V F.ES <: AMP AGNES DE
troupes sur la roule d'Alexandrie; il trouva Bellegarde à la Spinetta.
Bellogarde, en proie aux anxi(^t<^s les plus vives, disait qu'il serait attaqué la nuit môme et contraint sans doute de reculer vers Valence, de rester en observation dans les montagnes du Montferrat, jusqu'au retour de Souvarow. Ses appréhensions ne se trouvèrent pas justifiées, car soit indécision, soit que la fatigue eût trop pesé sur ses troupes, Moreau ne voulut pas attaquer à fond le 19 juin.
Mais, s'il eût attaqué et battu l'ennemi en faisant un suprême eflort, il aurait délivré Gardanne, enfermé dans la citadelle d'Alexandrie, réoccupé cette ville, porté ses pas à la rencontre de cette armée de Naples si impatiemment attendue, et qui, d'ailleurs, au signal de son canon, se serait arrêtée dans San-Giorgio ou peut-être dans Plaisance pour tenir Souvarow en échec.
A quoi s'attardaient les soldats républicains? Ils fêlèrent d'abord la délivrance de Tortone, comme si l'armée venait de remporter une grande victoire. Ensuite, Grenier se mettait en marche, vers dix heures du matin, et couvrait la ville, k l'est, contre une attaque possible qui pouvait partir de Stradella ; ses avant- postes allaient occuper Castel Xuovo. Une reconnaissance, poussée par des chasseurs du même corps, expulsait de Torre-Garofoli *i<)() hommes du régiment autrichien de Warasdiner etcanonnaitune bicoque, sur la route d'Alexandrie.
Pendant que (îrenier étendait ses lignes, Grouchy opc'rait d'abord un changement de direction; il plaidait ses troupes en potence, de Pasturana k Hetole di Novi; puis, sa droite s'étant avancée le
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long de la Scrivia, il faisait occuper Rivalta par le 13* chasseurs.
Le 20, la division Grenier devait s'avancer sur Voghera,y rejoindre Lapoype s'il pouvait descendre des Apennins, bien éclairer les routes, se garder, au nord, contre toute surprise. Ce corps laisserait une demi-hrigade à Castel Nuovo aiin qu*on pût montrer, par là, un rideau d'hommes au général Bellegarde, contre lequel Grouchy allait s'avancer. Grouchy quittait ses cantonnements à huit heures du mâtiné Lorsque des hussards autrichiens furent expulsés de Pozzolo, la plaine se trouvai! largement ouverte devant lui, entre les hauteurs de Bosco et les collines serrant Tortone. C'est un champ de bataille tout plat. Moreau croyait que son lieutenant pourrait rejeter, avant midi, l'ennemi derrière la Bormida et qu'il marcherait ensuite, par sa droite, vers Voghera, afin de seconder, avec 2 ou 3 bataillons, l'action que, de son côté. Grenier allait conduire^. Mais le général en chef avait compté sans l'énergie îîe Bellegarde, qui avait sous ses ordres une troupe vaillante, disciplinée et forte 3.
1. Division Grouchy : CoUi et Gareau, généraux de brigade Seras, adjudant-genéral ; 20- et 26- légères; 14- et 68* de bataille; 1" et 6" hussards ; 13' chasseurs ; 12" dragons ; 3* régiment de cavalerie et plusieurs compagnies détachées de divers corps.
2. Division Grenier : Cfuesnel et Partouneaux, généraux de brigade; 17" légère, 24" et 106- de bataille.
3. « Bellegai-de avait, au camp de la Spinetta, les brigades Seckendorf et Âlcani, 1 bataillon Clayrfait, 1 de Beaulieu. 1) compagnies Esterhazy, 2 d'Alvinzy, 6 escadrons de dragons. El, couvrant ces troupes, à liosco, Quatrc-Cassines et San-(iiuliàno : 1 halaillon Warasdiner, 3 escadrons Erdody-hussards. Total : 3.92V liouimes infanterie et 1.110 cavaliers. A Gantelupe, Wukassowich commandait 4.476 fantassins et 1.329 cavaliers. 11 y avait, en outre, 6 cunipagnies à la tête du pont de la Bormida, 1 bataillon sur la rive gauche, 3 en réserve, 1 dans Alexandrie pour observer la citadelle)» ^Chasteler, p. 113.)
lerie s'avançait bravemeat à découvert et tirait à mitraille. Ensemble, 3.000 fantassins et 600 cavaliers marchaient résolument sur la ligne autrichienne qui, ses dernières cartouches tirées, se débanda et s'enfuit en traversant Cassina Grossa, la Spinetta et Marengo, sans que les officiers pussent rallier les fuyards qui repassèrent, en hâte, le pont de la Bormida, laissant entre les mains des Français, au dernier moment, 4 canons et 1.300 prisonniers.
