‹ Les campagnes de 1799. Souvarow en ItalieChapitre 29 sur 112 · Cahier Chasteler, p · texte numérisé non relu

Cahier Chasteler, p

iU^ LK3 CAMlMPi^ïKa DE \m

rotilent, eoimni^ si Tienne mi ne pouvait surgir tlans robseurilé.

Souvarow passa la nuit au milieu des soUlats, Ln vent, très violent, ayant rompu la ligne des pontons, le maréchal fut parmi ceux qui s'employèrent à les arrêter. Sous les rafales de pluie, il se tint t<He duc et sans manteau. A quatre heures du matin f Taube pointant et les sapeurs, extenui%, ne pouvantas&urtT le passage, Wasiliewitch invoqua hautement la protection de Saint Geor|^a^s. Ensuite, posant lui-même des madriers, il pria le prince Constantin de T aider, en lui disant : u Qu'il était nécessaire qu'un petit-iils de Pierre le Grand sût accomplir besogne d'artisan en présence de Tarmée. *>

Hxactement, à cinq heures, comme les nuages se disloquaient, les eaux de TAdda baissaient. D'Aspres pouvait passer le pont de San-Gervasio, enfin établi; il conduisait 6 compagnies de chasseurs, lesquelles, gravissant un monticule, Couillaut des maisons, de la cave au grenier, surprirent quelques hommes du postt^ français de Trez/.o et liruillerent sur un gros délaehenient, qui s'échappa rapiilemenl à travers les ruelles. Et, derrièi-e 1 avant-garde autrichienne» Cliasteler achemina, le long de in rive escarpée : 1 bataillon de Nadasky, que conduisait le major Pretzer, UCM) cosaques et 1 escadron du 7* tiussards. A 30M mitres en arriére du dernier cavalier, le gros de la division Oit suivil^

Une estafette envoyée par Wukassovvîch annonçait aux alliés que ce général avait utilisé un [>ont

i . 1 LatailLuD Banaler, 1 hAU.illuad'infantcFie'Ié^èrfîMîehanowieb, '1 bnUi Lions Ë.>iierha^j'> I bâtai Hun Xofinsky^ 4 escadron:; du 7' régiment de hussards. {Cahier Choilelei', p* 47.)

OFFE>'SrVE DES ALLIÉS 141

volant et pris pied devant Brivio*. Ses patrouilles s'avançaient dans la plaine, vers Côme, et Tune d'elles, conduite par le major Lettnilz, joignait des Français à Olgiate et les repoussait. Souvarow, satisfait de cette manœuvre, ordonnait que 200 cosaques et 150 hussards se préparassent à établir une communication permanente entre Trezzo et Brivio.

Quand vint à briller le soleil, sous le ciel bleu de ritalie, ciel étendant sa tente immense par-delà les plaines lombardes, d'Aspres, qui tient bien sa troupe en main, s'avança de Trezzo, sur la gauche, c'est-à-dire vers les cassinesdePozzo qu'un bel élan de ses troupes emportait, et il descendait, sans avoir perdu une minute, avec des bataillons serrés et remplis d'entrain, vers Vaprio, endroit oîi s'ouvre une vaste plaine.

Le chemin de Trezzo à Vaprio, long de 4 kilomètres, descend un coteau de pente assez raide, traverse un vallon ouvert de l'ouest à l'est, remonte une colline boisée; et, du sommet, domine, comme un observatoire, toute la surface du terrain enclavé entre Trezzo, que j'ai aperçu semblable à un bourg féodal sous la protection de son vieux château, et Cassano faisant relief sur la phiine : grande plaine de culture à céréales et de vignes; au printemps, océan de verdure d'où émergent les clochers des églises de Vaprio et d'un couvent voisin. Les sillons sont, par là, entourés de haies vives, épines ou

1. « Sérurier, en se repliant, avait abandonné les débris d'un pont de bateaux. Dans la nuit du 26 avril, VVukassowich recueille a la hâte ces débris, rétablit le pont, effectue sou passage et s'empare de Brivio. » {Histoire <V Italie^ par Botta, 111" vol., p. 5.)

Ht LES C4S1PAG.^ES DE 1799

acacias, ce qui allai L rendre tout particulièrement difficiles les mouvements de^ troupes.

Au-delà du couvent, Vaprio forme deux groupes de bâtisses inégales. La route de Milan s'amorce à la section principale ci coupe le chemin de Cassano d*Adda à \ imercale dans un plan de mûriers; cette dernière voie est bordée tlarbres et de petits canaux d'irrigation. Pays louvranl, à Test, la capitale lombarde, quatre battjilless y furent livrées*.

Souvannv ignorait, le 27 avril, en passant TAdda, que Tannée qui pourrait arrêter ses colonnes était commandée par Moreau, général dont M. de Mêlas appréciait le caractère et tes talents.

Moreau <Uait, à cette e|M)que, Tune des plus belles figures militaires de la Kévolution, figure respleiidÏH^aTit, dans les jours heureux, de Téclat d'une gloire acquise au milieu des plus périlleuses circonstances '% Des traits réguliers, des yeux gris,

t. hiscrj]itit>ii gravée sur une pierre élevée près du pont «le Cïisfianu ; y In qiiesti campi — Sitfilarniente famusi lotlù — La liberté itiilaae&e — Cou Federico liurbarossa — La Jede — (>)n K^zelino da lUmiano — U Principe Eu geniodi Savoia — Cul Duca di Vejidûme — Il générale isuwarow — CoirKxercito francese —

i. Moreau ; Jean- Vie ti>r^i ni:- k Mitdaix en 1763, s'opposa avec la jeunesse libérale de îii.'uut^a, le 'itï janvier 178«J, aux uianifeslalions royalistes rpii troublaïeul la vîlle.Son aUitudelui valut, plus tard^ le comiii.iijdeiiïeïit dntit* ernupai^nie de volontaires. Nouimô chef 4a bal^iilloii en 17^2, il ëervit ïtous les ordres de Dumouriez. Général de brijçade en 17WJ, de division en 1794, il fit la campagne de Flandre et se djatiny^ua Tannée suivante, à 1 armée du Rhin, baltit l'arebiduiH^biifles, ei, cliof il Vtrmée, arrivé sur le Lech, le 20 sepletubre ll^G, se Irt^uvant entfmré d'ennemis, il dut se retirer ver^ lluHiufïiic, Un le crojAil diroiiragé au moment où il passait une deux ieuie fuis ^ur le JUiin. Kuîile inactif après la ratification <ies pn'^lim maires de Lëoben, il fui urcusé d'avoir caché les agissements poliliifues de l*ichegru. 11 demeura dans la retraite jusqu'à la tin de Taxince 17^8. Alors le Uirecloire l'envoya comme mspectdur de rijifanterie, à Tarmee d'Italie.

le front large, lu taîllp moyenni*, mais bion prise, avec cette dignité un peu sévère du chef, qu'il savait garder parmi les troupes, composaient le personnage. Une voix grave et pleine d'autorité imposait le respect, l'admiration et surtout la confiance, même à des soldats vaincus.

