‹ Les campagnes de 1799. Souvarow en ItalieChapitre 64 sur 112 · A. Luzio, p · texte numérisé non relu

A. Luzio, p

SIÈGE DE MÂNTOUE

blicains! » sortent des ruelles empestées*. Les cadavres contaminent Feau des lacs. L air devient irrespirable. Un ardent soleil vient ajouter, chaque jour, le supplice d'une chaleur torride aux épreuves dont la garnison était déjà accablée.

Au milieu de ces épreuves, devant une population affolée et affamée, Foissac-Latour reprend son rôle de dictateur. Tout plie devant cet homme terrible-. Sous prétexte de prévenir une conjuration, il frappe de terreur les bourgeois. Pour assainir un quartier, il fait abattre les vieilles maisons de la place Argine. Sans craindre d'incommoder les blessés, il ordonne qu'on blanchisse à la chaux, tous les jours, les murs de l'hôpital Saint-Léonard. Pour essayer de se rendre populaire, il visite ces blessés et leur distribue h chacun un écu.

Le 24 juillet, de Kray mettait en ligne ses dernières batteries; il armait 100 pièces de canon,

1. Foisac à Macdonald :« L'esprit public est en général mauvais à Mantoue. Les nobles et les prêtres y font leur milieu, comme partout ; mais j'ai une police secrète bien montée. J'ai publié des règlements énergiques ; j'ai concentré le Gouvernement, et tout se borne à faire a l'ennemi quelques communications et à quelques caquetages de femmes, que ma force me permet de maîtriser. Je connais les mauvais esprits et ma main est prête à s'appesantir sur eux à la moindre circonstance de désordre à laquelle ils pourraient prendre part. » (Arch. Guerre.)

2. Les carde-magasins s'appelaient Barbi, Piou, Christophle et Cameau. Les deux premiers sont condamnés pécuniairement par Foissac. Il confisqua A Christoçhle une grande quantité d'eau-devie, dont la propriété lui avait été reconnue par un tribunal. Cameau fut condamné à payer 7.500 livres. Affligé, il se tira un coup de pistolet qui lui entama la tête sans le tuer. Il put payer 6.000 livres. Pour les autres, le général lui rappela le matin de l'évacuation de Mantoue, le menaçant, s'il ne payait pas, de le faire conduire en France enchaîné. Les mécontents avaient un journal: le journaliste bloqué^ qui faisait de la satire. Le gardemagasin Morier, ayant emplové dans un article le mot «Monsieur» fut condamné à un mois de détention au fort Saint-Georges. (Rapport de Leclerc,déjà cité.)

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20obusiers et des mortiers li bombes. Les tirailleurs autrichiens bordaient les berges du lac Inférieur, se dissimulaient dans les roseaux du Payolo,au milieu des fossés où ils s'abritent et fusillent à coup sûr les travailleurs républicains. Les rumeurs de cette armée remplissaient Tair. Le tonnerre des canons troublait la nuit pendant que les traînées de poudre enflammée faisaient, du panorama de Mantoue, un étrange et grandiose spectacle.

Aux projectiles que les Républicains lançaient, le 24 juillet, à dix heures du soir, de la tranchée ouverte entre Pradella et Cerèse, les Allemands ne répondirent, d'une manière continuelle, que le 25, à quatre heures du matin; ils visaient surtout, avec une remarquable précision, les pièces armant l'ouvrage à corne de Pradella, le bastion Saint- Alexis, le T, et enfin toute la digue du Payolo, si bien qu'à midi, le même jour, l'artillerie des assiégés était réduite au silence. Alors l'infanterie assiégeante s'avança entre les batteries victorieuses ; du premier élan, le colonel Praed enlevait une digue encore armée et placée devant la grande tour Cerèse, son régiment perdant là 22 morts et 60 blessés. Le lieutenant Schmidt, du corps du génie, y périssait. Pendant l'action si efficace de l'artillerie, celle-ci perdait \i officiers et 6 soldats tués et 39 blessés. L'artillerie avait tiré 5. 114 boulets et 824 bombes; ouragan de fer qui ruinait les palissades, entamait les remparts, éventrait 70 maisons et la porte Pradella.

