‹ Les campagnes de 1799. Souvarow en ItalieChapitre 3 sur 112 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Politique de Catherine II. — Avcnenieni du czar Paul 1". — La Russie refuse des secours à l'Autriche. — Pitt parvient à former une quadruple alliance. — Souvarow reçoit le roniniandenient des troupes. — Marche de l'arniée russe' à travers les Etats mtrichiens. — Revue passée à'Brunn. — Rosenberg prend ses antonneoients d'hiver sur la rive franche du Danube. — >sseins secrets du czar. — Le maréchal Souvarow arrive en lie.

Catherine II s'était montrée, soudainement, Tirréconciliable ennemie de la Révolution française. Pourtant, sa conduite, jusqu'en 1790, indiquait l'existence, chez celte souveraine, du libéralisme le plus éclairé. En effet, elle avait honoré Voltaire de son amitié, reçu les confidences de Diderot et comblé le baron Grimm de faveurs. Même la czarine voulait faire imprimer Y Encyclopédie à Saint-Pétersbourg, après avoir chargé Laharpe, un républicain genevois, d'instruire ses petits-fils, les princes Alexandre et Constantin.

En 1793, des conseils ou des craintes la dirigeaient; elle ne voulait point que les sujets de son immense empire pussent s'inféoder aux théories

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nouvelles, et l'impératrice dicta, contre quiconque les propageait, des lois d'exception.

A cette époque mémorable, sa politique extérieure devient incertaine. Après avoir cherché, pendant trente années d'un règne glorieux, le chemin de Byzance, elle n'y persévère plus en 1794. Zouboff, son premier conseiller, lui fait tourner les yeux vers Test; il lui révèle qu'elle peut, à une époque si troublée par la guerre, dominer l'Europe de toute la formidable puissance de la Russie rénovée.

Son attitude belliqueuse, ses déclarations aux ambassadeurs, forçaient Thugut, devenu le premier ministre de François II, empereur d'Allemagne, à refuser, en 1796, les propositions d'une paix acceptable, paix demandée par le Directoire de la République française, dont l'armée d'Italie, que commandait Bonaparte, occupait les Etats vénitiens.

Catherine II, exaspérée de voir les Polonais, ses nouveaux sujets, jusque-là contraints aune passive obéissance par un régime de fer, pousser à l'appel des Français leur cri de guerre et se montrer décidés a rompre leurs liens, au nom du droit des nationalités et à reconquérir leur liberté, publia un édit qui, aussitôt exécuté, diminua le royaume de milliers de proscrits. Des l'chafauds s'élevèrent, mémo en Lithuanie, et les baïonnettes moscovites curent à maintenir l'état de siège dans quelques provinces.

Des garanties de paix lui ayant été données à la suite d'une guerre engagée contre les Turcs et contre les Suédois, l'impératrice ordonna qu'il fût distrait, en octobre 1796, de son armée enfin

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réorganisée', un corps d'élite, de 60.000 hommes. Or, cet événement inquiéta les chancelleries des petits États allemands, chancelleries où quelques diplomates se demandèrent si la czarine soutiendrait désormais les troupes autrichiennes vaincues de nouveau à Castiglione, à Bassano et devant Mantoue ou châtierait le roi de Prusse, Frédéric- Guillaume II, qu'on accusait alors, à Saint-Pétersbourg, d'avoir abandonné lâchement, Tannée précédente, cette coalition des rois signée dans Pilnitz, en 1791. Des journalistes ^ avaient signalé la marche

1. On avait pris le régiment pour base d'organisation, à 2 bataillons de 5 compagnies chacun. Chaque régiment de grenadiers avait 10 compagnies, plus 2 compagnies de pontonniers. Les mous-

3uetaires, également 10 compagnies, plus 2 coippagnies degrenaiers. Le régiment de cbasseurs était à 2 bataillons de li compagnies. L'effectif des compagnies variait de 150 à 200 hommes, sauf dans la garde. Ainsi, le régiment de Préobaschenski avait 4.615 hommes. Les cuirassiers avaient 5 escadrons à liO hommes chacun. Les dratfons, 5 escadrons à 150 hommes. Chaque régiment de hussards et de cosaques était formé de 2 bataillons, chaciue bataillon de '6 escadrons à 150 hommes L artillerie formait 90 groupes. En n9S, î'armée russe comptait : Garde, 3 régiments d'infcuiterie, 3 de cavalerie, 1 d'artilleurs-pontonniers: 14.261 hommes. Les troupes de ligne : 13 régiments de grenadiers, 68 de mousquetaires, 20 bataillons de chasseurs, 19 régiments de cuirassiers, liJ de dragons, 9 de hussards. 2 de cavalerie légère, 2 régiments de cosaques réguliers, 24 bataillons d'artillerie de campagne. Total : 279.162 hommes. Plus une réserve des troupes de garnison de 93.442 hommes. Total général : 386.865 hommes (Geschichte des krieffes Russlajiils mit Frankreich, par Danilewski, 1"' vol. p. 63-64).

