient. Pour mettre un terme aux exactions des voleurs et aux protestations des volés, Scherer devait menacer les pillards de la cour martiale ^

Le 13 avril, l'arsenal de Crémone était évacué

i. « Au quartier général de Lody, le 15 avril. — Des scélérats et des l&ches, indigaes de servir sous les drapeaux de )a Kôpul)li(|ue, se sont livrés à des excès odieux pendant les dernières niarcnes. L'armée entière crie vens^eanre et en réclame la punition. Le général en chef, empressé de remplir un vœu aussi louable, arrête

Sue : — tout militaire coupable de fuite devant l'ennemi, de viol, 'incendie, de pillage, de voies de fait ou de menaces envers ses supérieurs et qui sera pris en flagrant délit, sera jugé sur-le-champ par une commission militaire et condamné à être fusillé. » ((Arcli. Guerre.)

sur Milan. Le 14, toutes les communications étaient interrompues, des bureaux de Tétat-major avec Mantoue et avec Poschiera. Dans la première place, le général Foisac-Latour, du corps du génie, commandait h 12.000 hommes, et il avait réuni assez de vivres pour siibsistei" pendant quatre mois ; son artillerie éfctit formidable el bien approvisionner ; le courage animait k la défense tous ces horaraea Dans PeschieniJ*adjudtinl-^éTïéral Coulhiaux avait 1.600 hommes, également résolus, et qui, abrités par de bonnes murailles, secondés piir la (loltillB du lac de (larde, pouvaieiU tenir linigtemps en échec le corps de Somiii'iva.

Des 7 divisions françaises, celle que commandait MontrichanI passait le Pô devant IMaisance; elle devait, en s'étendant au sud, garder les routes qui pénétraient dans le pays toscan et tendre la main à Gauthier. Les autres divisions, y comprisquelques troupes de Di^ssolle qui se trouvaient tr^s falig^uér'S n'allaient plus former, dans la nouvelle organisation défensive, {\uv'A corps obéissant à Victor, a Grenier et à Sérurier^. Cette armée gardait, le 23 avril, le cours de TAdfla, sur une longueur de 24 lieues cl s'échelonnait dans les positions suivantes : hi gauche, conduite par Sérurier, an pout de Leccn; le centre, commandé par Grenier, h Vaprio, au pont de Cassano vi disant Hivrdia; la droite, obéissant h Victor, au pont de Lodi, à l*iz/.igheUone et à Malco. De Mal(*o jusqu'il rembouchure de TAdda, dans le Pô, Tavant-garde des Républicains, com-

1. « Chaque corps nvtïli lu bâtai I tons et 'i refïîinents da cavalerie. L'armée resta fnrle de 2K.00O présenta squ^ ie-s arme» livec tift pièrf^ti de canon. » {Précin, par Scint*rer» p* "îà,)

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mandée par Laboissière, formée de 5 bataillons et de 7 escadrons, garnissait la rive droite, surveillait les abords de Crémone.

En cheminant de Palazzolo à Bergame, Sérurier avait dû faire front devant Tatlaque des Russes ; et dans l'action, Bagration perdit 500 hommes. L'audace des cosaques s'était brisée sur un bataillon formé en carré ; leur tactique de combat, déjà dévoilée aux Français*, laissait un flanc ouvert à la cavalerie républicaine qui sabra et dispersa les agiles soldats de Grekoff^; et, ce succès remporté, la 1'* division put continuer sa retraite.

Ses troupes sont enfin alignées derrière TAdda et prêtes à opposer aux Austro-Russes une vigoureuse otTensive, quand Scherer apprend que, décidément, le Gouvernement cisalpin fait ses malles et va, si rien ne l'arrête, quitter Milan au premier jour. La

1. Sole sur la cavalene russe. Le soussigné, capitaine de cavalerie, a l'honneur de présenter au général Rellermann, ins])ccteur générai des troupes à cheval, quelques observations sur les manœuvres de la cavalerie russe. 11 a cru que son devoir lui imposait cette démarche d'être utile à sa patrie adoptive... !• Les Cossalts peuvent être regardés comme les meilleures troupes légères, tant par la célérité de leurs manœuvres qiie pour la bonté ile leurs chevaux ; ils ont une adresse étonnante et, quand on court sur un Cossak, il se jette dans un clin d'œil sous le ventre de son cheval, afin de se laisser dépasser et, dans le moment, il remonte, tourne son cheval pour prendre à dos son ennemi, et toutes les manœuvres des Cossaks consistent à se battre en tirailleurs... «> (Arch. nat. AF m, 152 H. Ce rapport doit être attribué à Heuch, lithuanien qui avait fait la guerre, pendant trois ans, contre la Russie.