Si Moreau ne possédait pas l'audace earactérîstîque de Bonaparte, ni la fougue de Kléber, ni le coup d\eil et rinipiHuosité de Massena, i! savait au moins sauver une armée. Il Tavait prouvé, deux ans auparavant, dans cetle admirable retraite, conduitii à travers l'Allemagne garnie d'ennemis, auxquels il parvint à écliapper par une série de savantes manœuvres, Moreau se jetait volontiers au plus fort de la mèléi^ et bravait la mort avec ce dédain qui distinguait Murât,

Dans les situations désespérées, on ne surprenait sur son visage aucune des émotions qui agitaient alors son ùme. Nul ne sut mieux que lui exiger robéissance passive îles subordonnés dans un temps ou l'anarchie gouvernementale autorisait toutes les licences; i^t c'est grâce à cette discipline très ferme que Tarmée qu'il commandait et qui le suivit docilement par les chemins de traverse, exécuta les mare lies qui déconcertèrent plusieurs fois Souvarow.

« — Tout est perdu! » disaient les détracteurs de y chère r-

Non, puisque Moreau allait sortir d'um^ impasse. Mais, avant de reculer devant les alliés, autant pour garder sa réputation d'habile cap i laine que pour montrer ce qu'avaient conservé d'énergie les faibles contingents républicains, il met d'abord ses adversaires en déroute; puis, l'ennemi revenu à la

charge, rarmile francjabe presï^ée de ton les parb, il ordonne la retraite.

Mal vu par un riirecloire raccusanl depuis peu d'entretenirdoi^ rapports avecPichegru ilétlar*? traître ùi royaliste, Moreaun^en CDU raf^^f^a cependant TuMiyre d'aucune faction, pendunt sc^ campagUï's. La Képulilique fut pour lui un Gouvernemi*nt idéal, et il aima de toute ta force de son cienr ce drapeau tricolore, à 1 ombre duquel tant d'hommes périrent pour sauvegarder de chères libertés*

Dans Hmpf^rieuse nécessité où se trouvait le Directoire de donner prompte ment satisfaction, tant à Popinion d*un publie alarmé par nos désastres qu'k l'armée d'Italie, il nommait Moreau général t-n chef L Et Scherer, sur les instauccîs duquel il avait été choisi, n'expédiait que le 20 avril, dans la soirée, la commission de son successeur, au quartier général d'in/ago.

En môme temps, donc, Moreau recevait ce brevet et la nouvelle tJe Tap proche des Austro-Russes. G était le 27, h neuf lH*ures du matin. Point grisé de son élévation à un poste si tni portant, sans perdre une minute, il donnait les ordres néressaires pour qu'on réunisse, devant Cassuno, les^divîsions Sérurter, Victor et (irenier. Ces corps, préposés à la surveillance d'une ligne ayant 2i lieues de long, ne

L L(.i Directoire ci^rivriît au j;* nierai Moreau : — « ^nrÏH, 20 avrii — Vous pTiinêti'X \e enmnmiiiJiUii'Dt àmi^ ijti riioinenL crLtii|iii'. M tie faut pBà Si' ie dijiBitimler, hjîûh h- ^'oiivi^rni'iiifnl aU< nd ht^nuconp de voa lak'lila ri,*e»tniius et du /a^L' ciiic vous dévuloj>[K.TCZ. sans doultî pour iustiiitir sa ci^nOam^e; eJït- est entit^n?; vl ù vouhî an donne une noiivplU: preuve kh vouï» invii^tii^sant du pouvoir da renvoyer les ^ènûrauît de? divif^ion, de brigade et autres* officuTî^ i\v tous fîriMlf'.'^dtml la eonduife ou k> !^i ulimiaita ne priïuipllruirjït pas une obi'iî^^atice entière j'i vos tti-dï-ey. » ,Ati:h. HiwvrG.]

pouvaient se concentrer en quelques heures. D'ailjeurs, les Autrichiens avaient déjà isolt' Sérurîer et se précipitaient sur Grenier. Dans la division Grenier, l'alarme était donnée par le 2* bataillon de la 33* de bataille, que d'Aspres avait chassée de Trezzo et qu'il poussait vigoureusement dans la direction de Vaprio, un village de 70 maisons, à la gauche duquol se plaçaient :la63* debalaille, le l'"" escadron du 24' de chasseurs et 2 pièces d'artillerie*.

Aux premiers coups de canon, le général Moreau quitte Inzago, descend la pente d'un chemin de traverse, où il est chargé par une sotnia ou escadron de cosaques qui tuent plusieurs hommes dans l'escorte^. Bientôt les cavaliers russes sont repousses, et le général en chef arrive auprès de Grenier, dont la troupe remporte quelques succès.

Il y eut, dans l'armée, un grand enthousiasme» lorsqu'on apprit que Moreau commandait. Des ovations signalèrent son passage^. Ces Républicains, si malheureux dans leur entreprise contre V*Vûne, avaient enfin un chef à opposer au farouche Sou va-

1. Arch. Guerre [Mémoires historiques^ w AS. Btdteiîn tîe Floréal),

2. « A Vaprio, le général Moreau, suivi d'un iimnbiieuï êtatmajor. se dirige sur le feu indicateur du champ di- haLaille. Tout près de son quartier général, il tombe dans un parti dt- cop^aquen qui le charge sur la route en poussant des voci ferai iims eU'ro^vahlt*^- Les guides d'escorte, qui le devancent, sont tués, ij'^ ofririf?rs de Tétat-major ne peuvent le sauver qu'en faisant face Le ctit'f de la gendarmerie et un adjoint à l'état-major sont \\\éi^ ; plusieurs autres blessés ; et, malgré le désordre qui règne nrdinairt-mt^nt dans une troupe d'élat-maior, on arrêta ces furieux excite» ii hi vue de leur proie. L'aide de camp Rapatel en tua un ûc sa main; pendant ce temps-là. le général Moreau, prenant une autre direction, se porte où l'appelle le danger de l'armée.^ (Arch.nuerre Mémoires historiques, n" 118.)

3. «.Vive Moreau ! Vive le sauveur de l'armée d'Itnîic I 11 nous >aiivTi,i I ninme il a sauvé l'armée du Rhin dans Ift For^t Noire I » i Victoires et conquêtes des Français j t. XV ï, p. US.)

146 LE9 CAMPACiNEâ DE 1799

row. Et ce chef ne venait-il pas, au début de raction, jïour assurer aux vaincus de la veille le bénéfice d'une victoire?

