Rapport do Mêlas
BATAILLE DE LA TREBIA 2fi7
de la chaussf^e. Mais, adroite, Olivier marche toujours, si bien qu'il emporte les premières maisons (\o San-Nicolo et voit surgir, à Touest, la division Watrin. I
A onze lieures et demie, Mancune, aide-de-caiiiji du général Watrin, avait traversé, vers l'embou- *
chure delà Trebia. Aussi audacieux que Salme* il |
conduisait 20 chasseurs, les mieux montés du i
iO' régiment, (^es braves, faisant soudain irruption d'un marécage, se précipitent sur 60 artilleurs aul richiens auxquels ils prennent 2piècesde canon, puis ils gagnent rapidement un abri. Plus à gauche, Jticquelin stimule le courage des grenadiers de la 6'^^ Un pi^emier groupe, conduit par le capitaine Potard, ^
s'avance à travers le feu de 2 pièces d'artillerie, niel Tennemi en désordre, lui prend un canon. Potard j|
tue plusieurs Russes et fait des prisonniers. Une I
autre compagnie, dirigée par le capitaine Dufeux, .
enlève 2 pièces d'artillorie pourtant soutenues juir J
i bataillon autrichien. Ensuite les 2 bataillons dn <
la 62'' heurtent de froul le régiment Banater, le |
chassent d'une position très forte naturellement, I
s'emparent de 10 canons dont les chevaux d'attelii|ie c
ont été tués et mettent en fuite, entre des bosquets, l
plusieurs bataillons surpris d'une aussi brusque \
attaque ; et renforcés, munitionnés et grisés de huu' succès, ils prennent à peine le temps de respirer un moment. De cette troupe, Watrin forme 3 colonnrs. La 1'" marcherai la droite d'Olivier et à sahauteur, si cela est possible; la 2 ira droit à Santimento ; la 3*" longera le Pô. Ces colonnes seraient allées jusqu'au Tidon; elles auraient tourné la gauche des Autrichiens : elles auraient pris l'ennemi h revers et
remporté la victoire, si une immense clameur, signe précurseur de la déroute, en s'élevanl du champ de bataille, ne les avait tout à coup arrêtées.
Monlrichard, qui eût pu se placer entre Fôrster et Ott, prendre la direction de Campremoldo-di-sotto, seconder à la fois Olivier et Victor, n'a pas montré Tardeur nécessaire pour triompher. Ses troupes avaient franchi la rivière sous un feu violent; 25 tirailleurs de la 5'" légère s'emparaient de 2 canons; derrière ces tirailleurs, le régiment se déployait, se mettait sur une ligne, marchait droit devant lui, puis se tassait, s'exposait au feu d'une batterie ; 2 des pièces de cette batterie le battaient de front et 4 de ilanc. Alors les 3 premières compagnies du 2" bataillon marchent à l'assaut de la position occupée parle bataillon Wouwermann ; 100 hommes tombent àla première décharge des Autrichiens; les autres s'arrêtent, ne sont point soutenus dans cette épreuve.
Montrichard a groupé ses autres troupes derrière la r/ légère. Comme si sa pensée était ailleurs, il ne donne point d'ordres; il regarde tomber ses soldats, qui ripostent faiblement aux Allemands. Au lieu d'exciter leur ardeur en se plaçant à leur tête, en les jetant sur l'ennemi, il laisse le temps au prince Liechtenstein d'amener les dragons de i.obkowilz et de charger h travers les fossés et les vignes, les2divisions de l'aile droite française. Olivier tient ferme; mais Montrichard se laissa prendre à revers. La 5" légère, dont le gros, enfin rallié, occupait un tertre, ne se défendit point; elle s'enfuit ^ Cette demi-brigade eût péri tout entière sans
1. Ch.'itaifînier voulut se justifier. Il écrivit : « Dans le temps où la première décharge de Tenuemi mit, dans mon réj^iment, plus
le dévouement de 80 chasseurs du 19' régiment qui, obéissant au commandant Peyrot, chargèrent 200 chevau-Iégers autrichiens marchant pour hacher rinfanterie en déroute, et les repoussèrent. Les autres corps d'infanterie suivent les fuyards, malgré lesexhortations deMonlrichard qui, en voulant les contenir, reçut une grave blessure. Liechtenstein voit 5 chevaux tomber sous lui, et ses escadrons fondent à vue d'œil; néanmoins, il continue à frappera
de. 100 hommes hors de combat, un corps nombreux de cavalerie sortit du bois, parut sur notre gauche, chargea 150 cavaliers seulement que nous y avions, fit de suite un demi à gauche et charfea sur notre gauche. Ce nouveau danger, le feu si vif et soutenu e Tennemi firent quelç|ue impression sur l'àme du soldat, dont la plupart étaient conscrits, et je vis sur toute la ligne, comme d'un mouvement spontané, presque tous les corps faire demi-tour. Le 25" régiment de ciiasseurs à cheval, faisant partie de la division Olivier, resta courageusement à son poste, à la droite, et les 3 compagnies de carabiniers de la 5* et celle de grenadiers de la 68", placés en deçà de la rivière avec 2 pièces de canon et 1 obusier, à une distance'de notre gauche, en firent de même; ils culbutèrent une colonne d'infanterie et rie cavalerie qui voulait nous tourner, ce qui les empêcha de nous poursuivre. Je ralliai environ 800 hommes de divers corps, dont je ramenai la plus grande partie sur le bord de la rivière et où les tirailleurs se battirent jusqu'à nuit close.