2. Dans la même lettre à Kellermann, Heuch dit : « Permettez que je prends la liberté de vous faire quelques observations sur la cavalerie de l'armée française. Je pense que, si les troupes légères savaient aussi bien diriger leurs chevaux comme ds savent manœuvrer leurs sabres, elles seraient toujours invincibles, et la perte ne serait pas si grande; mais je crois que tout l'avantage consiste d'aller au galop ; mais on sait que, pour aller au galop, il faut savoir bien monter à cheval et avoir bien l'habitude ou corps pour savoir si le cheval galope à droite ou à gauche.

dernière lettre, qu'il écrivait à Rivaud, le 21 avril, indiquait la supériorité et la marche des alliés hI montrait son découragement. En quittant Milan, le Directoire de la République cisalpine allait placer lar m ée française dans une position périlleuse- Sa fuite serait certainement le signal d'une contrerévolution depuis longtemps préparée par lesémî^ saires de François 11. Pendant son absence, une contribution de 3 millions, solde due aux troupe;-, ne pourrait pas être levée ni réalisée légalement par une mainmise sur les objets d'art, comme l'avait projeté Laumond, commissaire civil du Directoire français auprès de Tarmée d'Italie. Les aristocrates, les bourgeois et les prêtres, impitoyablement rançonnés depuis trois ans, agiraient pour introduire les Russes dans la cité. Alors, tout serait perdu.

Scherer avait, le 25 avril, chargé le général Moreau, désigné précédemment pour assurer la défense de Lodi, de prendre la direction du quartier général établi dans Inzago, et, le 26, de grand matin, il se dirigeait, escorté par vingt guides, vers Milan, où il arrivait à midi ; mais, avant d'avoir vu le Directoire qu'il allait supplier de demeurer, Rivaud lui communiquai! une dépêche du Gouver-

« Un hussard, nui est obligé A toujours jeter son cheval tantôt <l*un vM() cl tiiiil()l d'un autre, doit immanquablement renverser Mon ch«v»il i\ triTo s'il no sent pas de quel côté son cheval ^lope. CoinuK* U) toni|»H no ponnet pas de donner tous les principe^ nrr«tN!iairrM {\ cit rf^ard, j<i crois qu'il serait utile de les habituer a tiMilr IrurK rhi'vanx au trot et de ne prendre le galop que dans le inotiHinl absolument m^rcssairc.

•< J <»h«»Mvr nuHHÏ (]\iv le forrage, en France, ne convient nulleinrnl û la rnvnli-n.' IrpTe; lo meilleur cheval doit tomber quand Il «J'Irouvi* Hiir un rlH'nnn glissant ou sur la verdure, parce quf Ir" fi'iN, (|ni Nonl HfuiN cnunp(»n>», le font plutôt glisser que s'il n vUui pan foiro du tout. » i- o -i

iDç

^ T î% MAKCHE RÉTROGRADE J27

( à fiîm: nement français qui le remplaçait, décision à la-

la iiur î' " quelle il s'attendait depuis une semaine*.

Fn <]]j:a Ainsi Scherer allait quitter le théâtre de la

guerre; et, à Theure où le général Moreau prenait la direction de Tarmée d'Italie, forte de 27.000 hommes, les Russes pouvaient tourner vers Lecco Taile erauche des Républicains.

V Repoussé le 25, près deBergame, Bagration ne se

'. [" rebute point, et, derrière les Français battant en

' ' , '*" retraite, il reforme sa troupe. Souvarow, qui admire

'.''^" . ■" le caractère de ce prince, lui confie les opérations

'^^ '[' à conduire dans le nord, sans vouloir remar(|uer

'"'^-"''^ que Rosenberg est son chef. Par les soins même de

armtTi. Rosenberg, trois colonnes sont formées, le 2{},

(.r\r^ derrière Ponte-San-Pietro avec : 1 bataillon du

i^ an? - régiment Rosenberg, 1 bataillon des grenadiers

hri[K.\- Dendrygin et 1 régiment de cosaques échelonné

entre les troupes d'infanterie. La brigade Miloradowitch se forme en seconde ligne, comme soutien, f'i^ " et le reste, assez gros, du corps de Rosenberg doit

v. tio * suivre l'assaillant, à petite distance.