Uevanl Grenier, c'était encore le vaillant colonel d'Aspres qui conduirait Tavant-garde autrichienne, composée de cha.sseurs, soldats alertes et braves; il avait abordé la 63% qui put Tarrôter court. Derrière la iy3\ le 2'' bataillon de la 33" se reformait en colonnes dVittaque, et les deux corps français, bien liés, marchant droit devant eux, refoulaient les soldats de OtI, les rejetaient au delà d'un mamelon, et le leu cessait pendant vingt minutes, jusqu'au moment de l'arrivée du régiment Banater.

La plaine de Vaprio est de nouveau envahie par l'ennemi. Le couvent et Vaprio sont enlevés aux Fran4;ais, enfin forcés de se replier sur la brigade Kister, qui arrive au pasd<'course. Mais larage excite les vaineus à [ïrendre, sans tarder, une revanche. Us se rallient, prolongent la ligne des troupes fraîches. Une cliar^H^ furieuse déloge de Vaprio le régiment lianater ". Ce régiment est poursuivi, baïonnette aux reins, des deux côtés de la chaussée de Saii-iiervasio ; il abandonne 200 prisonniers et une partie di^ ses blessés. A gauche de Finfanterie républicaine, le 24' chasseurs taille en pièces le balaîllon des grenadiers de Slenz. Toute la division Ou rétrograde sous Teilort des 2 régiments; et, acculée à l'Adda, elle va périr ou être prise.

Mais Zu|di, ayant passé le (1 eu vc, vient soutenir Oit. Souvarow réitère Tordre de vaincre, quand môme. A dix heures du malin, la troupe austro-russe se forme en colonnes profondes et s'avance résolument ;

î. Campagnt tien Aastti'ù-HasuBs en Italie. Leipsig, 1800, p. 5.

OFFENSIVE DES ALLIÉS lêl

25 pièces de canon vont soutenir ces colonnes ; d'une ligne de coteaux, 2^ bataillons descendent dans rarène, aux commandements des chefs qui ont prêché àchacun son devoir et au son des musiqui^s repercuté par tous les échos d'alentour.

(Test h\ un torrent contre lequel Grenier ne peut tenir longtemps. Craignant d'être débord*' et entoura parles cosaques, après avoir Lue beaucoup de monde à son adversaire, il fait défiler sescompagnies dans les sinuosités du terrain, derrière les haies, li n*arriHe sa division, encore peu éprouvée, que sur la grande route de Milan; là, il attend la divisiou Victor, mais ne reçoit, en fait de renfort, que le 1" bataillon de la 33" de bataille,

Moreau se multiplie. Voyant la division Grenier en danger, il envoie des ordres de tous côti^s. Quesnel arrivait, enlralnant une brigade qui se plaçait h droite, devant Canonica et le long de TAdda'. Kister, opérant un nouveau déploiement, prolongeait la gauche de Grenîçr. On formait, dans res troupes, 6 colonnes d'attaque, qui allaient chargeur à travers robstacle des vignes et des fossés remplis d>au> Dans le iiièmc temps, le ceutre autrichien débouchait devant Basiana et recommen*;ait h* feu.

Les divisions Oit et Zoph étaient soutenues par 8 escadrons des hunisard^ de l'archiduc Joseph ; 20.0<Xï Austro-Russes mantinivraient en épaisses colonnes, poussant droit chemin vers xMilan. Une immense clameur, où grondant les hurralis enthousiasleS} emplissait la plaine. Chaste 1er » toujours intrépide, conduisant 2 bataillons de grenadiers et tiesca-

1. il* légèri;. Si* de balaiïle et 13- cÉjaîsaeiirs à etivval*

drons de huî;?îards, liourtail de froni la 09' de bataille. Le clioe fut terrible. Leti grenadiers allemands no purent soulen il" le (eu. Eu les ralliant, Chasteler avait son cheval lui^ sou^ lui ; li* bataillon Preiss venait à son seeoiirs, puis un 2' bataillim de Stenz; mais à Cl* dernier, les î^abres du 2 1' chasseurs enfonçaient aussi les ran*;s, tuaient le ebef et dispersaient 2 compagnies de sou lien.

I)t* V!!|»rio, Snnvarovvvit Tridiec (éprouvé par son cbef d'rlîil-niajor; il (*rut la baluîtle compromise, et, pour regai^niei- le terrain perdu, le maréchal rassembla *A batailinas de Nadasky, 2 bataillons Esterbazyv^lj^^t^ill^-^ii^*l*^-^Iil^^*'\^'^ki,plus de 5.000 hommes avec lesquels il fondit, l(''ie baiss^»e, sur la troupe de <Juesnel. Une <'^[>ouvanlafde fusillade l'accueillit; ses Inïinini'S tourl)illiiiiu*'nuit devant les haies ; le canon (Unent^ fut inutile dans un bas-fond; le colonel Hide^cuty tomba mortelle nienl frappé à côté de Soiîvarnvv qui. ayant les yeux lui^ards, poussait les pjrenadiers, insultait ou battait dr-. son sabre tout honiuio montrant de la làcliet»' dans un moment si critique. Au prix de perles énormes, il put se maintenir devant Thiesnel peuilanl que le major FVelzer ocetipsiit. avec 1 i>atailton de Nadasky, la ligne de Yaprio, liravail la canonnade aussi intense quemeurtrit>re des Frani;ai8,

Pendant qu<^ les Hépublicains tenaient ferme à droite et au centre; pendant que leur aile gauche s'avançait contre (Ibasteler, au croisement du chemin de Hassano dans la route de Milan, 2 escadrons du 13" chasseurs traversaient les l'an^s d'un régiment de cosaques qui, observant leur ancienne lactique et s'abritant soudain derrière leurs chevaux, lirent

un feu mal ajusté ; ils se virent enlever des chevaux ; beaucoup tombèrent, tués à coups de pistolet ; et les survivants s enfuirent.

Mais la brigade Kister se tassait à droite, sur le centre; imprudente manœuvre qui permit au lieutenant-colonel Orlandini, menant un gros corps, de tourner la gauche des Républicains, de s'emparer d'un petit bois bordant la route de Milan, de pousser un parti vers Bellinzago. Averti du succès que remportait son lieutenant, Souvarow reprit sa marche et, <\ d'Aspres qui s'avançait le long de TAdda, on donna Cassano pour objectif, et rien ne put l'arrêter, tant ses chasseurs montraient d'audace.

