Mémoires hii^toriques. MarniMril XI. ^Vrch. (iuenre
SIÈGE DE MANTODE 331
entre Cerise et Borgoforte, les troupes autrichiennes, déjà engagées contre Gérard.
D'autre part, Foissac-Laiour faisait donner les Polonais, afin d'éprouver leur bravoure. Wielhorski, leur général, envoyait Dombrowski et 450 hommes de la légion chasser les Autrichiens de Fiesole et occuper San-Benedetto, sur la rive droite du Pô, à 17 kilomètres de Mantoue. De San-Benedetto, Dombrowski devait opérer sa retraite, par échelons, jusqu'à Cerèse, pour y attirer l'ennemi, faire volteface ensuite et donner le temps à Baleydier, en livrant combat, d'envelopper la colonne allemande.
Mais Baleydier trouva le chemin rempli de boue et la plaine si marécageuse que ni le canon ni la cavalerie ne purent s'employer utilement; et Tinfanterie s'embourba; 3.000 grenadiers autrichiens, qui eurent le temps de se poster, résistèrent à tous les efforts de la troupe française. Donc, le mouvement tournant ne put être exécuté. Quand Gérard, assailli par des forces considérables, allait lâcher pied ; quand Dombrowski, renforcé par 200 hommes de la 39% soutenait dans Cerèse même un combat terrible, perdant et reprenant deux fois le bourg, Foissac ordonnait la retraite, qui s'effectuait on bon ordre. Cette troupe vaincue, qui ramenait 290 prisonniers, avait perdu 350 hommes tués, blessés ou égarés.
L'un des prisonniers autrichiens, que Barte avait ramené, fut conduit auprès de Foissac; il lui apprit quels succès Souvarow avait remportés depuis le 20 avril : la victoire de Vaprio, la capture du corps commandé par Sérurier, la reddition de Peschiera, loccupation du Piémont. Lui-môme
33 i LES CAMPAGNES DE l799
veiitiil de Pi^scliifiu, avec suii régiment, celui de Jordis, que les Ilépublicains avaient culbute, le matin^ à Marmîrolo.
Ces mauvaises nouvelles ne diminuèrent point la coiiJiancfi que Tassiégr avait toujours dans ses propres moyens de défense ; il employa toute sa stratégie à détruire les combinaisons d'un ennemi très osé. Ruse, audace, ténacité, furent opposées chaque jour h l*assiegeant, qui dut marquer le pas, asseis longiemps, devant des remparts qui semblaient imprenables.
Ikius un piM'imMre immense, de Kray faisait avancer ses troiipt*s, créneler des cassines, détourner des ruisseaux de leur cours ordinaire, assécher des rizières et creuser de profonds fossés devant CitadellB. Le 18 mai, il voulut établir une forte batterie sur la rive droileduPayolo; mais la fusillade très nourrie de deux bataillons polonais força les travailleurs h m relirer. A cette entreprise succédèrent Irois jours d'inaction. Le 21, une colonne autrichieuDe se porta dans un vallon pour arrêter la troupe des pourvoyeurs qui, sortis du fort Saint- Georges, allaient couper, derrière le bourg, des pièces de bois, Mosser accourut pour les soutenir; ie combat devint, au bout d'un quart d'heure, très vif, et il s'étendit bieuti)t jusque sur les lignes de Caslellaro et de Due Castelli. Pourtant supérieurs en nombre, les grenadiers de Lattermann durent lutter pendant quatre heures, c'esl-ii-dire jusqu'à deux heures du hmr, iivant de pouvoir repousser 600 liépublicains; mais ils réussirent à emporter, dans Télan d'une charge, deux petits postes avancés qui dominaient le lac Inférieur, bicoques qu'ils con-
SIÈGE DE MANTOTJE 333
servèrent . les 22 et 23 ; ils ne les évacuèrent que le 23, dans la soirée. L'ennemi avait perdu, dans cette affaire, 183 tués ou blessés. Du côté des Français, en avouant 2 tués et 21 blessés, dont 1 officier du génie, Mosser cachait la vérité.
Le général autrichien jugea inutile de sacrifier davantage ses hommes dans des escarmouches, si bien que, désormais, les soldats républicains purent couper et emporter, sans être ni observés ni inquiétés, tout le bois qui était nécessaire au service de la garnison'.