^ -' A deux heures du soir, l'avant-garde moscovite,

r ^i-'* après avoir traversé Pontida et Cisano, pouvait

:?.*'' talonner la 18' demi-brigade légère. Ce régimi^nl,

r •i'^ •' reconstitué avec des conscrits, couvrait la marcb*'

•^'^ du corps de Sérurier, qui se retirait vers Lecco, à

travers un pays montueux et boisé. Soyez, son ifi chef, tenait bravement tête et disputait pied à pied

■-' "^ 1. Scherer a écrit : « Les chagrins et les fatigues de la gmrrc

m'avaient si fort affaibli et avaient tellement aggravé une ancienne

infirmité (maladie de la vessie) qu'à peine |)Ouvais-je tenir deux;

- . ou trois heures à cheval, ce qui ne pouvait s'accorder dans eea

• - ' circonstances avec l'activité nécessaire à un général en chef. *

{Précis, p. 50.)

lâH LB8 CAMPAGNES DE 1799

le terrain aux forces considérables qui lui étaient opposées. A quatre heures, la marche de l'assaillant se ralentit. Mais plus tard, de la Chiesa, un d*^tachement de 150 Français était délogé et les cosaques de Posdjaïeff, se précipitant dans la vallée dn Li^cco, butaient sur une redoute établie devant la ville ; là, vingt-cinq coups de canon, des canons chargés à mitraille, éclaircissaient les rangs des escadrons, qui rétrogradaient dans le plus grand désordre. Il était alors trop tard pour que Tinfanterio de Bagration pût arriver et recommencer le combat. La nuit étant tombée, cette troupe bivouaquait au pied des montagnes et se tenait sur le qui-vîve.

Avïint la nuit, un poste français laissé à Ballabio, village blotti au fond d'une gorge, échappait aux tinsses ^ déjà maîtres de la rivo gauche de lAddti, au-dessous de Lecco. Les Autrichiens voulaient traverser le fleuve devant Brivio, tourner et envelopper la division Sérurier. Celui-ci chargeait l adjudant-général Guillet de défendre à outrance les positions d'Olgiate et se rendait auprès de Scherer.

Les Russes, fiers de fouler un terrain qu'on leur avait abandonné, criaient victoire, dans un camp tracé à 2 kilomètres de Lecco, pendant que Soyez organisait la défense de cette ville. Une nuit noire envtOoppait et le camp et la cité ; mais on ne dor-

1. Ce détachement avait 250 hommes de la 18* légère. Le capitaine Ballard, oui les commandait, enveloppé par de grandes uiaH^os, profita aes ténèbres pour s'enfoncer dans la montagne, entrt; des postes endormis. Il marcha pendant quinze heures avant ij arriver sur le lac de Côme. (Arch. Guerre.;

raait ni dans Tun ni dans Tautre ; les habitants étant inquiets et les soldats se préparant à nouveau au combat*.

Plusieurs détachements, ramenés des postes avancés, renforçaient la 18" légère qui, forte de 1.500 hommes, recevait Tordre de tenir, devant la ville, jusqu'à la dernière extrémité. D'ailleurs, la rage de tuer animait les Républicains qui voyaient surtout, dans leurs adversaires, des ennemis de la liberté, les esclaves des tyrans. Plusieurs voulaient aller surprendre Tennemi, h travers le brouillard très épais qui, vers minuit, avait rempli la vallée.

Le 27, aux premières lueurs de Taube, le brouillard se dissipait. Les Russes, barrant le chemin de San-Pietro, étaient déjà en bataille et priaient avec les popes. Devant eux, le terrain s'abaissait, sans saillie brusque, du pied des contreforts des Alpes jusqu'à Lecco, ville de 4.000 habitants, dont l'épaisseur des maisons grises masquait le cours de l'Adda, étranglé entre deux lacs.

De cette ville, bâtie dans un cirque que murent au nord et à Test des pans de montagne et à l'ouest une colline ronde, on traversait un champ plat, de 400 mètres d'étendue, pour arriver au pont de l'Adda, construit en pierres, en amont d'une petite île et long de 100 mètres-.

A huit heures du matin, les colonnes de Bagration s'ébranlent et montrent, en traversant les haies, les vignes et les prairies, un entrain superbe, mais insuffisant pour braver longtemps le feu de

1. Un bataillon de la 30" légère, 400 Piémontais, 2 compagnies de grenadiers, 100 hommes du 9* dragons. Soyez était assisté de Bernard, aide de camp de Sérurier, Delort, capitaine de cavalerie et Willot, capitaine, adjudant de Guillet. (Arcn. Guerre.)

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