Un flot humain déborde alors les faibles contingents de Moreau, qui se voit contraint, pour sauver ses troupes attaquées et pressées de toutes paris, d'ordonner la retraite, après avoir appelé, une deuxième fois, Victor à son secours. La division Grenier se retira au pas ordinaire, pur groupes, en fusillant les cavaliers russes devenus très audacieux, en tenant l'infanterie autrichienne h respectable distance. Le centre et la gauche des Franc-ais, qui avaient cru, un moment, pouvoir saisir la victoire, abandonnaient le terrain si vaillamment défendu, vers deux heures du soir; ils emportaient tous leurs blessés, dont le général Kister et radjudant-général Becker, dans la direction de Grospello. Quant à l'échelon de droite — brigade Quesnel — il miirchait sur Inzago lorsqu'on apprit que la route de Milan était coupée devant Gorgonzola.

Aux premières maisons de Grospello, les cavaliers russes, ardents à la poursuite, rencontrèrent la brigade Argod, du corps de Victor. Fusillés par

des bataillons formés en carrc^, sur un tertre, ils ne piiiTul les entamer, Argod fut tué dans Tartion ; mais sa troupe m retira sans avoir trop soulîert.

Grenier avait pu, vers quatre heures, rallier ses troupes derrière Inzago. Ensuite^ il eheminait sans danger, di^passait le villn^^e de Meizo, allait prendre position à Lambriote où venaient eaniper : la lOO' de bataille, 50(3 hommes de différents corps, les sapeurs et les mineurs qui avaient fait sauter le pont de Cassa no.

Morcau venait de subir, en Italie, sa première défaite. L'armée frain;:aise se trouvait diminuée, d'après un rapport fait hâtivement, de 113 tués, 5i blessés 975 prisonniers, 43 chevaux pris et 5 blessés K Souvarow disait avoir perdu i.rHjij hommes^,

Laboissière, h la tête de cette troupe volante qui était déjà diminuée d'une f^aruison mise dans Pïxzif^hcltone» détruisit te pont de Lodi, sous le eanon du ^n^néral SeekenJorf et rejoif^iit Victor resté loin du champ de batnille. En^semble, ils traversèrent Albi^aiolo^Mele^nanoct se portèrent dans Motta, sur la route lie Pavie à Plaisance; de là, ils [loiivaient rejoindre Mon trie hard et (ianthier, généraux gar-

!. Hitilefiit flu F f nt*eai iXrch^ Guorri^).

S. Christï'ler, qui rfCfvâil hnia k*s rnppijrl?^* a écrit qiio \v pJijiijagL- df? l'Aildn, eïTi^-tué lu 37 a^rit tiMûi conté aiist c*îrp> ^n^^)ij^*rs Rir rinq |iamls : lîHvio, VFiprïn, Cas^ann. Lodi et PizzipîiL'Uonr,

i*n itffirïer^jtris et ÎA'*:* liumme^. Las Iroiî; quartîî de< pertes furent îi^ulnos à Viipri**, ^^oit 2.7jÛ hdiiunr**.

Lf rt^l^ifipur fît* In Cdmpaffuf deit Auittf*0'liusJie,^ en Halie écni'. * A Vnprîo, 245 îinrmncs fi lUl t^Jsrvauîî ttiùs. 168 linmmeîj et il\Q elirvaux b^'^^(■'^. iio" hommes v\ 2K chevJiiix éfînreîi, Seuls, les hîi.^«iardîi de rarcliiduc JitM'ph purdtr*'nt ilft ehi?vfiu%. » f|J* 6).

L'île h'itrt' (lu synrlic de Vaprio indique : Aufltro-Rii**sesî, 2i6 Tanla.'îsirrs et i^^ Vàvalieni iiu's. 76K f.iïilas?;)n!* H 3H:1 ^uvaliers liles^tèH. Tfit/iï 1.411. i,Arcliivt'^ du pjiîais du Suiî-Ut â iJiian, Regîitrc *(Hi- )

dant la Toscane, ou bien, en cas d'attaque sur leur front, converger vers Voghera, afin de garnir le massif des Apennins. Le 30, Moreau les envoyait devant Pavie. A leur droite, Lemoine abandonnait Plaisance pour couvrir Tortone, place importante, et assurer les communications de Tarraée avec la rivière de Gênes.

Manœuvrant pour recueillir la division Sërurier, isolée ou perdue dans les massifs du Gothard, au lendemain de Tévacuation de Lecco, Moreau dirige, le 28 avril, avant Taube, la division Grenier vers une route qui aboutit à Milan. La veille, des blessés et des fuyards ont jeté la panique dans cette ville, que Grenier traverse rapidement en poussant devant lui le convoi des équipages d'artillerie, attelé par les soins du général Debelle*.

Hatry s'était enfermé dans la citadelle de Milan avec 3 bataillons de garnison, 1.800 hommes. Bien approvisionné, on présumait que sa résistance serait longue, et qu'il pourrait immobiliser 8 ou 10.000 Autrichiens autour de la place.

Sorti par la porte de Verceil, le corps de Grenier

1. L'évacuation de Milan est ainsi rapportée : « Cette nuit est

f)arti le ministre français Rivaud et la majeure partie du corps é^isiatif. On a entendu le ranon. Les soldats républicains se retirent dans le Château. > {Minola Diario du 21 avril).

« 28 avril. A cinq heures du matin, l'armée, commandée par Aforeau, entra par la porte Tosa, traversa la ville, la place du Dôme avec environ 8.000 hommes infanterie, 22 pièces de canon de campagne, 40 caissons de munitions. La cavalerie, 1.000 honunes environ, se divise en 3 colonnes et passe la porte de Verceil. » {Miscellana PoUlica, 1799, p. H 6.)

« Quand Scherer et Rivaud et quatre des cinq Directeurs delà Cisalpine : Marescalchi, Sopransi, Vertomati et Franchi, eurent quitté la ville, emportant une parti du trésor du Gouvernement, seul, Adelasio, le cinquième Directeur, demeura. Il trouva grâce auprès des Impériaux en leur révélant où étaient cachés l'argent et les archives de la République. » (Arch. du Sénat, à Milan.)

1S2 Li:s r AMP ACNES t>K niK>

hâta d abord sa marche, sans qu'un seul ennemi se fût pourtant montré but ses derrières ou sur son liane droit, qui remonlait vers le nord. Il fallut ralentir, entre Settinio et Magenta, pour ne pas Hl>aiidonner les traînards, car des compagnies plient sous le poids de la i aligner. On passa, le soir, le Tessin aux bacs amarrés entre lîoll'alora el Trecate, sans qu'un accident se produisit* Derrière ce fleuve, les troupes campèrent sous un ciel étoile; elles levèrent leur c^mp, le 29.