Dans leïirs abris, les Français perdirent peu de monde. Ils se (léfilèrent, des postes avancés, dans les positions de seconde ligne, d'où l'on pouvait encore

efficacement protéger la ville. Un corps hongrois qui voulut traverser les marais, en face de Spanervera, pour débusquer la brigade Gérard et les Polonais, perdit 300 hommes et rétrograda en désordre; mais, le 25, à six heures du soir, l'intrépide Palfy occupait les lignes avancées de Saint-Georges. Les Républicains évacuèrent le fort, dans Tobscurité, après avoir enlevé les canons en bronze, les fusils de rempart, toutes les munitions. L'ennemi n'y trouvait que 5 pièces de canon en fer, enclouées. De la gorge du fort, il tirait, le 26, sur Mantoue, battait la citadelle pendantqu'unedeuxième batterie* élevée à gauche de la forteresse, et la batterie de Zippata, garnie de pièces russes, rouvraient le feu contre Migliaretto.

On S'acharnait aussi contre les défenses de Pradella. Faire passer en ce lieu les colonnes d'assaut, tel était le projet du général Kray. D'ailleurs, Mantoue n'était, pour lui, vulnérable que sur ce point. Des hommes chargés d'échelles attendaient, derrière un bois bordant la route de Crémone, qu'on leur donnât le signal d'agir et avaient hâte de marcher à l'assaut, à la tuerie, au pillage sans doute, pour goûter enfin les basses réjouissances tant recherchées par les Croates.

Le 26, à onze heures du soir, Baleydier, qui s'était battu jusqu'à épuisement complet du courage de ses hommes, abandonna l'ouvrage à Corne après avoir fait allumer deux mèches allant aux mines souterraines, dépôts de poudre et de bombes. Cependant l'explosion attendue ne se produisait pas, car un capitaine du génie autrichien, nommé |l)etraux, avait pu franchir la fenAtre d'un réduit quand le

dernier soldat républicain en sortait; il avait éteint les mèches, puis après avoir consolidé le bâtiment percé à jour, il déclarait qu'on pourrait, de ce lieu, écraser la ville, pour le bombardement de laquelle on armait, en outre, Pradella, d'une puissante batterie.

Autant pour épargner le sang de ses hommes que par égard envers les malheureux Mantouans, de Kray envoyait, le 27, à dix heures du matin, sommer Foissac-Latour de rendre incontinent la place, s'il voulait épargner aux vaincus les horreurs d'une guerre d'extermination, qu'on ferait après l'assaut.

Foissac, consterné, regarda autour de lui, interrogea ses subordonnés : trois brèches ouvertes, l'artillerie démontée, les munitions épuisées, les soldats sans énergie, les officiers découragés, des habitants aifamés et suppliant, à genoux, qu'on acceptât une capitulation. Que devait faire le chef? Résister à outrance, faire périr 20.000 individus; voir changer Mantoue en Numance ou en Magdebourg pour tuer encore du monde aux Autrichiens par les moyens les plus barbares ; s'ensevelir luimême sous les ruines, au milieu d'hécatombes sanglantes? Non. Foissac ne possédait pas l'héroïsme nécessaire pour un pareil sacrifice et gagner ainsi le renom d'un grand capitaine.

Après avoir épuisé tous les moyens de défense, fatigué, impopulaire, il se décida à écouter les propositions du lieutenant-colonel Orlandini, qui se défendit de pouvoir accorder des conditions exceptionnelles à une troupe forcée d'accepter la loi du vainqueur. A ce moment, retrouvant toute son énergie, le général en chef écartait Orlandini et

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envoyait Monet porter celte condition à de Kray :

« — La garnison se rendra à Tarmée d'Italie où elle pourra reprendre les armes. »

Mais de Kray refusa net. Alors Monet lui déclara fort à propos : « — Que les Républicains s enseveliraient sous les ruines de la ville plutôt que d'avoir h subir Thumiliation d'un désarmement. » Paroles qui produisirent une telle impression que Tétatmajor autrichien accepta presque toutes les conditions posées par le vaincu (*).