« Il ne me convient pas et mes connaissances ne sont pas assez étendues pour dire ce que l'on aurait dû faire, mais il me semble que si l'on eût étendu une ligne de tirailleurs, que l'on eût cherché à tourner l'ennemi par ses ailes, qu'on eût fait passer la rivière à une demi-brigade, a un mille plus haut que nous, puisqu'il y en avait plus de 3 de notre gaucne à la droite de la division Rusca (c'était Victor) et que, sans celte lacune, l'ennemi n'y aurait que
3uelc|ues postes, qu'on eût mis 1 bataillon avec 2 pièces de canon erriére le restant (qui bordait la rivière), qui était entre nous et les carabiniers, cela eût protégé le pnssage, arrêté l'ennemi et facilité singulièrement le ralliement des troupes; mais on ne songea point H une retraite possible. » [Affaires de la Trebia. Arch. Guerre.)
1. Le prince Liechtenstein écrivait, le 21 juin, à sa mère et à sa femme, en allemand : « Je vous écris à toutes les deux, étant encore trop fatigué pour le faire séparément. Vous avez dû apprendre, par nia lettre du l.'i juin, que j'ai été désigné pour servir sous les ordres de Souvarow et de Mêlas. Le 16, ils arrivaient à Voiçhera, où je me trouvais de bon matin. Nous marchâmes vers Stradella, et, le soir, j'ai assisté à quelques légères escarmouches.
i?0 LES CAMPAGNES DE 1799
Grâce h son courage et à sa tactique, Frôhlich peut remettre en ligne et ramener au combat une infanterie qui aura raison enfin des dernières résistances d'Olivier.
Au moment d'être attaqué par des forces consi-
Eu revanche, nous eûmes, les 17, 18 et 19, de très chauds engagements. Le maréchal était enchanté de sa division, quand il iut légèrement blessé et obligé de me confier le commandement. Le iJS, nous eûmes une nouvelle attaque. Cette bataille dura jusi\n'k minuit. Je conduisais au feu une réserve de 3 bataillons de ^remidiers, quand un coup de mitraille me déchira le bas de ma tunhjue et me fit perdre ma bourse contenant 30 ducats et 200 llorins ainsi que plusieurs lettres de Pépi qui se trouvaient dans mon porlefeuille. Nous avons gagné un peu de terrain; nous étions à 500 mètres de l'ennemi ; c est ainsi que je passai la nuit en pleine emn pagne.
«A Le lendemain, vers onze heures et demie, comme je déjeunais Avet quelques officiers et mon adjudant, nous entendîmes plusieurs t'oups de canon. Le devoir me commandant d'aller voir ce qui se pfi&^riit, je pris un cheval ; mais à peine avais-je fait vingt pas que je me trouvai au milieu d un tas de voitures et de fuyards que IVtiuemi poursuivait. C'était un désordre indescriptible. Je me jetai de stiite, avec le régiment de Lobkowitz, au milieu des vignes, et, nyri'-i avoir franchi plus de oO fossés, je fus assez heureux pour tr<Hiver l'ennemi et l'attaquer par derrière, juste au moment où il jHaui suivait le corps commandé par le lieutenant-générsd Ott, qui jHirnissait être dans une fâcheuse position, tellement l'ennemi préclpilait ses attaques.