Et contre le général Alcani, chargé d'opérer, à trois heures, un mouvement tournant vers Torre- (larofoli, Moreau avait envoyé la brigade Partouneaux, du corps de Grenier. Le corps autrichien avait été battu dans un terrain couvert d'arbres et forcé de se disperser pour regagner, dans la nuit, Alexandrie, 011 régnait la terreur.
A la suite d'une pareille défaite, Tétat-major de Bellegarde était consterné; 3.000 hommes perdus, c'était un vide difficile à combler. Moreau, qui n'avait à regretter que 900 soldats, passant la Bormida à la faveur des ténèbres, pourrait le lendemain, dès Taube, croiser ses feux avec ceux de (îardanne renfermé dans la citadelle. Affolé, Bellegarde faisait évacuer ses équipages sur Valence et il se préparait à passer le Tanaro quand des renforts envoyés par Kaim lui arrivèrent^
Moreau recevait le 20 juin, avant minuit, dans Marengo, le courrier de Lapoype qui lui apprenait la retraite du général Macdonald. Cet événement
1. A onze heures du soir, les avant- postes français étaient sur les bords de la Borinida. Tous les équipages autrichiens avaient
Sassé le Tanaro et marchaient vers Valence. Toute la noblesse 'Alexandrie en était partie, et les généraux Seckendorf et Belle-
Tem péchait de profiter des résultats du combat livré dans la journée. Que devait-il faire? Manœuvrer devant Alexandiie devenait périlleux à rapproche d'une colonne russe. Alors il porta ses deux divisions entre Tortone et Serravalle; sa cavalerie poussa très loin des reconnaissances, afin d'attirer le gros de Tarmée des alliés; et, sur le point d'être attaqué sur son flanc gauche par les soldats de Kaim, partis de Turin, après la reddition de la citadelle^ il augmentait la garnison du fort
garde délibéraient s'ils quitteraient la ville, lorsqu'ils recurent la nouvelle aue le général Souvarow avait battu Macdonald, et que la citadelle de Turin avait capitulé. Le corps de troupes qui en avait fait le siège marchait vers Alexandrie. Ces nouvelles déterminent à tenir (Arch. Guerre. Lettre de Colli au général Fonlanieu.l
1. La citadelle de Turin a 5 ba tions couverts de contre-gardes, de demi-lunes avec réduits, de flèches avancées sur les capitales des bastions qui regardent la campagne. Le tout entouré d'un double chemin couvert; tous Ips ouvrages et les deux chemins couverts ont des contre-mines dont les rameaux s'étendent au loin sous leurs glacis. En 1706, elle arrêta l'armée française du maréchal de Marsin pendant deux mois, et donna au prince Eugène le temps de venir à son secours. "
Kaim l'assiégea, arma contre 100 pièces de canon prises dans l'arsenal. La tranchée fut ouverte dans la nuit du 10 au il juiu; la 1" parallèle, d'après le plan de Chasteler. embrassait tous les ouvrages, depuis la porte Susine jusqu'à la porte Neuve. Le 11 au matin, les Français, voyant les travaux, firent un grand feu de toutes leurs batteries; malgré cela, la parallèle et les deux communications furent élargies, ce qui dura le 12, le 13 et le 14.
Le 15 au matin, Partillerie autrichienne et piémontaise commence h travailler aux batteries ; elles furent finies et les pièces y furent placées dans la nuit du 11 au 18. Le 18, au point du jour, 22 batteries armées de 97 bouches commencent à jouer contre la place. Il y avait 13 batteries à ricochet, 3 batteries de plein fouet et 6 batteries de mortiers Vers onze heures du matin, le feu cessa. Le commandant fut sommé de rendre la citadelle. Sa réponse fut négative. Le feu recommença. Les 20 pièces longues de 6, qu'on avait été forcé d'employer clans les batteries, tiraient le Jour à ricochet avec des boulets ; la-nuit, h pleine charge à mitraille dans le prolongement des chemins couverts et des ouvrages, d'après les instructions de Chasteler.
