‹ Les campagnes de 1799. Souvarow en ItalieChapitre 65 sur 112 · CHAPITRE XV BATAILLE DE NOVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV BATAILLE DE NOVI

DesiTÎption du champ de bataille. — Positions occupées par les (liïux armées, le 14 août à dix heures du soir. — Le général de Kray attaque et repousse Pérignon. — Joubert veut entraîner les troupes et reçoit une blessure mortelle. — Moreau reprend le commandement. — Combat devant et dans Pasturana. — Souvarow laisse écraser les Autrichiens. — La réserve des alliés se met en marche. — Offensive des Russes. — Défense de Novi. — Luile droite française fournit des charges inutiles. — La briu:ade Calvin se débande. — Saint-Cyr est débordé à quatre heures du soir. —Moreau ordonne la retraite. — Les Républicains se d(^ fendent héroïquement dans Pasturana et y perdent leur artillerie. — L'armée française se retire sur T Apennin. — Les pertes. — Immobilité des Austro-Russes.

Quiconque observe la campagne du haut de la tour de Novi, a, devant lui, au nord, cette vaste plaine qui servit, le 15 août 1799, de champ de bataille, et, au sud, au milieu d'un panorama immense, FApennin qui entasse des mamelons presque toujours enveloppés d'une teinte bleuâtre. Les toits de plusieurs palais et trois clochers dominent Tentassement des maisons de la ville qui formait, en 1799, le sommet d'un triangle très ouvert, que Tarmée républicaine avait occupé dès le 14. Uiio large muraille, chargée de remparts à mâchicoulis et bordée de fossés très profonds, entou-

rait la cilé où quatre portes donnaient accès*.

A droite de Novi, jusqu'à Serravalle, petite ville vieillotte qui domine, delà rive gauche, iaScrivia, la route est droite et longe, pendant 7 kilomètres, ces sinuosités que dessinent les dernières ondulations de TApennin. A gauche, de Novi à Pasturana, sur un parcours de 3 kilomètres, le chemin en lacets côtoie des contreforts, après avoir traverse un parc et s'élève jusqu'au Campo Santo de Pasturana.

Ce village, qui avait 54 feux, il y a un siècle, enveloppait de ses murailles grises une sorte d'entonnoir creusé au centre même du pays ; un étang de 20 mètres de long sur 10 de large y étalait ses eaux croupies. Au devant, s'étendait une terrasse couverte des bâtiments d'une ferme, d'où Ion dominait dans toute son étendue Timmcnse vignoble planté jusqu'à Busaluzzo. Du môme point, le regard pouvait percer jusqu'à l'Orba à travers le réseau des peupliers qui ombrageaient les prairies. Le quartier sud du village, aux maisons plus serrées, couvrait l'éperon d'un assez haut contrefort, qui venait tomber à angle presque droit dans un ravin où coule un ni, le ravin du Grand-Pré de Riasco, où l'on ne trouvait d'autre bâtisse qu'un moulin. Et, partant du haut quartier, le mamelon contournait et couvrait entièrement Pasturana, à l'ouest.

On pouvait remarquer, parmi les différentes voies de communication, un petit chemin de traverse qui s'embranchait sur la route, près d'une chapelle

\. J'ai trouvé à Novi, pour me n-nseipner sur la topofçraphie du pays, et sur quelques détails très particuliers de Taction, M. François Trucco, avocat, qui a écrit une relation fort instructive de la bataille. (Visites faites à Novi et aux environs les iO et 11 août 1899 et le 4 mai 1901.)

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votive, escalatlail quelques pentes boisées et rocheuses pour aboutir, à Novi, dans la rouie de Gavi. Deux chemins encore traversaient Pasturana: 1* le chemin de Bazaluzzo à Tassarolo ; 2° la route de Novi à Francavilla. Ces roules se croisaient place de rÉglise, devant le marécage bordé d'ormes et en partie asséché aujourd'hui'.

Au delà de cette ligne Serra velle-Novi-Pasturana, s'étend la plaine à peu près carrée d'Alexandrie que domine, devant Novi, et à 4 kilomètres de ce lieu, la bourgade de Pozzolo-Formigaro, remarquable par son castel aux tons rougeàtres tirantsur le jaune et chargé de deux tours.

Entre la Scrivia et TOrba, rivières qui coulent parallèlement, une terre ocreuse, très dure, se fendille sous l'ardeur des rayons du soleil, emmagasinant la chaleur qui accable Thomme dès qu'il s'aventure au dehors. Reste-t-il quelques herbes? que les milliers de lézards gris répandus dans cette contrée s'en évadent au moindre bruit. Dans toutes ces vignes non élevées en espalier, mais plutôt suspendues k des tringles en bois, ce n'étaient (jue vieux ceps h épaisses ramures, et difficiles à écarter sans le secours d'une sape. A ces obstacles s'ajoutaient encore les haies vives qui bornent les propriétés, des marécages, des rûs, des fossés et quelques bois de pins et de bouleaux. A peine deux cents cassines, maisonnettes et fermes en pisé, étaient dispersées à travers ce vaste espace.