* La position de Tennemi était rouverte d'arbres et de buissons. Entre lui et nous s'étendait une plaine sablonneuse coupée par ijuclques cours d'eau. Je craignais qu'en se jetant brusquement sur nos avant-postes il ne soit, dans l'espace de huit minutes, au iiiilieu de noire camp. Mais, par suite de mon arrivée inattendue, lu siitualion changea, et ce lut au tour de l'ennemi à prendre la fuiUî, tout en continuant de tirer sur nous à mitraille. La cavalerie protégeait sa retraite.
4 Je dus tenir tète longtemps pour permettre à mon infanterie de se mettre en ligne; puis nos adversaires recommencèrent à se Imllre avec une admirable vaillance. Ce sont de courageux soldats. Je fus obligé de prendre un autre cheval, le mien ayant été blessé HU v'i^d ; mais, deux minutes après, le nouveau était tué sous moi, ainsi que trois autres que je prenais aux soldats les plus proches, nos hussards n'ayant pu arriver assez tôt avec mon cheval de iriftin. Le régiment de Lobkowitz a eu une conduite héroïque. Ses «riiiîiers sont excellents. Mon adjudant qui avait été blessé mortellement, vient de mourir ainsi que deux autres officiers; 7 sont blessés. « (Arch. de S. A. S. le prince Jean Liechtenstein. Papiers de famille.)
(lérables, Olivier ne perd pas son sang-froid. II fait exécuter un à-gauche à sa 2* brigade pour menacer lo flanc de Fôrster, un peu trop aventuré; mais l'artillerie de ce général s avance et ouvre, à portée de fusil, un feu violent qui rompt Tordre des compagnies chargées de contenir Liechtenstein. Une jambe emportée, Olivier tombe à quelques pas de Macdonald et s'évanouit ^ Alors, la 30" demi-brigade, conduite par Darnaud, se formant en carré, pouvait arrêter, pendant vingt minutes, l'infanterie russe, contenir les charges furieuses des cosaques et des dragons autrichiens; puis, faisant volte-face, elle s'eflaçait dans chaque pli de terrain, utilisant tous les obstacles, fossés, haies et cassines pour couvrir, à droite et h gauche de la chaussée de San- Giovanni, la retraite, un moment compromise, de sa division. Mais, derrière San-Nicolo, entourée par des masses trop nombreuses pour ^tre repoussées d'un seul élan'-^, elle se dégageait à grand'peine et arrivait, le soir, sur la Trebia.
Montrichard mis en déroute, Olivier étant vivement talonné, Watrîn avait pvi conserver, pendant lieux heures, le terrain conquis, grâce à l'énergie que montra le 78° de bataille, placée entre deux fermes, devant Calendasco. Couchés dans les herbes ou abrités dans les vignes, ne tirant, par files, qu'au com-
1. En reprenant connaissance, Olivier dit au général en ctiof : « Je verse mon sang pour la République; mais ce n'est rien. Comment vont nos affaires ? » (Arch. Guerre, Mémoires historiques. Cahier 134 bis.)
2. « La 30* se trouvait, le soir, dans un terrain si couvert de vignes qu'on ne voyait rien autour de soi. L'ennemi tournait le régiment. Il fallut se faire jour à la baïonnette. On perdit 6 officiers tués, 22 blessés, 300 hommes tués ou blessés. (Arch. (iuerre. Rapport de Darnaud.)
leau (le Plaisance, si le roulement des tambours n'allait pas lui annoncer, vers Touest, l'arrivée de Moreau.
Vaine attente. Aucun signal ne devait apparaître dans l'Apennin. Les divisionnaires, réunis à Borgo San-Anlonio, dans la petite maison qui servait de quartier général, pressaient leur chef de prendre un parti raisonnable. Macdonald demanda combien il lui restait de combattants; on ne put le renseigner exactement, tant le désordre était grand dans les régiments français. Et les hommes qui avaient, pendant la bataille, transporté des blessés à Plaisance, en passant par la porte Borghetto^ ne revenaient pas, — mauvais soldats, ayant lâchement abandonné le drapeau. — Un bataillon, campé derrière Rocco, ne comptait plus que 150 baïonnettes. Or, en face de 35.000 ennemis, prêts à recommencer le combat, 7 ou 8.000 Français gardaient la rive droite de la Trebia. Pour sauver ces débris d'une armée, et pour que la défaite ne prît pas les proportions d'un désastre, il fallait battre en retraite vers Modène, ce que le général en chef ordonnait, à dix heures du soir.