C*est à Novare, le 30 avril, que Moreau apprend la reddition de St^rurier, en rase campagne^ 11 s indigne d'un pareil fait. Près deVerderio, attaquée de

L ÏUppt^rl de Senirlet il Milet-Mure^ii, minfslre du la Ouerrt.' : «. Vers les trais heures ftprès-midi du *i Rorcâl, j'eus avis que le^ ennemis inarfhftienlsviriïioi; versqvifitre liPiiresJ aperçusses culonTies el un Instant après la rusUlailf^ serigft^'ea avec mck avunt-posles ; à quatre heures et demie, j'ëlais attm^ué 8tir tous les poînls l'affaire était rtiaude; un preinter avantage que crurent avoir nos ROldals firent qu'ils s'-iband^mnèrent un peu; la cavalerie ennemie en profila et noits til en ce moment beaucoup de mal ; nous étions vigoureusement att^^fiuês de tout* c6lé« ; nos |?ena se défendaient de ni(>u)e; déjà, It'a earttmehcs commençaient n. nous manquer el il n'était pas enrore sis heures. Je n*en avnis pas une de réserve; laenvalerie. qui ^lîuaiîinait que, dans le terrain que j'oectjpaiî** elle n'aurait que de^ coups à rere%'oir, s*aj>ereevant que notre infanlerte faisait quelques i^risoimiers, char^^f H son tour et en fit beau<*(iup ; nous en avons prL*^ une quantité prodigieuse, que j'e^^time à au moins l.Kuo, et c'est avee leurs eartouchéM que nous icup avons pris G pièees de canon. Enfin» c'eat avec leurs munitions que je suis parvenu à les « hasser de tous les points, après leur avoir mii au moins 1.500 lnfurmes hors de comliat, dont au nmini ino rei^tés morts sur le champ de bataille,

« Ce jour eut été bien b«au pour nous si après res succès, nous n'avions éU obligés de r api tu 1er flej^ ennmni^ avaient n.*^OÛ hommes autour de nous, dont 8. 000 seutement ont romtmllij) et de nouH rendre prisonniers puîsqull ne re?^tait pas une seule gar^uuiàiïe, pas une seule car tour he par hoïTime et que, dfms cet état, nous sachant cernés par ries forces supérieures^ nous n*c lions* plus en ét^it iU faire aunme tmlrepdife mililnire.

* La ravîilerîe a fait (tes prodifreB. conduite par le général rie brigade Fresia, Nous avons à regretter près de 2UU hommes tant

front par Wakassowich, tournée et chargée par Iph 12.000 Russes de Rosenberg, ses munitions épuisées, la division Sérurier ne put se frayer un passage ou du moins neh^ tenta point.

Comment parer à ce coup, qui diminue encore son armée? Le général en chef retire de Lavino la brigade Guillet, dont faisait partie la 18* légère, si prudemment conduite par Soyez. Sans perdre un instant, il envoie Laboissièro, chef d'avant-garde, i-t Victor, sur la rive gauche du Pô qu'ils passent à Trino et k Casale. 11 marchera encore, de sa personne, avec la division Grenier, qu'escorte toujours un convoi d'artillerie, vers Turin.

0 le triste spectacle que le défilé des vaincus h travers la horde des maraudeurs ! La route est souvent encombrée de voitures chargées d'un butin précieux. Autour des équipages de tout modèle, que voit-on? Fournisseurs militaires enrichis du péculat, recrues non enrégimentées, éclopés et fuyards égarés loin de leurs troupes. Ces individus marchent en compagnie des Juifs sordides en leur lévite grise. Les suivent, des marchands génois, ceux-ci, hommes graves et vêtus de noir, misérables qui n'attendent pas que s'exhale le dernier râle des mourants sur le champ de bataille, pour fouiller les poches des victimes de la guerre.

En ce triste cortège des gens de rapines, on vend ou Ton échange, sur les carrefours du chemin, sur

tués que blessés. Le reste, qui monte au plus à 2.400 est rest*^ prisonnier de ^erre, par capitulation.

« Les corps qui ont combattu sont : 1" bataillon de la 21* lîe ligne, 2 bataillons de la 30° légère, la 1'" légère piémontaisi\

2 escadrons du 9" dragons, un corps do dragons j»icmontais et \ compagnie d'artillerie légère, du V régiment, qui n'avait que

3 pièces de canon. » (Arch. Guerre.)

iu

LES CAMPAÛNEfl DE 1709

les places des villages, dans les cairii^res servant d'abri : des objets précieux, des tableaux, des cruix, des armes; dépouilles du j>euple qu'on abaudoîîne,

iMais, sur Tordre des chefs de bataillons, on écarte de la route, à coups de crosse ou de baïonnette, les maraudeurs; et ces hordes de pillards s'échouent dans les fossés, se réfu^^ient dans h*s bois, ati milieu (les pleurs et des hurlements ; et lu troupe passée, les maraudeurs regardent anxieusement à Thorizon si les cosaques, (Fautres pillards aussi, ne vont pas surgir, les attaquer et les dépouiller, tellement ces larrons sont biches devant Tennemî,

Dans la retraite, Moreau sut toujours imposer ses volontés à Tarmée et aux habit anls qui se ré pan* daient on malédictionscontrelui. 11 fit, chaque soir, fortilier son caru[K 11 exit?(*a que les municipalitf^s lui founiisseiil des vivres. Au chevet des hlessés et des malades, le général en chef parut, donna des consolai ions. 11 ne dormil que pendant quelques heures, chaque nuit. Ses conseils ou ses ordres réglèrent les diiïérends survenus entre chefs. Aux vaincus, il parla de gloire, de patritïlisme ; il promit enfin une revanche et ranima les courages défaillants, tel Xénophon dans la retraite des Dix Mille. Sa confiance dans Ta venir le phu^-a si haut dans Testirne des ofliciers qu^:ïu le crul ah>rs iivHtiné k remplacer Bonaparte, et capable, une fois renforcé des continfrents alleudus de France i^t de Naples, de faire reculer l'iuirope liguée contre nous.

Le 2 mai, 86 pièces de canon que Débet le accompagnait, et les derniers pelotons d'une cavalerie mal montée, étaient passés sur la rive droite du Tessin, Un large obstacle les séparait d^s lors de Fennemi; et, après avoir goûté du repos, le dernier échelon se

dirigeait lentement vers Verceil. De ce côté, Victor qui était venu à marches forcées de Mortara, passait la Sesia le 3, devant la ville, en utilisant un pont de bateaux qu'une crue extraordinaire emportait h midi, au moment où arrivait la tête de la division Grenier.

Aussitôt, Vignolle allait reconnaître un gué, à 400 mètres en* amont du premier point de passage. Les troupes y passaient, les eaux ayant baissé, triomphant de difficultés qu'on avait cru un moment insurmontables. Trempées, harassées de fatigue, elles allaient coucher dans Santhia, Tronzano, Capriasco et Livorno-Piemontèse; mais Tarrière-garde, encombrée de munitions et de butin, ne pouvait traverser le fleuve qu'à six heures du soir et arriver dans Verceil*.