« — Entrer dans Mantoue à tout prix! » Tel avait été Tordre donné par François II et que Souvarow avait répété, mécontent qu'il se trouvait de voir 30.000 hommes immobilisés aux travaux d'un siège.

La garnison prenait rengagement de ne pas servir, pendant un an contre les alliés et rentrait en France pendant que Foissac-Latour et ses généraux, emmenés commeotages, seraient internés en Autriche pendant trois mois, répondant sur leurs tètes de la parfaite exécution de la convention militaire.

Cette convention signée, on apprit qu'il restait des vivres dans la place. Cela fit crier trahison. En voyant luire les baïonnettes autrichiennes, plusieurs patriotes se crurent perdus. La populace, dirigée par un prêtre fanatique, insulta le Gouvernement provisoire; 200 jacobins, qui redoutaient le supplice du gibet ou du bûcher, prirent les uniformes des malades pour sortir avec les bataillons républicains, le 28 juillet, dans la matinée. Parmi eux, on remarquait Somanzari, administrateur de la cité.

Foissac-Latour allait à Judenburg, en lllyrie. 11 emmenait 3 fourgons, qu'on disait chargés d'or. Un

inspecteur dédouane ne trouvait dedans, àVillach, que des pa|»iers et des vêtements. Derrière le général, 130 officiers et 7.149 soldats défilaient devant l\Hat-raajor autrichien. C'était tout ce qui restait (ic la garnison. Des 1.220 malades ayant reçu la ration; le 27, à l'hôpital Saint-Léonard et aux annexes, 400 suivirent l'armée, qui avait, dans ce siège mémorable, perdu 3.313 hommes^ Les Austro- Itnsses avaient perdu 2.095 combattants-.

Ce fut sur une jonchée de fleurs et dans le bruit des vivats que M. de Kray fil son entrée dans Manloue, le 28. 11 prit possession, au nom de l'empen'ur d'Allemagne, de la ville, où il trouver un matév'\A considérable^. Il entendit le Te Denm que révoque chanta pour fêter le rétablissement des autels, et, le 4 août, malgré la répugnance qu'il éprouvait de servir directement sous les ordres de Souvarow, le vainqueurs'acheminait vers Alexandrie, à la tôte de 22.000 hommes. De ce corps, 8.000 soldats, malades ou exténués de fatigue, restèrent en route. Les autres arrivèrent, le 10, surl'Orba, alors <|ue Weirolher signalait l'approche de Joubert.

Le 13,lesdébrisdescorpsde()ll etHoheuzoUern se serrèrent. De Kray leur lit faire un mouvement par l'aile droite, vers Suze, où l'on avait signalé la pré-

{ . L'armée républicaine fui diminuée, pendant le siège de 260 déserteurs et de i06 prisonniers. Le feu et les maladies tuèrent 2-3n hommes.

â. M. de Kray a ainsi établit ses pertes : 71 morts, dont 3 officjt?rs; 235 bless'és. dont 7 officiers; 75 prisonniers; 41 perdus ou novés. Malades, 35 officiers et 1.632 hommes. Total, 2.095 combatmrils. (Ghasteler, p. 140.)

H, Les Autrichiens trouvèrent 601 pièces d'artillerie, 243 de bronze, 256 de fer, 55 mortiers, 27 obusiers, 20 mortiers à la Cohorn, 12JI59 fusils, 1.260 pistolets, 70 arquebuses à croc ; un matériel d'iii^pital, des médicaments, des barques, etc. (Arcb. de Mantoue.)

sonce de Championnet. Mais, le 14, il reprit ses positions en face de l'Apennin et s'étendit devant Pasturana. Ses troupes vont tirer, le 15, les premiers coups de fusil contre l'armée républicaine.

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