Pour éviter de traverser Plaisance, pour so tenir hors portée du canon de son Château, tirant au hasard, un bataillon du génie ouvrait, à droite de cette ville, un chemin vers la Nura; il perçait des haies, coupait les blés, empierrait les endroits marécageux, jetait des ponts sur les rûs; il travaillait vite, car on lui avait dit que le salut de l'armée était entre ses mains.
i, Storia di I*iacenza^ par lîossi. p. 21i>.
Mais comment dépister TeoDemi? Une vieille ruse de guerre qu'on employa eut du succès. En une heure, les feux de bivouac furent doublés, pendant que Tartillerie et les chariots défilaient sur le nouveau chemin. A minuit, les divisions suivirent le train, se glissèrent à travers Tobscurité, sans qu'un cosaque surgît derrière elles. L'énergie des braves servit Tarmée vaincue dans cette marche nocturne, car beaucoup entraînèrent, par leur ardeur, leurs camarades épuisés*.
Les pertes subies dans ces trois journées par l'armée républicaine indiquent la fureur de ses attaques; elle abandonnait 1.600 morts sur le terrain; elle abandonnait aussi dans Rocco, Borgo San- Antonio, Gossolengo, Plaisance, et, dans les 2 hôpitaux de Combarino : les généraux Olivier, Rusca, Salme, Cambrai, les adjudants-généraux Grandjean, Sarrazin, Liébault et Blondeau, plus 502 officiers et 7.183 soldats blessés, soldats que Macdonald recommandait à la générosité du vainqueur et à la pitié du duc de Parme.
Du côté des Austro-Russes, 5.273 hommes avaient été mis hors de combat-. La supériorité de lartillerie, un feuroulantque permettait d'entrete-
i. « Si rtiéroîsme et la bravoure suffisaient pour gagner des batailles, il n'existerait plus d'armée austro-russe. Jamais les Français n*en ont autant déployé depuis qu'ils font la guerre. Jamais il n'y eut un pareil acharnement. Cette sanglante bataille coûte très cher h la République. De tous les généraux de Tarniée de Naples, il n'est resté que Watrin et Calvin debout. » (Arcii. Guerre. Mémoires historiques, w 137 bis, p. 181.)
2. Les Autrichiens eurent 10 officiers et 244 soldats tués, 1.816 blessés et 491 égarés. Total, 2.567 hommes. Ils perdirent, en outre, 660 chevaux. (Arch. Guerre devienne.; Les Russes eurent 4 officiers et 675 soldats tués, 1 général, 1 colonel, 2 majors, 35 officiers et 2.041 soldats blessés. TotaL 2.759. (Rapport de bouvarow ù François 11.)
ilir Tabondance des munitions, des charges de cava lerie, une défense bien organisée des lieux couverts, avaient protégé efficacement les alliés, le 19.
Grossis par les renforts venus de Parpanèse, ils ne songeaient, pendant la veillée des armes, qu'à lecommencerle combat. Leurs vedettes, battant Testradesur la rive gauche de laTrebia, croyaient voir des régiments couchés dans le camp républicain, derrière les feux de bivouac, au moment môme où l'armée française battait en retraite.
Quoiqu'on Teût, dans la nuit du 19, informé que les généraux Hohenzollern et Kleneau avaient placé hîurs troupes entre Parme et Modène, Macdonald ne jugea point nécessaire de modifier ses premières instructions, eii ce qui concernait la retraite. Bien résolu à passer sur le corps de 5 à 6.000 Autrichiens, s'ils ne s'écartaient pas de son chemin assez vite, il renforça son avant-garde, lui donna du ^ros canon. Très tard, il fit placer au centre des troupes ayant fait volte-face et qui n'abandonnaient pas sans regret le terrain de la lutte, les fiévreux et *1 autres malades se traînant à grand'peine ; les cartnuches étant épuisées, il en fit fabriquer. Son activité s'exerça à tout prévoir, dans ce moment.