A Verceil, Moreau changea l'ordonnance de cette retraite si rapidement conduite jusqu'alors. La prudence le commandait, afin de couvrir, contre une incursion possible des cosaques, Turin et Alexandrie. Le corps de Laboissière, qui avait passé la Sesia à Candia, dans 2 bacs et sous le feu des insurgés piémontais, allait marcher vers le sud, franchir le Pô devant Casale, garder les bords du Tanaro. Et Victor, tirant ù gauche, le passerait plus haut, à Pontestura; ensuite, il s'enfoncerait dans les gorges du Montferrat et pourrait arriver, le 5 mai, sous les murs d'Alexandrie.

Le général Gardannc, dont le courage et la vigilance avaient été appréciés par Moreau, allait couvrir, du rideau formé par plusieurs régiments de

1. Arch. Guerre. Bulletin historique de Floréal, écrit par Dessolle.

LES CAMPAGNES DE iTflO

cavalerie, la marche du grand parc d'arlitlerie qui, parti de Morlara le 2 mai, campait le 'A autour de Trino vi roulait, le 4, vers Turin, Le 11^ corp^, ou division Grenier, niarclunl autisi vers Touest; le 4, h cinqheuresdu matiu, il quittait h'S cantonnements de SaïilIiiaetclieminail,sous nnf* pluie diluvienne*, ilans la boue qui couvrait les routes, pénible ntape, dure k dos soldats allant pieds nus. Arriv^ée à Chîvasso, u ne p a rti e d e ce 1 1 (* t ro u pe i^ re i ii t*'* e e t a iïa i n i * o , avait droit au logement chez l'Iiahitant ; l'autre partie envahissait les bourgs et villages qui s*étendent !e long de la Doire. Le fî, Gardanne pouvait couvrir d'un régiment de chasseurs rinlantèric formée en brigades nouvellement réorganisi^es, lesquelles allaient passer le Pô a Turin pour se diriger ; la V sur Verrua, lu 2' sur Villanova; elles |>renaient position, le 7\ à Casai e et à Asti, ne laissant à Setlimor'iemontèse entre TOrcti et laSlura di Lanzo, qu'une faible arrière-garde eliargt^e d'atteuflre rapparîtioo des premiers eavaliers russes.

Le gi^neral Péri gnou couvrant Gigues, Moreau allait garder la ligne Je la Bormida^ d'où il pourrait, en ciis d échec» s'enfoncer dans les Apennins si la roule du Mnnt-Uenis iHiiil inlerce]iti''eL Moreau i n ib r m a i t M ae d on a 1 il des m a u o h i v r e s d e l ' v ii n e m i ' ,

1. Le 7 mai, Grcmchy érrit n Pén^non. ^' Le ^ùnértil PtM'JiîniiTi prend Ir i^iiruiDandenieiit d«? k dniite de l'armée dool in \ï^t\ s'tllem! ilepuis iti mor, vers Gt^nes, jusqu'à SiîrravnlIeK Lt^ ^^t'^n^Twl Piïri|(nnii aura sou» ses ordres le général Lapoy[ic liveo Ja totalité lies Iroupci que cet orfiri^r curiiNiande et le générai l L?iboi*tsilure, qui passe s^jus son eumniandenient iivoi: :î.i)O0 tmmmes d'mraiiterie et 1 escFidron i\<* vhy&U'tU' U'irvrf pris diins la division d'avant-parde. Le resle de l'iivant-^'anl*^ puî^aera sous les ordrt^s de Virtifr. La ^énëraî Péri^min îiiira sotis ^et* or^ïre^ le?: genérHust de brip'ule MUî^nier ei Sainl-t^yr. ** i Arcli. Guerre.)

2. Moreau à Macdonald- « Turin, le 10 lloreaJ* ^ Je vihj^ prè-

Par exemple, pour conserver Turin, il commettait une grande faute, en distribuant des fusils neufs h la garde nationale de la ville, armes que cette milice tournerait, au premier jour, contre les Républicains. Toutefois, son choix fut bon en désignant le général Fiorella, un patriote italien, pour commander dans la citadelle où 3.400 hommes s'entassaient. D'autres forteresses du Piémont recevaient aussi du matériel, des approvisionnements et des garnisons. Sou varow éprouverait en vingt endroits, une grande résistance. Et, pour se mettre en mesure de l'arrêter, le général en chef écrivait aux généraux Montrichard et Gauthier de se joindre h Macdonald, si impatiemment attendu sur le Tanaro.

Une grande réquisition de chevaux nécessaires pour atteler le grand parc retarda le départ des équipages de Turin. Le 9 seulement, canons et voitures prirent la route d'Asti. Arrêté dans cette ville, Debelle attendit qu'un chemin lui fût frayé à travers les Alpes.

La division Grouchy, puis celle de Pérignon, troupes ayant gardé le Piémont et la Ligurie pendant que Scherer et Moreau livraient trois batailles devant Vérone et dans Vaprio, accrurent les rangs de Tarmée d'Italie. Le il mai, pour remplir de nouvelles dispositions, on forma sur la ligne défensive

viens, citoyen fçénérai, que l'ennemi se porte sur Modéne et fleggio. Il est incertain encore si son mouvement se dirigera sur l'armée d'Italie ou sur celle de Nnpies pour empêcher la jonction des deux armées. Dans toutes les suppositions, je vous engage le plus possible à hùler votre marche en Toscane et à réunir toutes vos forces afin de vous trouver plus en mesure d'opérer votre jonction. — Le général (iauthier el le général Montrichard. dont les forces réunies s'élèvent à plus do 8 000 hommes, se trouveront sous vos ordres et sont chargés de défendre les défilés de l'Apennin jusqu'à votre arrivée. r> (Arch. Guerre.)

ISP LES CAMPAGNE5 DE d7f»9

dm groupements plus épais. Désormais, entri* le Pu et le Tunaro aux eaux rapides et profondes, la droite occuperai Alexandrie et la gauche s'appuierait aux murs de Valence* La réserve serait groupée à S^an"Salvato^e pn'^s de Casale. Des piquets iraient battre restradcj deiTi<>re le Pô^

On publia dans les eamp^ un bulletin qui relatait rassassinatdes plrnîpolenLaires répiibticHÎnsenvoyéfï au Congrès de Hastiidt. crime accompli la nuit et alLribué aux hussards autrichiens de Szecler, Mais rinilifcnatinn sur laquelle complait le Directoire pour exalter le courage de ses soldats ne parut pas à Tarmée vaincue, tant la défaite avait t5moussé sa sensibilité. Devant cetle indifTérence, Moreau remettait il célébrer plus tard la cérémonie funèbre ordonnée en Thonneur des victimes. Il avait autre chose à faire, d'ailleurs, car une formitluble insurrection éclatait danti le Piémont, Dirigée contre les Français, elle allait seconder Faction des Austro- Russes ; mais à ses assassinats, on répondait par de terribles représailles.

i. LeUrt^ de Grouchy à Debeib (Ârch. Guerre).