A l'extrême gauche du champ de bataille, on voit s'étagerles toits de Bosco. Devant Bosco, c'est Fre-

i. Rensei^emcnls comrauniaués par M. Decchi, architecte à Pasturana, dont le père fut, de la bataille, un témoin oculaire.

sonara; puis, plus près, Basaluzzo. A droite, c'est: au nord-est de Serravalle, Stazzano, et plus au nord, Gavazzana et Villalvernia aux blanches murailles ; et, plus au loin, Tortone s'appuie à la muraille de l'Apennin qui, par là, longe et serre parfois de près le cours du torrent la Scrivia.

Dans cette campagne, on trouve, en outre, plusieurs hameaux. L'un, Betole di Novi, est à 3 kilomètres de Novi ; il couvre Serravalle et s'étage sur un ressaut qui va s'affaissant jusqu'au rivage de la Scrivia. Betole fait face à Cassano, élevé sur la rive droite et domine les maisons de Gavazzana. San- Bartholomeo garde le chemin ouvert entre Betole et Pozzolo. D'autres villages encore se cachent à l'ombre des ormaies.

Ainsi, Serravalle, au grand débouché de la Scrivia; Novi, placé à cheval sur la grande route de Gènes à Alexandrie; Pasturana, couvrant une arête qui commande le cours inférieur du Lemmo et domine la rive droite de l'Orba sur un assez long parcours, sont, de fait, trois fortes sentinelles placées au pied môme de l'Apennin, tandis que Pozzolo- Formigaro est la redoute la plus forte qu'une armée puisse le mieux défendre contre un ennemi venant du sud et qui tenterait de s'avancer dans la plaine de Marengo.

Dans la nuit du 14 au 15, l'armée française, forte de 33.860 hommes, ayant 43 canons(*), occupait les positions suivantes : Dombrowski, qui s'était avancé d'Arquata jusqu'au delà de Serravalle, pouvait en bloquer le Château, et, passant le pont, surveiller la rive droite de la Scrivia vers Stazzano ^ Devant

1. D'après les indications de Chodzko, la légion polonaise n'est pas comptée dans l'armée. La division Dombrowski, forte de

Dombrowski et obliquant à gauche, le reste du corps de Saînt-Cyr s'échelonnait, en groupes de bataillons. Watrin débordait de San-Bartholomeo, se rabattait devant Novi, tendait la main à la division Laboissière, qui, elle, rejoignait la droite de Lemoine, devant le parc. Des réserves, bientôt renforcées d'un millier de traînards, gardaient les débouchés de la montagne, les routes et divers chemins de traverse. Gardanne allait défendre Novi, derrière lequel se tenaient 2 régiments de cavalerie, la 3'' de bataille et le grand parc.

Quant au corps de gauche, qui avait été renforcé à 2 heures du matin par le 12' dragons, il appuyait sa droite — division Lemoine — dans les dépendances du moulin situé à 1 kilomètre de Novi. Et, non loin du moulin, divisée en groupes de compagnies massées, la division Pérignon, formant une ligne droite, s'arrêtait à 500 mètres devant Pasturana. Grouchy commandait la division d'extrême gauche et s'appuyait au Lemmo qui, alors à sec, ne constituait plus un obstacle. Richepanse commandait la réservé de cavalerie , et, ne pouvant s'avancer jusqu'à TOrba a travers les fossés et les oseraies, il se tenait derrière Pasturana. L'artillerie était au second plan^

Ces troupes, extrêmement fatiguées, avaient été, par la plus coupable imprévoyance, laissées sans

2.070 fantassins et de ;iO cavaliers, était composée des 17" et 57» de bataille, de la légion polonaise et de la 1'* demi-brigade cisalpine. 1. L'aile droite avait 6 canons de 8, 4 de 4. Le centre, 2 de 8, 6 de 5, 2 de 4. L'aile gauche, 2 de 8, 6 de 4, 2 obusiers de 5 pouces et demi. Les pièces étaient approvisionnées, celles de 8 a 1.100 coups chacune; celles de 5, 1.790; celles de 4, 2.000 coups. Il y avait, pour les obusiers de (> pouces, 44.311 obus, pour ceux de 5 pouces et demi, 807. (Rapport de DebelIeàMoreau. Arch. Guerre.)

