‹ Les campagnes de 1799. Souvarow en ItalieChapitre 48 sur 112 · MANOEUVRES DE SOUVAROW · texte numérisé non relu

MANOEUVRES DE SOUVAROW

Séjour à Turin. — Nouvelles mésintelligenres survenues entre Russes et Autrichiens. — Arrivée du général de Bellegarde. — Rassemblement des alliés devant Alexandrie. — Le mauvais temps retarde les opérations. — .Marche vers la Trebia. — Chasteler se porte de Stradella à Sarmato. — Entrée en ligne. — Les Français sont vaincus et harcelés — Projet d'attaque pour le 18 juin. — Choix des mots d'ordre. — Bagration commencera Tattaque.

Souvarow était entouré, dans Turin, d'une espèce do cour assez frivole qui exaltait ses vertus et sa gloire. L'encens des courtisans royalistes, Fadulation de ses généraux et les acclamations du peuple le grisèrent. Il se crut un autre Alexandre, et sa suffisance lui dicta le projet de franchir, avant que Télé ne fût fini, ces Alpes imposantes, qui profilaient au loin leurs cimes blanches. Sitôt en France, le vainqueur comptait bien exterminer jusqu'au dernier des athées et tout saccager. Mais, avant de partir, il réclame à la municipalité de Grenoble la personne sacrée de Pie VI '.

1. Il avait déjà écrit, le 12 mai, à cette municipalité : « Vous saurez informer votre Gouvernement que la volonté de Sa Majesté Impériale et Royale et relie de Sa Majesté l'Empereur de toutes les Russies est qu'à dater d'aujourd'hui jusqu'à quinze jours Sa Sainteté le pape Pie VI soit conduite avec tous les égards et la précaution due à son éininente dignilé. par vous, jusqu'à Turin. Les têtes (le 10.000 Français répondront de votre exactitude à déférer

Dans sa fureur religieuse, à quiconque voulait gagner le ciel, il accordait le droit de tuer un jacohinL Son exaltation contre les Républicains friiïiait la dénience. Des Piëmontais redoutaient son pouvoir. Ce défenseur si zélé du trône ruinait sans vergogne un pays qu'il avait pris sous sa sauvegarde. Il faisait^ tous les jours, emprisonner et rouerdecoups des citoyens assez hardis pour réclamer contre le brigandage des cosaques, ces cavaliers, lâchés comme des bêtes fauves à travers les campagnes. Des soldats autrichiens se montraient aussi grands pillards-'. Et c'était dans ce temps que le roi de Sanlaignf nommait Wasiliewitch, prince héréditaire Italisky- H demandait même à servir en q milité de général, sous les ordres du vieuxguerrier.

Cette singulière condescendance de Charles- Emmanuel, divers actes du Gouvernement provi-

à relie réi^uiaîtitm et ai, conlre toute attente, elle restait sans effet, Unis if'iî vilInjLresct villes, y compris Marseille et Lyon, seront mis â feu cl k sang, v {(kizette dt^ Francfort, 30 mai 1799.)

L En PîémoEil, on prntncltait le ciel à celui qui assassinerait un Franrai^ ou Lin patriote: i<u «lésiffnait par son nom tel ou tel imlivitlu ilonl il fallail con^rjuiiner la ruine, et c'était dans la chaire et dtms le IribimaJ de la pùnitence que des ministres* d'un Dieu de [tais ordonnaient, en sim nom, tous les crimes; et comme si Souvarow efil craint que l'innuence des prêtres eût été trop faible tiur \ps e^sprils, il donnait à qui la voulait la permission écrite et signée d** sa umin de tuer 1rs jacobins et de saccager leurs maisona* * Ltn'el onmibits Jacntinus, occidere el dominibus sœctindure *> (Arch. mit., XV v, 1684. Uulhière à Bonaparte).

2. L'arrtiinrélre Frutaï'.. du pays d'Aoste, écrivait : « La vallée d'Aotite ne mi pus plus heureuse sous le pouvoir des armées de l'empereur de ïiussie que sous le Gouvernement républicain. Les fuurnilure? ejiiessives quil fnllut faire pour Tentretien des troupes autrichiennes appauvri reul tellement le pays que les denrées se vendaient k un pni exri'^t^ir ^lutre les usurpations militaires que les parlicu liera souffrirent dans les lieux où le régiment Kinski était stationné. Les ronîribuliuns pour la troupe impériale étaient exigf}es avec la dernière ri^uKinr. > {La Terreur sur les Alpes, p. 159.)