Actes du nouveau roi de Sardaigne. — Conduite des FFancais ét;^ blis à Turin. — Suppression du droit d'asile. — D«:*snlli.i laliua de la Superga. — Le peupie se soulève conlrt* les HépubJitaius.

— Uranda Luccioni organise des bandes.— Cmsale se révolte. — Eçorgements à Cherasco. — Moreau se trouve* cnltniré d'ennemis. — Abandon du fort de Ce va. — (lEuvre de* coLonnt^â volantes. — Déroute des insurgés rassemblés devnut Jdondovi,

— Une route est ouverte dans l'Apennin. — Les Kusseâ menaient Valence.

Depuis la conclusion du traitr de (Iheraseo, (15 mai 1796), la Sardaigne avait cliangé de roi, Charles-Emmanuel IV, le nouveau prince, ne clii»rchant qu'à rompre une alliance consentie par son père, se plut à encourager, mais sr»erètGmt*nt, les manifestations dirigées contre l'étranger instatlL* chez lui. Devoir patriotique, qu'on ne saurall lui reprocher, après tout.

La difficulté de gouverner selon les traditions de la maison de Savoie augmentait chaque jour dans cet Etat monarchique enclavt^ entre quatre républiques : génoise, cisalpine, hi^lvcUiqiie et française. Malgré le roi, des révolulionnïiires tenaient club à Turin, y prêchaient contre le trône et contre la religion. Guinguéné, alors ambassadeur de France, dictait au souverain : << des mesures

u v wi n

ftO LES CAMPAGNE8 DK M^^

propres h maintenir les relations d'amitié entre les deux Klîils n. 11 le forçait aussi de désavouer publiquement des ministres trop zélés ayant exécuté les instructions secrètes donne'es par leur monarque. Or, tant de concessions accordées aux Jacobins le perdirent bientôt dans Topinion publique, et ses plus fidèles serviteurs, pluï^ieurs fois duj^és, Tabandonnèrent enfin a un sort funeste.

Lorsque le prince voulut ressaisir son autorité, il était Irop tard, Jouberl, maître de la citadelle, avait pris, pour parer aux premiers coups d'une révolte possible, des mesures extraordinaires; il avait m^me préparé un acte d'abdication que signèrent : Clausel pour le Directoire français et Raymondo de San-(ïermano pour le roi de Sardaigne, qui, sadéchi^ance publiée, le 1) décembre 1798, vit son palais entouré de baïonnettes pendant que ' s*6!evaient les cris di> joie d'une [topulace célébrant

sa ctnite, A dix beures du soir, Gliarles-Emmanuel quittait le palais royal ; iôU cavaliers français et

I jùémonlais escortaient sa voiture ; il allaita Parme ; I il abandonnait aux spoliateurs ses diamants, son

II argenterie et 7.0U0 pislnles en or. De Parme, il se I dirigeait vers Florence.

Cn gouvernement provisoire fut établi à Turin^ I/armée sarde dut lui prt^ter serment d'obéissance.

1. [ai preniipr pouvernement pri»visf»ïre flu Piémont, établi le f!) friitiRirt; un vi i M) di'^i'eiuliii? HUS], étaM iH'inposé de Favral, îloltDn f\v i\nMe\Umum[, Saînt-iMartifi ilc la Motte, Fasella, Bertol<UUi lint^Hi, Ccilla. Ffiva, liatin, a^ilhiii, ilralda, (iavalli, Baudisson, Itfîssi, Sîirton?^. Jl *'*"5sii ai*?; fonrlluri», li.' U umrs 1199. On le reni-

filaçl^l par une ♦ iiiiimission iliriKemilr di' \± membres, les citoyens : ollon, Ho^isi, SartiH'iïs, Favras, ReHuletLi, Siminn, Fasella, «îeymet, BoUfl, Bnîbi^, Avugraclo. de RernantL f Arih, du Ministère des Alla ires ti?lraïigèresii. Aflair(?s d'Italie, Registre 218, p. 387.)

Seuls, les chasseurs de Colli, commandé par des nobles, refusèrent de s'engager au service des hommes qui avaient renversé le trône. Cantonnés au Parco, à 500 mètres de la capitale, Joubert fit marcher plusieurs régiments contre eux ; on parvint à les désarmer. Leurs officiers quittèrent aussitôt le service pour aller, à travers les campagnes, fomenter la révolte. A ces officiers se joignirent des émigrés, des aventuriers et plusieurs amis de Priocca, premier ministre d'Emmanuel, qui fut emprisonné, puis envoyé en exil à Pise, où il ne devait pas tarder à mourir.

Le Piémont une fois tombé aux mains des rénovateurs, qui se promettaient de tout bouleverser, était partagé en 4 départements : Turin, Verceil, Alexandrie et Novi. La population était de 2.215.000 individus. Parmi elle, 400.000 citoyens formaient, à rexemple des Gaulois, leurs ancêtres, un peuple fier qui se refusait à subir, longtemps, la domination d'un étranger despotique.

On pouvait gagner facilement leurs suffrages en diminuant les impôts, en tolérant l'exercice de la religion catholique et en réduisant la durée du service militaire. Aymar, nommé commissaire civil auprès du Gouvernement provisoire, demandait sans cesse de l'argent, faisait incorporer des recrues arrachées par la force à leurs foyers pour garder, au seuil du territoire lombard, les frontières du Piémont. Des municipalités étaient organisées sans qu'on ait eu recours à l'élection; et, à des édiles souvent impopulaires, Aymar demandait leur assentiment à la réunion de leur pays à la

France ^ Ils le donnaient volontiers, ne voulant rien refuser à qui les avait pourvus d'un poste.

Dans le désarroi qui suit presque toujours un changement de gouvernement, la loi fiscale est crexécution difficile. Devant Tindifférence ou la mauvaise volonté des contribuables, on dut employer la rigueur; aussi l'agitation, dans les cam- [jîignes, n'en fit que croître, et la résistance au coll<'cteur des impôts s'organisa, dans cinquante communes, au son du tocsin.

Charles-Emmanuel quittait Florence, où le grandduc de Toscane Tavait traité avec beaucoup de dé- IVrence; il allait goûter, en Sardaigne, les amertumes de Texil. Mais, avant de débarquer, à Cagliari, h roi protesta contre les agissements du Directoire, r|ui Tavait fait chasser d'un pays qu'il pouvait si bien gouverner 2. Sa lettre, qui eut une grande publicité, lui donna de nouveaux partisans. Des mécontents souhaitent son retour parce que, le 2 pluviôse, les Républicains forcent les Piémontais de

1 . Les commissaires chargés de recueillir les adhésions se nommaient : Bonvicino, Gandolphi, Colla, Bossi, P. Avogrado, Geym et Cavalli. rArch. aff. <:;tr. Reg. 279, p. H2.)