L'armée de Naples marchait dans l'ordre suivant: li'S 3 divisions de gauche, commandées par Victor, f'i>rmaient l'aile droite, après avoir fait face en arrière et en marchant vers le sud-est. Le dernier échelon ayant quitté Gossolengo à minuit et demi, cette troupe marchait, au travers des champs, derrière un groupe de sapeurs, sur San-Giorgio délia Nura; là, elle devait occuper le grand pont jeté sur la Nura,où passait le chemin de Parme à Plaisance,
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et ne pas se laisser entamer si on la poursuivait à outrance. L'aile droite, qui devenait laile gauche, en rétrogradant, composée des débris des divisions Watrin, Montrichard et Olivier, s'écoulait en deux fortes colonnes, vers Roncaglia et Ponte-Nura par cette route que les soldats du génie venaient d'ouvrir. Watrin commandait ces hommes très fatigués ; il surveillait avec attention tout ce qui se passait à l'arrière-garde, craignant devoir apparaitre, dans Tobscurité, Liechtenstein et ses redoutables cavaliers.
Pendant que les 2 corps français battaient en retraite, la cavalerie entretenait les feux de bivouac le long de la Trebia. A Plaisance, les Polonais partis, la 12" de bataille maintenait Tordre, et, tout en surveillant le Château faisait évacuer les bagages amenés de Naples et approvisionnait de biscuit l'hôpital où de nombreux blessés gémissaient, attendaient des soins. Le 20, au point du jour, la demi-brigade, grossie des traînards et des éclopés, s'avançait sur la route de Parme, dépassait le collège Alberoni, où les portes étaient closes et se renforçait plus loin du 1" régiment de cavalerie, errant a l'aventure et suivant une pièce de canon. Bientôt, les cosaques envoyés à la découverte, sortant brusquement des chemins creux, des carrières et des fermes des environs, chargeaient follement la troupe républicaine sans avoir compté leurs ennemis et allaient s'écraser pour la plupart contre les remparts des baïonnettes des Français, vers San-Bonico.
Il est certain que, le 19 juin, quelques valeureux exploits qu'eussent fait ses soldats, la Trebia n'ayant point été franchie, Souvarow ne croyait pas avoir remporté sur Macdonald une victoire définitive. Il
so disait, en homme prudent, que les Français, partis le matin de la rive droite du fleuve, s y trouvaient encore si l>ien postes le noir qu'ils pourraient, rtant donnt'^ leur courage et lenr t^^naciié, attendre là, en résistant avec la dernière ï^nergie, des troupes de secours, — ces troupes qu amenait Moreau, dont le canon avait été entendu le 18, vers midi, des alliés seulement, puis le soir, mais plus faiblement, comme k'îI s'éloignait pour rentrer dans les montagnes.
Après avoir écrit a François 11, le généralissime parut inquiet. Devant lui apparurent tles dongers imaginaires- (^e?^ mourants qui s\Haient traînés jusqu'à sa tente et qui ntlaient, Tépou vantaient. Se resaisissant, vers dix heures, et faisant couvrir les derrières de son armée', il ordonnait d'attaquer Macdonald, le 2^) juin, à Taube. Un devait se con* former, pour agir, aux instructions données le 17 et l'épétées la veille par Chas te 1er.
A cet effet, larmée austro-russe éteignit ses feux de bivouac à (juatre lieures du matin. Sans qu'on eût battu la tliane, buit rolounes irintaiiierie s'engagèrent dans le lit de la Trcbia, foulèrent au pied des eadavres, se frayèrent a grand 'peiiu* un cbeuiin au milieu di's blessés frau<^ais aliamlonnés. Arrivés sur la rive «Iroite, grande fut la déception des ofliciers ne trouvant, parmi les arhri's aballus, les blés saicagés et les baies ouvertes h coups tU'- liaclu', qiu* des postes de cavalerie françaisequi s'enfuirent aux
1. Le réforment Stunrt était ehargé de f^nrder le ponl du eô k eapjiimèsr, pria Cfistel Srtn-Giavnonj; i hftUiilïon de «rfnatîirrs, fiustr il ïiardïiîio, ilt^tnvhait un ^ms pnsle dnns Strridellu : 2 est'ndrons de \Vyrl*?(uber^îHlmjjuiih i^l l ni^Mineni de ctisaques stirveîtittienl le lerraio entre SU-adelio et Casteggiti.
premiers coups de fusil. Plusieurs dragons furent pris et interrogés. L'un d'eux portait un billet adressé à Pérignon, lettre mentionnant Thorrible état où se trouvaient réduites, le 19 juin au soir, les troupes républicaines*.