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soire piémontais, aussi les malveillants propos des Russes disant aux Autrichiens :

(( — Sans notre secours, les Républicains vous auraient reconduit jusqu'à Vienne, à coups de plat de sabre... »

Indisposèrent encore M. de Mêlas. Ses soldatî^ répondirent à des soldats russes :

« — Moreau vous a battus près de Valence et h San-Giuliàno. »

Après les épigrammes, les insultes. Des duels s ensuivirent; et, sans l'arrivée de Tarmée dr* Naples, les alliés en seraient venus aux prises, par régiments.

A Tannoncedu péril, Souvarow se ressaisit et mil la plus grande énergie h faire se reconcilier les Austro-Russes, afin de pouvoir combattre cnergiqueniont Tcnnemi commune 11 mit de Ténergie et

1. Souvarow, sur les rapports qu'il reçut de Kray et de Ott, sur les (lires des liabitants et des espions^ que l'armée de Naples, d'après une lettre interceptée de Dessolle à Moreau, était forte de n.OOO hommes, sans compter les divisions Victor et Gauthier, était en Toscane, voulait déboucher sur Modène et Plaisanct% résolut de rassembler des forces entre Alexandrie et Tortone pour enipêcher la réunion de Macdonald et de Moreau.

En conséquence, Wukassowich reçut l'ordre de se porter de Ce va à Alba, d'étendre ses postes par Mondovi sur Gino. Lusignan, qui était vers Fenestrelle, les divisions Frohlich et Fôrster* qui étaient près de Turin, se mirent, le 8 juin, en mouvement pour se porter à Asti.

Valence, où il y avait un grand dépôt d'artillerie, était mise en bon état de défense, pourvue de \ivre8 pour deux mois; les citadelles de Milan et de Pizzi^hettone pour trois mois. On fit enlever de l'arsenal de Turin les pièces de campagne, les fusils, les munitions qui n'étaient point nécessaires au siècle de la citadelle. Les tfttes de pont de Valence, sur le Pô, de Bassignana, sur le Tanaro, furent pourvues d'artillerie.

Raim, avec 9 bataillons, 6 escadrons, 2 régiments de cosaques et 2 à .3.000 Piémontais rnssemblés et armés à la hâte, devait faire le siège de la citadelle de Turin, dont le colonel du génie Haerting et le colonel piémontais Freilen dirigeaient les travaux ; le lieutenant-colonel Rufini. l'artillerie piémontaise, de laquelle oîi

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non du talent, car, sans les lenteurs de Moreau, sa manœuvre devant la Trebia l'eût conduit k un il ésasl re i r roméd iab le .

I Heureusement que le général Bellegarde arri-

I vhU des (;rist)ns. Sa division allait garderie terrain

situé «ntre la Bormida et la Scrivia. Pendant qu'elle s'échelonnait, le rassemblement des corps disséminés autour de Turin s'opérait avec une lenteur qui exaspéra le généralissime. La mauvaise volonté, du paysan spolié, à seconder les soldats; Fétat du ciel qui ilévejse îles torrents de pluie, nuit et jour; la désertion îles volontaires italiens se refusant à encourir, pour une peccadille, le terrible châtiment du knout; h durée d'une campagne que Paul P** trouvait trop longue, rendirent Souvarow encore plus alrafjilaire. Il s'en prit à M. de Mêlas et à Chaslêler des lenteurs de Tarmée. Chasteler était pourtant ^a créature et un homme d'action qui travailla, du 5 au 23 juin, vingt-deux heures par jour, se baltit, exposa dix fois sa vie et sut maintenir, pendant un mois, la bonne harmonie entre les oftîeiers russes et allemands.

Les troii[>es austro-russes, retirées du Piémont et des Apennins, se réunissaient, le 15 juin, devant la place d'Alexandrie; mais l'état-major attendait les pontons qui, construits à Valence, remorqués sur le 1*6 et sur le Tanaro, avaient été mis à terre.

avait rasspmbJé une vingtaine d'officiers et 200 canonniers, y lU-v aient u^iilenient être employés.

