PLAN N
Échelle 1 : 230 000'
BATAILLE DE NOVl 359
ment 3 colonnes d'attaque, au milieu d'une nuit si claire qu'on aurait pu prendre le rayonnement de rOrient pour un lever d'aube.
En partant de Fresonara, la 1'' colonne, ayant 3 bataillons de grenadiers, devait marcher vers Predosa, puis remonter les deux rives du Lemmo, chercher h tourner la gauche des Français, couper la retraite aux fuyards. La 2* colonne, forte de 4 bataillons, traverserait la plaine ouverte à gauche de Basaluzzo, déjà garni de postes autrichiens et marcherait droit sur Pasturana. La 3* colonne ou réserve cheminerait entre les deux autres, mais à 300 mètres en arrière ; elle pourrait ainsi fournir un soutien à droite ou à gauche, suivant les circonstances. Et ce corps avait pour appui 12 pièces de canon et 2 régiments de hussards.
Après avoir dépassé Basaluzzo, à droite, la 1'"'' colonne opérait un changement de direction à gauche. Le bataillon de tête se déployait, s'avançait par bonds et, passant d'un plant de vignes dans un pré, il engageait lefeu,àtrois heures vingt du matin, avec les avant-postes du général Grouchy.
Le camp des Képublicains s'éveillait à l'instant. On y battait la diane et les musiques jouaient, dans chaque régiment, le Chant du départ. Une immense clameur patriotique soulignait la dernière note, à laquelle succédait le bruit de la prise d'armes, le hennissement des chevaux qu'on sellait, puis le commandement des chefs que l'écho répétait à l'entour. Et la ligne gauloise faisait face, d'un mouvement spontané, aux hordes germaines et slaves qui venaient, en ces champs, achever la conquête de l'Italie. Alors le jour apparaissait blan-
châtre, à Thorizon; et cet horizon s'empourprait bientôt des feux du soleil levant.
Joubort allait-il donner, à l'annonce de cette attaque imprévue, Tordre de remonter dans T Apennin pour en garnir les premières arôtes et accroître ainsi les obstacles devant lesquels viendrait se briser l'atidace des guerriers de Souvarow?
Les cri^pitements d'une fusillade intermittente déchirèrent l'air jusqu'à quatre heures du matin. Dans le grand jour, Grouchy aperçut, de Pasturana, les habits blancs débouchant des ravins, se glissant au travers des vignes. Derrière l'infanterie, des pelotons de liussards jaunes et du canon de petit calibre apparaissaient. C'était une offensive bien conduite, et les l(^les des 2 colonnes de Kray, qui avaient achevé, en vingt minutes, leur déploiement, fonçaient bravement sur les Français, qui se trouvèrent accablés par le nombre.
Pendant que la 2' colonne autrichienne, conduite par Ott, su heurtait, devant la ferme des Croix, à un réfïiment de la brigade Grandjean, débordait sa gauïlie, faisait plier son centre et s'arrêtait devant une masure crénelée, la !"• colonne, commandée par Bellegarde, ayant à sa tête le colonel Dobay, gagnait du terrain, repoussait la 80" de bataille, poussait des hurrahs forniidables ; mais le feu de la 34% amenée par Gareau etdélilre dans les vignes, arrêtait son l'ian. Aussitôt, de Kray s'alarmait ; il amenait des renforts d'infanterie et d'artillerie, et, par sa présence, excilait Tardeur des combattants.
Si la Si" fit son devoir devant les Autrichiens, la b" lég^^re. prise en biais par une batterie, se diUjitnda, comme à la Trebia. L'ennemi se préci|)ita
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dans cette trouée. Toutefois, il ne put gagner, en une heure, que 100 mètres de terrain, tant on lui opposa d'énergie, et sa cavalerie, aux ordres de Palfy, impatiente de charger, aventurée dans un chemin reliant Pasturana au bas Lemmo, fut décimée et forcée, malgré son courage, de rétrograder derrière un rideau d'arbres.
A six heures et demie, le combat était arrêté, un moment. Les adversaires reprenaient haleine, sans cesser de s'observer. Reformés en pelotons, les Autrichiens rouvraient le feu et s avançaient si bravement que, devant la V colonne, les 3 bataillons de la 84" reculaient enfin.
Joubert arrivait sur ce point. Indigné de voir les généraux français délibérer au lieu de combattre, étonné que Seras ne fût pas à son poste dans un moment aussi critique pour ses troupes et décidé à accepter la bataille qu'on lui offrait, il jetait sur l'assaillant la 26' légère. Alors qu'il escomptait un succès, les fusiliers et carabiniers républicains étaient ramenés la baïonnette dans les reins ; sans s'effrayer d'une aussi soudaine défection, le général en chef, comme un simple colonel, ralliait les soldats vaincus, opposait à gauche quelques compagnies aux vainqueurs; puis, entraînant le centre, précédant ses guides, il poussait son cheval vers l'ennemi, dépassait une maison blanche qui domine encore l'entrée du ravin ouvert de Test à l'ouest, dans un grand espace inculte. Il s'écriait: « En avant! » jusqu'au moment où une décharge de mousqueterie couvrit sa voix.