Sur les traces des vaincus, comme à Vaprio, Souvarow lança des cosaques qui se promirent d'accomplir un carnage. Ces cavaliers parvinrent à prendre contact, devant Ronco, où ils furent décimés; ailleurs, d'autres sotnias heurtèrent pondant une heure la 12" de bataille, sans succès.
Resté avec le gros de larmée, Chasleler prescrivit aux troupes d arriver le soir au bord du Taro. De ce lieu, on pourrait tendre la main aux généraux Hohenzollern et Kleneau. Et sur les indications du quartier-maître, le général Fôrster, placé en 1'* ligne, attendit que la colonne du prince Bagration, formant la droite, fut à sa hauteur ; ils obliquèrent, sur la gauche de Schweikowski, pour marcher ensemble, de Gossolengo, point devant lequel Forster avait passé la Trebia, par Cavernasco, Settima et Gassella. Les troupes arrivèrent h San-Pola toutes harassées et s'y arnUèrent pour prendre, en voyant les Républicains qui couvraient San-Giorgio, la formation de combat.
San-Giorgio, qui forme un point stratégique situé à Test et à 13 kilomètnîsdo IMaisance, sVtalc dans
1. Macdonaid à Pérignon : « Tous les généraux de division de l'armée de Naples. à l'exception de 2, sont blessés; de même,
Idus de 40 adjudants-généraux, cliefsde brigade et chefs de batailon. Plusieurs demi-brigades ont perdu 30 à 40 officiers. Il y a plus de 12.000 hommes hor« de combat. Les Iroupes n'ont plus de cartouches; Tartillerie est hors d'état de servir. Je n'ai point de nouvelles du général m chef Moreau ni du général Lapoype; je me retire dans la nuit du 1" au 2 messidor. » (Ghasteler, p. 107.)
UQCÎrque que borne : au sud, la chaînedes Apennins ; an nord-est, des collines et à Touest, le cours sinueux de la Nura, rivière torrentueuse, large de 3tK} mètres en amont du pont et qui décrit une courbe dont la bourgade occupe le demi-cercle intérieur. Au mois de juin, dans son lit caillouteux, un neul bras roule des eaux limoneuses; ce ruisseau n'est guère profond que de 4 à 5 pieds; il longe la rîvt* gauche aux berges escarpées et ombragées cracacias*.
liïi 1799, 2 cassines s'élevaient à droite de ce pont cons^truit tout en pierres, un peu î\ droite du pont actuel'. — Reliant le pont à San-Giorgio, une chaussée droite, large de 6 mètres et longue de iUU, était bordée par deux haies d*épines très épaisses. San-Giorgio avail alors 50 maisons qui s'étendaient sur un vaste espace, entourant Téglise id un château féodal de la plus curieuse architechire, appartenant aux Scotti, de Plaisance ; castel donlle parc s'étendait en un vaste rectangle entouré de Tuurailles. A gauche de la route de Parme, qui traversait le village, les vastes bâtiments et hangars de la tuilerie n'étaient pas édifiés, mais, à Test, une veille tour pouvait servir d'observatoire et de réduit aux défenseurs.
A se disputer la possession de San-Giorgio, les belligérants allaient s'employer, étaler là, dans ce paysage virgilien, au pied d'une tour antique, les liun ours de la guerre.
Les dragons de Karatschay, dépassant Tinfanterie
1, Visite du terrain faite le 4 juin 1900.
J. tyn voit aujourd'hui, au bord du lorrenl, les culées de l'ancien
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du prince Bagration et entraînant uue batterie, bordèrent très rapidement les bords de la Nura^ par groupes. Quelques escadrons s'avaiicorfîal au ïnil vers le pont que Victor n'avait pu détruire; maië, !l peine engagés dessus, ils s'arrêtèrent.