Dans la nuit du 18 au VK '»n déboucha de la 1" parallèle à la 2* dont on fit une pai'tie ; le feu de la place était presque éteint par
At' Tortone r*! r#'n(rnil din-* I Aponnin. se retranrliail #^n de fortes positions, oii il attendaîl Ma<^doriaid, qui arrivait enfin à Gênes, le 12 juillet, ramenant t^2.*J<J<> hommes et un pros bagage ^
1^ jonction était faite. Il va s'ensuivre d'heureux r^'siiltafs, croit-on k Paris. On ignore que rannée de Napjes est dans un état lamentable; que les troijjM'sd'Helvétie. détachée du camp devant Zurich, pîir Massena, n'ont pu rejoindre Moreau; que des renforts partis de Toulon se sont arrêtés sur le Var, sans motif plausible ; que l'escadre anglaise surveille ou menace les cotes de la Ligurie; que l'armée d'Italie est réduite à quelques régiments; enfin, <|iie le(iouvernement ligurien devient hostile envers rormée d'oœupation, jusqu'à refuser des contributions et à se plaindre sans cesse des exactions des soldnts.
l'fliii tU' TasMié^cant. Lr 19, on ùlni-j^it la pnrallêle et Ton y établit iO iiiui'licni il la Cohorii ; la Duit du 19 au 20. on marcha kvec des y.'Ht7,tif^'< n la î*np(; volante vers un<* des flèches, pour pouvoir y alt'uher h' mineur.
Le feu d'arlilleric des assiégeants continua avec une si ^ande violence riue le 20, â onze heures du matin, le commandant de la cit/idclle fit arhorer le drapeau blanc. Le feu cessa. La capitulation fut «iffiiée M dix heures du soir. La garnison, forte encore de 2.h:18 liommrs. el qui m avait perdu plus de «00, fut prisonniéiv de guerre, rerivfiyée en France sur parole, à Texception <lu commandant Fiorellâ et de 27 officiers, <|ui furent envoyés comme otages en Autriche.
On trouva dans la citadelle 314 canons, la plupart de gros calihre; i8i mortiers: lU) obusiers; 30 canons dobusier; 40.000 fu- MÎIs; .100.000 quintaux <le poudre. Toute la oerte des Autrichiens fut de 2.'i hommes tué» ou blessés. «"Relalion ae Kaim.)
I. « (hdre h's bagages de rarmée, le train traînait une quantité d'ii'uvres «l'arl prises a Naples, k Home, a Florence, ce qui encomhniil les équipages. Dans Florence, on avait itris 37 horloges, des lubies anlioues et modernes, des statues de bronze doré, d'autres nahirelles, des chevaux en statue, des colfres-forts. Tout cela fut déposé dans le port franc, à (îi^nes. le 19 juillet . » (Tiahier (tiamboue, p. 10.,
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Après une telle série de défaites, en présence de rhostilité des Génois, Moreau veut cependant se maintenir chezeux.Il eût été certainement chassé de laLigurie, où il se serait fait tuer, si un ordre de François II n'avait réduit Souvarow à surveiller, comme un simple général, les sièges d'Alexandrie, de Tortone et de Serravalle.
Point inquiété par les Austro-Russes, Moreau s'employait à réorganiser Tarmée*. 11 recevait enfin quelques régiments envoyés de France. Grouchy prenait le commandement de la cavalerie. Debelle, qui restaità Gênes, comme général commandant l'artillerie, pouvait remettre 8 batteries en état de faire campagne. On assurait des cadres solides à l'infanterie. Après avoir prêché l'émulation, le devoir au drapeau, de sévères répressions ramenaient les mauvais soldats h l'observation de la discipline'-. Puis, exécutions nécessaires, réclamées h grands cris, les généraux Montrichard et Lapoypc étaient destitués, le premier pour avoir fait perdre, par son retard à marcher, la bataille du 19 juin; le second, pour
1 Le n juillet, Moreau rentre à son quartier général k Cornegliano. Celui de Macdonalrl est à Âlbaro. On organise la garde nationale génoise. Le 20, on apprend l'entrée, à Livourne, des Autrichiens et le soulèvement (rArezzo. Le 21, Moreau ordonna l'arrestation de quelques officiers de l'armée de Naples et d'un imprimeur ayant publié des détails sur la bataille de la Trebia; mais on les relâcha le lendemain. On vend les vivres à un prix extraordinaire, dans la Li^urie. Il faut évacuer sur Nice tous les patriotes toscans ayant suivi l'année de Naples. Le 25, la flotte anglaise reprend le blocus de Gênes. (Giambone, p. 10, 11 et 12.)