Alors la fumée de la poudre enveloppa celui qui se montrait soudain un si vaillant entraîneur
d'hommes. Ce nuage étant dissipé, Grouchy aperçut Joubert qui, étant tombé entre les bras de Dave, son aide de camp, demandait, ou plutôt priait : n Couvrez-moi d'un manteau ; que Tarmée ne sachi* rien. » Une balle autrichienne, perforant le flanc droit au-dessous de Taisselle, avait brisé la cinquième côte, tourné le long des vertèbres lombaires, trouvé dans les os une résistance qui la fit d*'vior et se loger dans une oreillette du cœur. Dave (^t Mouton transportaient leur chef qui s'était évanoui, à la Casa Bianca, dite Spacieuse. Suchet voulut qu*on renvoyât à Novi. Quatre grenadiers remportèrent sur un brancard et le couchèrent, au palais Doria, dans le lit où il avait reposé quelques heures, la nuit précédente. C'est ainsi qu'une imprudence rendit à Moreau le commandement d'une armée qui n'apprit d'ailleurs, que le soir, comment Joubert avait été mortellement blessée
Moreau s'était porté, avec le général en chef, dès six lieures du matin, à la gauche de la ligne français*/ ; mais il le quittait non loin de Pasturana pour aller encourager et diriger au besoin les troupes attaquées par la 2** colonne allemande; par là, il arnMaitdesfuyards et il faisait filer 2 bataillons appartenant à Colli pour renforcer Seras lorsque lui parvint la triste nouvelle. Il se porta alors derrière la 26" légère.
Joubert emporté, la V colonne autrichienne arrivait à la Casa Bianca, se trouvait à découvert dans la zone du feu des 26" légère et 105" de bataille. Kl le s'arr(^tait. Une charge à la baïonnette rejetait
\, Ko bruit qui a couru, d'un assassinat, par les jacobins, doit être écarté.
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SCS compagnies au fond du ravin où elles se dispersaient, n*t^coutanl ni les prières ni les menaces de leurs officiers.
Sans un nouvel effort, de Kray était condamné au rôle de vaincu. Son honneur et la réputation de ses troupes lui défendaient d'abandonner le champ de bataille. A huit heures, il appelait de nouvelles réserves, et, quoique placé dans une position critique, oubliant sa fierté, ses griefs, pour sauver Tarmée austro-russe, il envoyait supplier Souvarow de soutenir les nouveaux efforts que son corps allait faire. Mais le généralissime attendait, dit-on à Vienne, que les Autrichiens fussent écrasés avant d'engager, et cela pour la seconde fois, les soldats russes, car une première attaque, conduite par Rosenberg, à sept heures, sur la droite de Nuvi, avait complètement échoué.
La 2"" colonne autrichienne, voulant traverser l'aile gauche des Français, dans son centre, heurtait les troupes du général Lemoine, qui cédèrent d abord, reculèrent derrière une ferme dont ils défendirent rapproche des murs pendant quarante minutes. Ces troupes reprirent ensuite Toffensive, laquelle restait sans effet devant les renforts amenés à la réserve autrichienne: 2 bataillons russes. L'ennemi attaquait de nouveau Grandjean, puis Charpentier 'qui couvrait de sa brigade celle de Partouneaux.
Lemoine gardaittoutson sang-froid dansune mêlée effroyable ; ses compagnies marchaient comme soudées entre elles, quoique à découvert, sous un feu extrêmement violent. Enfin, elles culbutaient les bataillons pourtant aguerris de Stuart. Vainqueur, Lemoine étendait trop sa ligne, adroite, vers Pozzolo,
faute dont Bellegarde sut profiter en séparant, par 1 régiment, les divisions Lemoine et Pérignon ; puis ce régiment éloignait la cavalerie républicaine abritée par des ormes et marchait, d une belle allure, droit à Pasturana.
Mais tout à coup, derrière les vignes tapissant un coteau, des troupes fraîches apparaissaient et criaient : « Halte-là ! » C'était une réserve d'infanterie que Daoust avait amenée de Capriata d'Orba; elle brûlait du désir de se battre. Les 3.000 coups de fusil qu'elle tira en dix minutes causaient le plus complet désarroi dans la colonne assaillante, qui, laissant un champ couvert de morts et de blessés, se repliait jusqu'à Basaluzzo.