Dombrowski, après avoir évacué ini».^ çentaini^ dr malades sur les hôpitaux de Combariiio. otxupail la rive droite de la Nura avec, en première lif^ne, 3 bataillons, 1 régiment de cavalerie el i\ pièees de canon, toutes troupes et pièces qu'il aviiil pu réapprovisionner. Mis à un poste d'honneur> dompkant la souH'rance que lui causait sa blessure, clinri^^é d'assurer le salut de Taile droite française (jui eoulinuaii sa marche vers Modène, il taisait diriger sur les premiers agresseurs, se présentant h bonne portée, un feu très nourri d'artillerie, qui jeta d'aboi'd le désordre, puis la panique dans les escadrons autrichiens et démonta 2 canons insuflisîiiimienl abrités. Alors, sous une pluie de mitraille, le beau régiment de Karatschay fut écrase; les survivatils cherchèrent un refuge, à la suite tl'une retrailt* précipitée, derrière les troupes de Bagralirvu t|ui. à dix heures, se mirent de nouveau en mouvement pour tenter de pénétrer dans San-(iioj'yio.
Mais le Russe prit de mauvaises dis[iosi lions pour forcer le passage du torrent; sans en traverser le lit, il plaça 2 bataillons à droite du pont, dr^rière les talus et il mit à gauche les intrépides chaî^st^urs de Tschubaroff. Sa deuxième ligne, n^^ulée jusquedans les terres, fut formée par 4 bataillons de grenadiers. Son artillerie occupa, entre les deux cassines, une plate-forme de roc. A son signal, 2 eom* pagnies s'élancèrent sur le pont, au pas de charge.
Comme les dragons, elles s'arrêtaient brusquement. La batterie de Dombrowski avait recommencé le feu et des salves de mousqueterie, tirées d'une oseraie voisine, moissonnaient les hommes qu'avait épargné le canon. De nouveaux groupes arrivaient et tombaient aussi. La 3' compagnie engagée prenait peur devant l'hécatombe qui ensanglantait le pont, et, au milieu des cris de terreur, elle regagnait son abri, accompagnée par les huées des chasseurs français. Alors les boyards qui formaient l'état-major du prince Bagration, passant dans la compagnie qui avait lâché pied, se mirent à insulter et à rouer de coups les soldats, sans que ceux-ci osassent protester contre de telles violences.
Sur ce terrain, Souvarow arrivait à midi. II était suivi par des forces considérables. Étonné de voir que Bagration n'eût point passé sur l'autre rive, il l'en blâmait vivement, et, en homme qui se croît toujours siirde vaincre, sans vouloir s'arrêter devant Tobstacle des eaux, puisque le pont était devenu, pour les troupes, un passage trop dangereux, il montrait aux dragons de Karatschay, aux cosaques do son escorte, aux chasseurs de TschubarofF, aux grenadiers de Rosenberg, les points où ils devaient traverser la Nura. Tant d'hommes réunis demandaient à vaincre ou à mourir sous les yeux du maréchal. En vingt minutes, 2 groupes d'infanterie et i régiment de cavalerie se formaient derrière l'abri des berges, en colonnes (rattaque. Biciutôt, soldats russes et soldats autrichiens, marchant coude à coude, remontaient le talus du chemin, traversaient la chaussée et descendaient par bonds dans le torrent, où l'eau n'avait guère qu'un mètre de profon-
deu^^ s'étonnant de n'être pas, au milieu de leur entreprise, arrêtés ou décimés par la fusillade des Républicains.
C'est que, dans le temps qui s'était écoulé entre rheure de la défaite des troupes de Bagration et celle de l'arrivée du maréchal Souvarow, les soldats polonais, croyant avoir éloigné les Autrichiens et les Russes pour longtemps, quittaient leurs postes d'observation, et, affamés, ils se répandaient dans les maisons de San-Giorgio, dépouillaient l'habitant et trouvant au château, des caves remplies de vin, se mettaient à boire et s'enivraient-. Sans la vigilance de la 17* légère échelonnée devant les premières cassines, ils eussent été surpris et massacrés. Aux hurrahs poussés par les Russes, qui s'emparaient de 2 pièces abandonnées, un sergent de l'ancien régiment d'Assas cria :
i< — A moi, Auvergne! Voici l'ennemi ! »
II entendit ses compagnons répondre :
« — Vive la République! »
Et, résolument, la 17* légère s'avança contre l'assaillant à travers les jardins, d'où l'on pouvait tirer à couvert sur les 2 bataillons de Bagration qui, marchant des deux cotés de la route de Parme, vou-