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vivres^ Déjà éprouvi^es par uno chaleur accablanio, elles ne pouvaient trouver d'eau pour éteindre leur soif, le Lemmo et TOrba étant partout à sec. Les vignerons avaient vendu la plus grande partie de leur vin et tenaient caché ce qui leur restait. Ni les prières ni les menaces n'eurent raison de la dureté des paysans; ils se refusent à soulager des malheureux qui, couverts de poussière, dépouillaient les arbres de leurs feuilles vertes, qu'ils mâchaient pour y trouver^uelque fraîcheur, ou mangeaient les raisins verts, mêmes les herbes ; soldats qui se livraient aux plus malveillants propos envers leurs chefs, se disant mal commandés et se croyant exposés aux plus grands périls, alors que leurs officiers venaient annoncer que Tennemi doublait le pas, alin de fuir très loin.

Par rapport au front que présentait Tarmée française, Tarmée autro-russe avait une ligne oblique, la gauche étant placée en potence. Dans ce terrain couvert de vignes et quelque peu accidenté, qui s'étend de Pozzolo au continent du Lemmo, de Kray, Ott et Bellegarde déployaient leurs troupes. Le l"se rapprochait de Pérignon et envoyait des hussards en reconnaissance le long de TOrba. Les fusiliers de Derfelden et les grenadiers de Miloradowitch formaient le centre, devant Pozzolo-Formigaro ; puis la gauche, repliée, faisait face h la Scrivia, comme

1. « Les troupes reçurent, la veille de la bataille, une ration d'eau- (le-vie, à dix heures du soir. A trois heures du malin, le 15, une autre ration d'eau-de-vie, une de viande et une demi de pain. Le commissaire des guerres, Arnoult, de la division Lenioine, n'a pas paru le jour de la bataille. 11 s'était sauvé à Gènes. L'ambulance ne fonctionnait pas. On trouva, trois jours après, le commissaire à Savone.» (Registre 3', 69, Arch. Guerre.)

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si Vwrmi^e fraociii'^*' devait attaquer par l'(>si, Dorabrowski en tête.

Soiivarow, i]oi avait pris son quartir*r ^n'ri**Tal, pendant quelqiK^s jours, h la Casa CanuTita, s'était portts dés !t* matin, à Kormigaro. Au bruit du canon, il s'inquiéta, monta sur la tour du Castel» d'où Ton |*uuvait î^uivn* IT^volution îles troupes» Alarmé de la faiblesse do son ailo gauche, il app^'^'l ^ ^^^^ srrours, au moment d'altaqut^r, la réserve restt''eau €inup df lli val ta, ♦su us les ordn*s (Je M* t1^ M<5las.Encas d éehec, le maréchal pouvait faire desc<^nilr<% dnns l'arènt\ li's (iJHHï Jiommes »'antonn'*s autour tlt^IaSpinetta; il tirait d<jà quelques hataillons A d(*s escadrons des lO.OlHJ fantassins et gjXW eavalit*rs avce lesquels Rosonberg assiétç^ait Tortone, oci-upait Viguzzolo et Montoqualdone.

Lu veîll<% lo ^L^néralissime avait envoyé h de Ki'ay, ^l^ï i' bîiJ^^îiit surtout dt^puis que ei4 offirier Vétâit vanté d'avoir réduit Mauloue avec ses seules forées, sans le secours des Hussos, l'ordre de rennusser les Républicains, s1ls t«^ntaiiuit, le \T\ (lavancer par leur gauclio, Ur, ce jour-lA, à une (3^,11 re du matin, de Kray crut voir une marche oiTensive dans h^ déphu^^nieut qu'opérait la *Ai'' jj. bataith"'. Aidé de Lîellegardr, it forma rapide-

1 HîipfHJil <Ui chvS de la 3V deiui-hnijuM'î»' :« t"n onîrp rlu (iéné-

j',|p ,|ivï5ï(i*n Lejiioiiip nous rail pincer en pi^lencf à lu ^àiirïj*^

L la liritfaiie Sems qui tK-eiipnil iine moition très .ivnn laineuse et

lijffl?HiiM<ienï xîiMv pf>ur riinh-nir celte dti gén<*raï ^iarcau Sous

jj^ijîes sur une pusUion remplie de vi-jneu, de ho\n ft rivins,

' pqjand»^^ l'Jir t'élit' rpic nous devrions natiirelleiiirnl tuniiutT.

Cfiie maïKPuvre sernhkut v<«uloir dire à l'ennemi: voilji une porto

'nvcf'*^' violiez» vans t mirerez sans peine. C'est là où \ kfunines tîe

pijYjijtint se mouvoir ensemble, f|ne les Vr te^rèie, les rji- el HÔ* de

PL^c |(.i8sèrcïiL la tmit. Il y avait cinq jours i|ue la tronpi- vivuil

•ïtfC je ne sais «^uoi, ttiutol leqinirl de ration, UmUM le drmi-i|uart

I micltl'ï^'fois rien. * (Arch- Guerre.)

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