A gauche, la division Grouchy, que Pérignon secondait, gardait ses positions défensives quand de Kray, faisant charger pour la cinquième fois, se vit encore une fois arrêté. Kepoussée près du Lemmo, la 1" colonne allemande obliquait adroite, se tassait, faisait volte-face, revenait sur l'ennemi et surprenait, dans un champ de maïs, Partouneaux qui s'était avancé témérairement en reconnaissance, le faisait prisonnier, et 8 bataillons donnaient tête baissée contre sa brigade. Celle-ci, rompue, était rassemblée et ramenée au combat par Lemoine ; dans son ardeur, elle chassait même les troupes qui allaient s emparer de la route de Novi.
Dans ces divers combats, Taile gauche française n'utilisait point son artillerie contre un ennemi qui, cependant, la couvrait de boulets et d'obus ^ Sa
1. « En parcourant le terrain, jo Iroiive une pièce <\e canon placée en arrière <i('s troupes : je dis à celui qui la couiinandait de s'ulier placer près d'une maison que je lui indiquai d'où Ton
cavalerie n'avait pas cherché une seule fois Toccasion de charger, alors que les hussards autrichiens, en éclaireurs ou en pelotons, sabraient sur plusieurs points. L'infanterie, dont la vaillance allait parfois jusqn'à Théroïsme, manquait des outils nécessaires pour s'ouvrir un chemin à travers les vignes. Avec la faim, une chaleur accablante causaitaux hommes engagés le 15 août les intolérables souffrances de la soif. Des soldats quittaient le rang, abandonnaient leurs fusils pour aller vider la gourde des blessés autrichiens ou pour fouiller les cassines désertes, à la recherche de provisions quelconques. Plusieurs soldats succombaient, du fait des insolations. Les mourants demandaient non pas qu'on s'employât à panser leurs blessures, mais h leur donner de Teau pour étancher la soif qui les dévorait. A dix heures du matin, déjà des centaines d'bommes ne pouvaient plus porter le poids de leurs armes. Les Autrichiens souffraient et mouraient pareillement. Et le soleil, arrivé au zénith, incendiait de rouges rayons Timmense champ de bataille.
Vaincu, quoiqu'il eût montré la dernière obstination, de Kray réclamait toujours la coopération des Russes. Souvarow avait envoyé, à neuf heures du matin, des bataillons qui, au moment d'aborder une ligne serrée, devant Novi, essuyèrent un feu
découvrait la ligne ennemie et à une portée qui l'aurait forcé de se porter plus en arrière. H ne voulut pas le faire sans un ordre d'un général quelconque. Voyant mes sollicitations vaincs, je m'en allai. Le général Lenioinc arrive. Je lui fis part de mes idées. Il me répondit que cette pièce ne pouvait rien contre 5 à 6, que Tennemi avait sur ce point à lui opposer et fut la faire placer sur un ]dateau éloigné d'où on ne pouvait rien voir, de manière que cette pièce faisait du bruit et non du mal. » (Rapport du commandant de la 34% déjà cité.)
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terrible, lâchèrent pii^d pour rentrer dans Pozzolo, plus vite qu'ils nen étaient sortis ^
De Kray faisait une sixième attaque. Cette fois, le suprême elîort donné sur la gauche du général Grouchy permit aux grenadiers hongrois de s'emparer des hauteurs boisées qui dominent Pastu— rana à Touest, de couper le chemin de Francavilla, c'est-à-dire la ligne de retraite des Républicains- Mais Pérignon voit h quel danger il est exposé ; sa brigade de gauche pivote, dégage un gros de cavalerie chassé des bords du Lemmo et fait muraille pendant que Clausel, entraînant 2u0 hommes, entre sous bois, expulse les Hongrois, les rejette sur le gros du corps de Kray, qui, hors d'haleine, ses munitions épuisées, voit avancer par bonds la ligne française; il abandonne 7 canons, des caissons, sacrifie en vain des hussards dans une brillante charge, regagne Basaluzzo, défend ce village, en est chassé et redescend, ses lignes étant rompues, derrière le couvert des saules qui bordaient l'Orba.
Si Grouchy avait su profiter de lavantage remporté ! Aidé de Lenioine, il pouvait anéantir les débris des bataillons autrichiens massés dans un culde-sac, en faisant avancer son artillerie. La victoire eût été décidée de ce côté-là, car la droite austrorusse détruite, les Républicains pouvaient charger par le Hanc Souvarow qui, ayant déjà Watrin sur les bras, n'aurait pu résister au choc. Au lieu de cela, Grouchy donnait du repos à ses troupes, qui se couchaienl à l'ombre des arbres et des cassines