Le» ros;if|n(!!« furent envoyés à Suze, La Pierosa, Savigliano, Saliiî'ïu, Fussftinii, dans le cas où des forces supérieures viendraient dft Fmnce. Ils devaient se défendre dans les campagnes, dans les vilk»s, dans lejj cîitadeiles, jusqu'au retour de l'armée autrichienne. (tlhasteJer, p. B1, b8 et 89.}

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près (le Moiitccastello, la veille, à onze heures du soir, car on ne pouvait les faire entrer dans la Bormida, Tembouchure de cette rivière étant battue parle canon des Français gardant la citadelle d'Alexandrie. Il fallut donc transporter cet important matériel, en suivant des chemins défoncés, jusqu'à la Bormida, considérablement grossie et qu'on voulait passer au point dit les «Cinq Cèdres», devant Marengo, pour se rendre à Tortone.

Par les réquisitions, on ne put obtenir que 3 chariots. Souvarow obligea les soldats à transporter les pontons dans la nuit du 14 au 15. Des compagnies s'attelèrent aux bateaux démontés, cheminèrent sous la pluie, dans la boue, en proférant des jurons. Le généralissime les voulut encourager, non seulement de sa présence, mais de ses efforts personnels, et, pour activer la besogne, il prodigua aux hommes qui n'avançaient pas assez vite, à son gré, des coups de canne.

Ce fut le 15, à dix heures du matin, que le génie commença la construction d'un pont. A cinq heures du soir, l'avant-garde passa la Bormida. Le soir, le gros de l'armée installait ses bivouacs autour de Torre-Garofoli. Les éclaireurs poussaient, après avoir passé la Scrivia dans des barques, devant Tortone, jusqu'à Pontecurone*.

Pendant la nuit, le ciel s'éclaircit. Un vent d'est durcit la boue des chemins, ce qui facilita la

1. Le corps de bataille des Austro-Russes était composé de : avaot-çarde du prince Bapation, 2 régiments de chasseurs, 4 de grenadiers, 6 escadrons de Karatschay-dragons, 4 régiments de cosaques ;

Centre. Division Frôhlich, 7 bataillons de grenadiers, 3 bataillons de Frôhlich (ci-devant Wartensleben), 6 escadrons de Lobkowitz-

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marche des Autrichiens arrivant, dans Taprès-midi du 16» ontrn Casteggio et Casatisma. Là, pour éviter iino surprise que pouvait, dans un pays couvert, préparer Tennemi, Bagration, chargé de conduire ravïint-garde des alliés, échelonnait sa troupe, rondiie très mobile, du bord du Pô jusque vers les premiers contreforts de TApennin, en des massifs boisés qui serraient la route, à droite. Sa cavalerie poussait droit devant elle, en reconnaissance, arrivait au delà de Broni et rapportait, vers minuit, que *^ rien d'anormal n'était à signaler » à riieun^ m^me où les Français allaient s'ébranler pour se rapprocher du Tidon.

Le 16, à six heures du soir, près de Montebello, Souvarow retint un rapport écrit de la main du yéni'rul Oit. L'évacuation de Plaisance, l'abandon des lignes d<* la Trebia et une retraite précipitée, arrêtée seulement par une grande force morale, derrière le Tidon, alarmèrent le maréchal et lui parurent de graves échecs. 11 n'en modifia pas, pour t^ela, It^s ordres de marche déjà donnés pour le lendemain. Logé dans une maison élevée au pied de ce monticule qui porte Montebello, il s'éveilla après minuit, se plaignit à Prochka que ses blessures le faisaient souffrir. Avant que l'aube n'eût paru, il (ît appeler Chasteler et lui donna des iiislruclîons; il termina :

dnigoii*» Divisioa Schweikowski, 2 bataillons de grenadiers, 6 bâtaiiïons d'infanterie, 6 escadrons Levenher-dragons ;

La ilivisioii *ïU. qui reculait devant les Français, était composée iW i à biLlnillnns Nadasky, 3 de Mitrowski, 1 dé Banater, 4 compagnies de chasseurs d'Aspres, 8 escadrons Archiduc-Joseph-hussards.

Tûlal des forcn>« de 1 armée d'opération : 31 bataillons, 26 escadrorts, -l compajLfnies de chasseurs et 4 régiments de cosaques, 2a.4i« fanta^jims, 6.586 cavaliers. (Chasteler, p. 93.)

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