2. « Charles-Emmanuel, par la Grâce de Dieu, roi de Sardaigne. — En suite des événements qui nous ont contraint de quitter nos I .tats de terre ferme et d'abandonner provisoirement l'exercice de notre pouvoir au gouvernement provisoire qui aurait été établi à Turin par le général en chef de l'armée française d'Italie, l'honneur de notre personne, l'intérêt «le notre famille' et de nos successeurs, nos rapports avec les puissances amies, tous motifs enfin de juslice et de convenance, nous obligent à protester, ainsi que nous protestons hautement en face de l'Europe entière, sur lesdits événements contre toute innovation quelconque et que le gouvernement provisoire établi à Turin aurait faite ou ferait à l'avenir.

<4 ... Il est facile à chacun de juger que notre adhésion à tout ce qui nous fut imposé par les forces prépondérantes confiées aux généraux de la Hépuhlique française en Italie n'a été que purement et provisoire et n'a eu pour objet que d'éviter à nos sujets du Piémont les malheurs que la juste résistance que nous aurions

célébrer l'anniversaire de la mort de Louis XVP. Aussi, en ce pays surexcité par tant de violentes passions, des émissaires autrichiens, trouvant un terrain favorable, ne tardèrent pas à pulluler.

Pour atteindre les protestataires, pour saisir dans des refuges restés jusque-là inviolables quelques conspirateurs, le gouvernement provisoire rendit, le 7 février, un décret qui autorisait la police à faire ouvrir les portes des sanctuaires.

« Le Gouvernement provisoire, considérant que le plus sûr moyen de prévenir le crime, c'est de lui ôter Tespoir d'échapper à la peine décrétée par la loi. Que rimmunité locale ou bien les asyles qui datent leur époque des siècles vandaliques n'ont d'autre but que celui d'aider les coupables à se jouer des lois et de doubler le nombre des crimes. Que ces asyles outragent la divinité en la présentant sous Taspect favorable au crime. Que dans un Gouvernement qui ne connaît d'autre appui que la Justice et l'Egalité aucun de ces privilèges ne doit rester en pied; que les criminels doivent être saisis

pu opposer n'aurait pu les préserver, ayant été surpris par une attaque imprévue. De la rade de Cagliari, le 3 mars 1799. » (Archives diplomatiques de Turin.)

1. « Au quartier général d'Alexandrie, le 20 janvier 1799. — Le commandant de la place Vital, aux officiers municipaux de la commune d'Alexandrie. — Je vous préviens, citoyens, qu'en consé- 3uence des ordres de TadJudant-général Flavigny, il sera célébré emain, dans cette place, l'anniversaire de la mort du dernier roi des Français, et que, pour mettre plus d'ensemble à cette célébration, je vous invite à y assister, afin d'y donner par votre présence plus d'éclat et plus de solennité.

« Je vous prie de référer la présente aux autres autorités constituées de cette commune, en les invitant de coopérer à cette fête. J'aime à me persuader d'avance de l'enthousiasme avec lequel vous y assisterez et de la pompe que vous y apporterez pour la rendre plus frappante que faire se pourra aux' yeux de tout le peuple.

<i Vous voudrez bien pareillement inviter le commandant de la Garde nationale à founur 50 hommes pour le même but. » (Cenlenario délia Battaglia di Marengo^ I" vol., p. 194.)

lf# LE^ CAMPAGNES DE 1799

dans tûos les Iîplix, quels qu'ils soient, décrète :

u Article premier. — L'immunité locale ecclésiasliquo est abolie. Il n'y a aucun lieu de sûreté pour lîi violatiuii de la loi ;

u Art. 2. — Les individus qui jouissent actuellement do cette immunité en jouiront encore pour Tespace de quinze jours, à venir, à dater du 17 nivùse; consér]iicinïnent, on leur accordera un saufcoiiduit pour ledit espace ;

w Art, 3. — Ceux d'entre eux qui ont procès pendant k cette cause, c'est-à-dire s'ils doivent ou non jouir de rimmunité, dans le cas que le décret leur déeerno le droit d'asyle, on leur expédiera aussi un stiuf*coriduit de quinze jours, comme cidessus \ï>

Après la promulgation de ce décret, on disait, à Turin, que le premier appel à l'insurrection allait être poussé dans le cloître des capucins de la Super^a. Or, IVapprT les moines, transformer leur église en panthéon républicain, donnerait satisfaction aux démagogues. Le Gouvernement décréta encore :

t* Arr4!!Lé du 17 nivôse :

a Article premier. — La Congrégation des chanoines de Supcrga est abolie et ses fonds sont dévolus aux finances nationales. Le Gouvernement se réserve de statuer sur les pétitions particulières des citoyens qui composent cette congrégation;

a Art. 2. — Tous les emblèmes et inscriptions qui rappellent le souvenir des faits à l'érection lie ce monument seront effacés 2;

i. Arch. Air. Hr. Ke^'istre 279, p. 20.

*2. Cette éj^ïise éïûvée par ordre d'Amédée 1", en 1706, pour rticcom plissement du vœu qu'il avait fait à la Vierge, si les Fran-

« Art. 3. — Les souterrains seront purgés des cendres des rois et des princes qui y sont déposées. La municipalité de Turin établira sur le mode d'exécution de cet article ;

« Art. 4. — Le temple de Superga sera appelé le temple de la Reconnaissance ; y seront déposées les cendres des patriotes piémontais morts pour la cause de la Liberté et des hommes illustres qui en seront jugés dignes. Les noms des patriotes seront inscrits sur une colonne; le Comité des Affaires intérieures concertera le mode d'exécution avec Tarchitecte national*. »

La violation des tombeaux de la Superga fut un crime qui eut dans Tltalie un douloureux retentissement et qui alluma en Piémont une guerre civile atroce. Partout le peuple saisit ses armes-. Bientôt le fer et le feu désolèrent les campagnes. Chaque parti répandit, par représailles, des Ilots de sang. Plusieurs fois entourés, inquiétés jour et nuit, trahis souvent par leurs guides ou par leurs hôtes, ce ne fut qu'au prix de grands sacrifices en hommes que les Français purent conserver un territoire sur lequel les Austro-Russes allaient leur livrer des combats acharnés.

çais levaient le siège de Turin, est bâtie au sommet d'une colline qui domine la capitale. C'est dans le souterrain de cet édifice que se trouvent les tombeaux des rois de Piémont; parmi eux, celui de Victor-Amédéc.

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