Ue son observatoire, Foissac avait remarqué, dès le 21 mai, que Tenncmi, employant une multitude de paysans, établissait hâtivement une ligne de circonvallation en face de CitadcUa, et cela hors de la portée des batteries avancées. L'éloigner, s'emparer des outils, bouleverser les travaux après en avoir relevé les plans, telle était l'œuvre du commandant Baron, le "dS, qui avait opéré à la tête de 450 hommes, qui n'eurent que 5 blessés. Baron ramenait 1 officier autrichien pris dans la galerie ; pressé de questions, le prisonnier avouait quelles difficultés éprouvait M. de Kray, dont le corps était trop faible, numériquement, pour investir complètement Mantoue ; il attendait de nouveaux renforts, 8 à 9.000 hommes. Une fois renforcé, il se proposait de faire enlever d'assaut, la nuit, le fort Saint- Georges. A cette tâche s'emploieraient les Russes,
1. Les pièces de bois rapportées dans Mantoue servaient surtout au génie. On fabriqua 5 000 palissades qui fjurent plantées autour de la citadelle et devant Pradella, les anciennes étant
Sourries. Une réserve de 3 à 4.000 était emmagasinée; 12 ponts e ronimunication et 130 mètres de galerie ae mines étaient construits. {ManusciHt Maubert, p. 13.) f^, .:,;^
l3t LKS CAMPAGNES DE 1799
prt?sst^s de montrer leur bravoure. Mais ce projet et ces m>^naces ne devaient pas se réaliser.
Pressé de réduire la ville, de Kray retranchait sa lî^^ntN le 27 mai, devant le lac Inférieur. Des milliers d lionimes y travaillaient. Une forte batterie défendait l'approche di» Casa Zavetti, d'où partaient, vers l*est, les tranchées, les redoutes, les fossés remplis d'eau. On ne tirait plus de mousqueterie. D'heure en heure partait un coup de canon, indiquant que les artilleurs autrichiens veillaient. Les coups de fïîoclu' retentissaient entre deux explosions de mines ; id les acheminements déroulaient leurs zigzags dans le sous-sol calcaire et humide.
Plus tard, la libre navigation des lacs, qui avait permis a une flottille républicaine de transporter des hommes et du matériel d'une rive à Tautre, se trouva tout H coup suspendue ; 19 barques canonnières, portant du canon de 24, amenées de Peschiera par ie^ Autrichiens, étaient mises à flot le 5 juin, dans le lac Inférieur*. La première croisière entreprise fui arrêtée un matin par le canon du fort Saint- (ieorges, qui la maltraita tant que ses équipages (Imriil^ sous peine d'être écrasés ou noyés, aller clinrcher un refuge à Curtatone, d'où ils purent, en gardant un bon abri, suivre les ravages causés par Av.s iiiundations périodiques.
Vau\ après la fonte des neiges dans le Tyrol, les pluifîH diluviennes avaient grossi considérablement l'Adi^r et le Mincio. Partout, les flots tumultueux rorii|>îiienl les digues. Les eaux inondaient Porto- Legtmgo et tout le bas iMantouan, changeaient la
ï, La tloltillc aulrichienne était commandée par le capitaine Blunieriitein.
SIl'iGE DE MAKTOLÉ: 3.l5
plaine en étangs, élevaient de 2 mètres le niveau des lacs qui bordent Mantoue d'une nappe liquide, remplissaient le Payolo et ses fossés, couvraient les digues, ébranlaient les ponts. Cette crue, commencée le 10 mai, n'arrivait au plein que dans la soirée du 6 juin. Alors les chambres des moulins, tous les refuges militaires et les batteries garnissant la digue de Cerèse étaient noyés. Aussi fallait-il organiser à la hâte un service de batellerie pour communiquer du corps de place avec les ouvrages isolés, pour approvisionner les garnisons.
Cependant, la hauteur des eaux et la violence du courant qui portait les nappes liquides dans le Mincio inférieur, formaient nécessairement, autour de Mantoue, une nouvelle barrière défensive, derrière laquelle les Républicains pouvaient se laisser vivre, sans inquiétude. Loin de là ; ils s'alarmaient d'un bruit propagé par Tétat-major allemand, qui disait posséder 40 radeaux amarrés dans les anses d'Angeli et de Grazie, sur le lac Supérieur, d'où pourraient s'embarquer 12.000 hommes devant atterrir nuitamment entre les remparts.