2. « Dessolle au général Claparède, commandant la place rie Gènes, du 28 messidor an Vil. — 3 chasseurs à cheval so sont présentés chez un orfèvre, y ont marchandé et pris différents objets qu'ils n'ont point ensuite voulu payer, et dont ils n'ont vuulu remettre que la moitié du prix : les contestations élevées à ce sujet ont occasionné un rassemblement à la suite duquel les 3 chasseurs ont dû être arrêtés. » (Registre D 3" 32. Arch. Guerre.)
n'avoir pas descendu assez rapidement sur la Trebia, où il eût pu changer la face de nos affaires.
C'est apr^s avoir appris, le même jour, trois faits importants : l'abandon du Mont-Genis par Ledoyen, la capitulation du fort d'Alexandrie et l'évacuation de l'île d'Elbe, que Moreau, voulant rendre au Directoire un compte rendu exact de ses opérations, lui écrivit :
« Vous m'avez donné le commandement de l'armée au moment de sa désorganisation ; les revers étaient presque assurés; jusqu'à cette époque, les succès avaient couronné presque toutes mes opérations militaires. En acceptant, je sacrifiais à mon pays la réputation que j'avais de général heureux. .1 ai fait ce sacrifice avec plaisir à la République, mais je ne vous dissimule pas qu'espérant que le Gouvernement attacherait à la conservation de l'Italie toute l'importance qu'elle mérite, je recevrais les moyens de la conserver si je ne pouvais la reconquérir. Et, certes, depuis le 16 germinal, époque de nos revers, il eût été facile de nous procurer les moyens d'obtenir des succès, car, au moment de la réunion de deux armées, une seule augmentation de dix mille hommes ramenait l'ennemi sur l'Adige, et cela devenait encore possible si les troupes actuellement en marche n'avaient pas reçu de changement de destination.
« Si je n'ai pas votre confiance pleine et entière, hâtez-vous de me donner un successeur. Si môme vous ne pouvez me donner les moyens d'obtenir de grands succès, il faut me rappeler. J'ai promis à l'arnioe des renforts et de la ra mener promplement à l'ennemi; si je ne puis lui tenir ma promesse, je
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perdrai infailliblement sa confiance; nos troupes ne souffrent pas d'ôtre trompées...
u Notre situation administrative n'est guère plus heureuse que la position militaire. Le chef de Tétat-major envoie au ministre de la Guerre des détails vraiment alarmants. Je suis à la veille de traiter avec le Gouvernement ligurien pour notre subsistance, d'après les défections dont nous menace la compagnie Bodin. Je les ai assurés de les faire fusiller s'ils continuent à nous servir. Je crains d'être obligé d'en venir à cette extrémité vraiment terrible, mais nécessaire, si leur mauvaise foi ou leur avidité continue ù compromettre le salut de Tarmée et celui de la Ligurie^ »
Au moment môme oii Macdonald se faisait battre sur laTrebia, le coup d'Etat du 30 prairial expulsait du Directoire Treilhard, La Revellière-Lépcaux et Merlin qui étaient remplacés aussitôt par Gohier, Merlin et Roger-Ducos. Déjà, Seyès avait remplacé Rc^wbel. Les conséquences d'un mouvement royaliste avaient fait tressaillir d'aise le comte de Provence, qui envisageait la perspective d'une Restauration à établir à son profit du jour au lendemain. Des esprits chagrins publiaient que, ses armées étant vaincues et sa liberté étant menacée, la France touchait, après une période d'extraordinaires bouleversements, au déclin de son Histoire.
Ces bouleversements avaient permis à Bernadotte d'augmenter l'étendue de son pouvoir. Déjà conseiller militaire du Gouvernement sous l'ancien Directoire, il remplace Milet-Mureau comme mi-