2. « 11 se rassemble dans le duché de Lithuanie,une grande armée qui doit en imposer aux puissances du Nord qui paraissent avoir pris ombrage de ces grands préparatifs de guerre que fait la Hussie contre les Français. La Russie a demandé une réponse décisive de la part de la cour de Berlin pour savoir si Sa Majesté prussiemie veut encore plus longtemps observer sa neutralité ou si elle veut enfin accéder à la coalition ; et, dans ce dernier cas, on lui demande un contingent de 50.000 hommes qui seront commandés i>ar une puissance étrangère. Mais si, au contraire, la Prusse restait fidèle â son système de neutralité, la Russie ne négligerait rien pour empêcher i|ue le roi de Prusse s'immisçât dans les atlaires. soit comme médiateur, soit comme intéressé. » {Le Mi'ic/fre universel du 2 novembre 1796. Publié à Vfiupsovie, par le chevalier Paoli.;

de cette armée quand, le 18 novembre, une attaque d'apoplexie précipitait Catherine II dans la tombe.

A cette femme active succédait un prince peu connu qui révéla un naturel inquiet et son indignalion d'avoir été, sous un long règne, tenu éloigné des affaires publiques. Il mit en disgrâce les favoris de sa mère. Quelques-uns étaient pourtant d'habiles conseillers.

Point belliqueux en recevant la couronne, il faisait annoncer, tout de suite, à l'empereur d'Allemagne, qui recherchait son alliance, le désir qu'il avait de rester neutre* ; déclaration qui fut bientôt suivie de la conclusion, entre deux des puissances belligérantes, d'une paix boiteuse, préparée dans Léoben et signée à Passeriano; la paix de Campo-Formio.

De Frédéric-Guillaume III, il recevait une lettre, écrite le 5 février 1797, dans laquelle ce monarque affirmait les sentiments de son inaltérable amitié, comme nouveau roi de Prusse, au nouveau czar. Un si grand hommage, fait d'un homme réfléchi, devait disposer favorablement la cour de Hussie envers la cour de Berlin; mais le czar ne répondit point h de nouvelles avances présentées six mois plus tard, pour ne pas froisser François H, qui, s'em ployant activement à contrecarrer les projets de la Prusse, voulait conserver une prépondérance

1. Le 4 iléceiiibre iliMi, le comte Ostennann êcril à M. de Coben/J, ministre à Saint-Pétersbourg : « L'empereur ayant pris connaissance de la résolution de feu S. M. l'impératrice, non aupuste mère de glorieuse mémoire, d'envoyer un corps de ses troupes pour agir de concert avec celles de ses alliés dans la guerre présente, au moyen des subsides qui lui seraient fournis pjir le roi de la Grande-Bretagne, se voit à regret dans le cas de déclarer ne pouvoir suivre l'etTet de cette résolution. » (Arch. russes, du Ministère des Alfaires étrangères.;

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absolue sur les grands-duchés allemands, représentés aux conférences aussi laborieuses qu'inutiles de Rastadt.

Ces pacifiques projets de Paul P"* no devaient, hélas! pas durer. Quelle fut donc la cause de ce brusque revirement? Mais l'arrivée dans son empire du comte de Provence, qui avait souffert la honte d'être expulsé de Vérone, par ordre du Doge, le 21 avril 1796^ Aussi le spectacle de la misère que traînaient les émigrés accueillis par lui comme des amis 2, « met dans son cerveau » la croyance que Dieu l'avait déjà désigné pour préparer l'armée de Condé à reconquérir la France, pays dont les frontières étaient fermées aux partisans actifs de Louis XVI 11 depuis 1798. Et la Restauration des Bourbons devait (Hre une œuvre qui, pensait-il, lui vaudrait une considération universelle.

Pitt négociait des traités, qui, signés,. unissaient dans une alliance offensive : la Russie formidable, TA utriche abaissée par la dernière guerre, la Turquie affaiblie par le traité de Jassy et la Grande- Bretagne restée, après plusieurs batailles navales, la maîtresse des mers. Un article du traité général portait que les flottes russo-turques, naviguant dans la Méditerranée, y poursuivraient les navires français et bloqueraient les ports du littoral.

Dès lors, sur terre, la campagne se prépare. Une armée russe, formée de Télite des troupes impériales, se rassemble autour de Kiew. L'Autriche commence ses armements et déjà convoite la pos-

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