Foissac prit peur dé cette expédition projetée, qu*aurail dû lui rendre suspect, pourtant, les 2 radeaux qu'on manœuvra au loin, en démonstration. Aussi, pour parer à toute éventualité, 4.000 soldats français bivouaquèrent autour de la ville. Les ponts Saint-Georges et Molina furent garnis d'artillerie. Chaque sentinelle redoubla d'attention. On soumit à une étroite surveillance quelques habitants, accusés d'avoir, au moyen de signaux, renseigné les Autrichiens. 11 fut interdit de sonner les cloches, de porter des lanternes sur les murailles, pendant la
336 LKS CAMPAGNES DE 1709
nuit et d'arborer des drapeaux aux fenêtres.
L*état de siège, devenu plus (étroit, pesa lourdement sur cette ville. A la baisse des eaux, commencée le 8 juin, la garnison, qui eût dû se trouver dans le meilleur état, était exténuée par quinze jours de veilles et d'alertes. En somme, grâce aux fausses nouvelles qu'il propagea, de Kray avait plus éprouvé ses adversaires qu'en leur livrant deux assauts. Puis, une épidémie de fièvres malignes venait remplir les hôpitaux, augmentant considérablement le chiffre de la mortalité, au point d'enterrer jusqu'à 50 personnes chaque jour, sans sonner de glas et sans former de cortège.
Non seulement les inondations emportaient deux meules de fourrage et détruisaient un magasin à vivres, mais le flot dégradait les murs du Migliaretto, entraînait les sacs qui masquaient plusieurs batteries et enlevait 8 ponts jetés entre les digues; ce fut un grand désastre. Le génie se mettait à l'œuvre pour réparer tant de ruines accumulées; ce corps, admirable d'endurance, achevait un travail pénible, dans taboue, quand les eaux remontèrent de nouveau. Cette fois, la crue envahit les rues basses, les caves, et enleva, dans un remous terrible, des palissades et des parapets. La furie de l'élément liquide détruisit en un jour le travail qui avait coûté deux mois d'efforts acharnés, et dont la destruction laissait Mantoue vulnérable, à la merci d'un ennemi entreprenant.
Mais l'épidémie n'avait pas frappé que des Français. L'armée autrichienne lui payait aussi un fort tribut. On ouvrait, sur les deux rives du Mincio, de nouvelles ambulances et des cimetières. Quelques
hf. /-;.,
^p*'aux i
tu
tu
SIÈGE DE MANTOLE 337
régiments, démoralisés, demandaient une trêve, à grands cris. Parmi les hommes les plus vaillants^, beaucoup grelottaient sous un soleil torride, étaient en proie à une fièvre intense et les plus malades s'élevaient véhémentement contre cette guerre interminable.
Pour mettre les malades h Tabri de la bombe, assiégés et assiégeants convinrent d'établir une zone neutre. D'un côté, Gastine, chef d'état-major, et Zach, de l'autre, limitèrent le terrain : du lac Inférieur jusqu'au vallon ouvert entre Saint-Georges et la Favorite, sans que les hostilités fussent pour cela suspendues ailleurs, à tel point que, derrière la zone neulre, de Kray faisait élever des redoutes et que, sur le lac Supérieur, les équipages autrichiens de 7 barques portant du canon de 33, poussaient une reconnaissance.
La délivrance que souhaitaient les habitants de Mantoue en portait quelques-uns à risquer leur liberté, bravement, pour continuer à échanger, chaque nuit, des signaux avec Tennemi : l'éclairage entretenu autour d'une madone, des torches en papier brûlant sur un toit, des fusées qu'on tirait dans le lac, signifiaient tel renseignement en un langage convenu. L'espionnage était très actif, les paysans servant fidèlement les Autrichiens, dans l'espérance de voir la fin de cette guerre qui ruinait le laboureur. L'un d'eux étaitarrèté, le 20 juin, devant Saint-Georges; et, menacé d'être fusiUé, il apprenait à Mosser que M. de Kray avait reçu des renforts venus de Modène pendant que Macdonald se battait vers Plaisance. A 90 kilomètres, l'on n'avait pu entendre le canon. Mais pourquoi donc
Tarmée de Naples (Uait-elle passée près de Carpi, sans chercher à secourir les assiégé^ ?
Foissac s'inquiétait de la désertion des soldats mis à la demi-ration ; il craignait que ceux restés jusqu'alors fidèles au drapeau ne parussent point sur les remparts lorsque battrait la générale; il t*»ntait répreuve dans la nuit du 22 au 23 juin, t'* preuve fort concluante, car la garnison mettait le (dus grand entrain k s'armer et à occuper ses postes lie combat.
Le 27, de Kray fit célébrer dans son camp, par ordre supérieur, la victoire de la Trebia. Salve d'artillerie, messe solennelle, chants, libations, feux d'artifices; autant d'amusements pour les soldats autrichiens.
Leur chef envoyait un officier annoncer à Foissac le désastre subi par les Français. L'officier arrivait une heure après qu'un espion de Léopold Berthier, qui avait erré pendant huit jours autour de Mantoue avant de pouvoir pénétrer dans la place, informait les Républicains de la victoire remportée à Modène. Or, le parlementaire autrichien était hué, brutalement congédié et les assiégés se moquaient des bruyantes manifestations de l'ennemi. Foissac s'attendait, en effet, à être secouru, et ses troupes partageaient sa confiance toute une semaine, manifestant leur joie par des cris d'allé- ^Tesse.
Le 8 juillet, on apprenait enfin la défaite de Tarmée de Naples, sa retraite vers Pistoya et l'éloignemcntdu général Moreau, nouvelles qui démoralisaient h nouveau les soldats, rendaient les chefs d'une morne tristesse ; et h tous ces hommes man-
quait Tassurance que donne l'exemple d'un Desaix ou la voix d'un Bonaparte.
Moins audacieux devant Tennemi, sans pourtant s'effrayer d'une capitulation qu'il sentait prochaine, Foissac faisait perquisitionner et prendre, chez l'habitant, les dernières denrées. Il continuait à battre monnaie. Il présidait des conseils d'enquôte, se montrant plutôt le gouverneur de Mantoue qu'un chef d'armée assiégée. 11 disait qu'on lui avait demandé de tenir deux mois; passé ce délai, aucun contrat ne l'obligeait plus à persévérer dans une défense que son état-major, lassé d avoir tenu si longtemps des officiers et des soldats en haleine, regardait comme trop meurtrière et inutile, Tltalie étant considérée maintenant comme perdue.
Au spectacle de la détresse que soldats et habitants eurent à supporter, Foissac-Latour sentit fondre cette sévérité qui, au début du siège, l'avait rendu si vivement impopulaire. Pour secourir la multitude desgensdu peuple, affamés après l'inondation des moulins, il fit construire trois moulins à chevaux et ordonna à l'administration de réserver aux malades et aux blessés une ration entière, chaque jour, alors que les combattants ne recevaient plus que quatre onces d'un biscuit de mauvaise qualité, perdaient peu à peu l'énergie et les forces nécessaires pour se tenir sous les armes.
Affamés, deux gros postes de soldats suisses passaient à l'ennemi, en emportant armes et bagages. Les Polonais commençaient à murmurer. Or, pour prévenir d'autres désertions, on employâtes troupes étrangères au service intérieur de la place.
Renseigné par les déserteurs, croyant trouver
340 LES CAMPAftNRS DE 1799
Mantoue mal gardé, de Kray conduisit ses troupes à Tassaut, dans la nuit du 9 au 10 juillet. Une forte colonne, traînant de gros canons, put s'approcher du Payolo, sans bruit. A une heure du malin, l'artillerie autrichienne ouvrit le feu depuis Pradella jusqu'au front du Migiiaretto. L'audace que montra 1 bataillon de Hufl' effraya tant les 3 compagnies de conscrits garnissant la tour du moulin de Cerèsc qu'elles s'enfuirent, abandonnant leurs fusils, laissant mAme la porte ouverte; mais les feux croisés partis des deux redoutes voisines arrêtèrent bientôt l'ennemi, avant qu'il n'eût pris pied sur la rive gauche du Payolo. La canonnade, pourtant terrible, ne tua qu'un homme aux Français. Les Autrichiens, qui avaient perdu 17 hommes ^ se retirèrent au point du jour.
Non rebuté par cet échec, de Kray voulut s'assurer, à nouveau, de la solidité des troupes chargées de défendre Saint-Georges, et il porta, devant cette forteresse, 9 bataillons et 6 escadrons qui durent, à peine mis en ligne, se retirer ou s'abriter dans un accident du terrain pour éviter d\Hrc fauchés parla mitraille. L'infanterie, dans la tranchée humide; la cavalerie, derrière un bois bordé sur deux côtés de marécages, ne tardèrent pas à être pris de fièvres et demandèrent à grands cris le combat pour sortir de ce camp malsain. D'autres troupes les renforcèrent, enserrant Mantoue d'une épaisse muraille humaine.
Assiégés par 25.000 hommes, exposés au bom-
1. 3 hommes tués et 14 blessés, dont 1 officier. (Rapport de Kray. Arch. Guerre, de Vienne. J
bardement, trahis par une population exaspérée, les Français furent sommés, le 12 juillet, de déposer les armes. L'ultimatum était suivi de ces considérations : « Que, la troupe républicaine n'ayant rien à espérer de l'armée de Moreau, qui se trouvait trop éloignée, il lui était impossible de résister longtemps aux moyens extraordinaires qui allaient être employés. » Le général en chef sut répondre à Zach : « — Monsieur, il faut d'abord nous montrer vos moyens extraordinaires. » De Kray voulut s'y employer. Le 13, cherchant un point faible, il s'aventura avec 30 cavaliers vers les défenses du fort Saint-Georges; une portée de mitraille moissonna huit hommes dans son escorte; les autres se retirèrent précipitamment.
Dans ce temps où le devoir lui commandait d'exercer une surveillance continuelle et d'ajourner toutes réjouissances pouvant amener le relâchement de la discipline, Foissac demandait une trêve pour célébrer le 14 Juillet. L'Autrichien accordait cet armistice avec le secret dessein d'en profiter.
Trois salves d'artillerie rappelèrent aux Mantouans le souvenir de l'assaut de la Bastille. On afficha, sur les places publiques, la déclaration des Droits de r Homme. Jacobins et soldats fraternisèrent. Les imaginations s'exaltèrent à des récits héroïques. Au quartier général, il y eut un repas civique de 150 couverts ; là, des orateurs tonnèrent contre les rois qui asservissaient l'Europe. La cité semblait, pendant cette manifestation patriotique, couler à nouveau des jours heureux. Pendant ce temps, l'ennemi, sans souci de la trêve accordée, poussait en toute sécurité les retranchements de sa
première parallèle à portée de pistolet de Pradella*.
Le 15, Ton festoya encore et on chanta la Marseillaise. Le 16, seulement, Gastine s'aperçut de ToBUvre des Autrichiens. Deux reconnaissances, envoyées pour inquiéter les travailleurs, étaient repoussées. Le canon était également impuissant à arrêter ou à déloger Tennemi dont les 8 redoutes, s'élevant sur la rive droite du Payolo, pouvaient battre les postes français. L'ouvrage à corne de Pradella n'était plus tenable, si résolue que fût sa garnison. Les châteaux T et Migliaretto étaient criblés, en quelques heures, de projectiles creux; leurs murailles branlaient sur leurs bases; leurs toits s'effondraient. De tous côtés, le cercle de fer se rétrécissait.
A partir du 16, Tartillerie va tonner jour et nuit, accroissant la terreur des Mantouans et détruisant les digues, les batteries, les remparts, épouvantant les blessés. Pendant que roule cette avalanche de projectiles, les soldats, épuisés de fatigue, se refusent à faire les pionniers. « Depuis le 17, on emploie, chaque jour, 350 habitants, pris parmi les plus vigoureux, à la réfection des fortifications 2. »
La ville, dès lors, prend un aspect funèbre. A toute heure, on charrie des morts. Des essaims de moustiques véhiculent la fièvre. Les palais et les églises sont encombrés de malades. Chaque soir, de sourdes rumeurs et le cri de : « Mort aux Répu-
1. La première parallèle fut tracée sur une hauteur, à 300 mètres de Touvrage à corne de Pradella; 3.300 travailleurs militaires et i.200 paysans ouvrirent la parallèle sous la protection de 4 bataillons et de 1 escadron. {Cahier Cfiasleler, p. 13o.)