‹ Les campagnes de 1799. Souvarow en ItalieChapitre 68 sur 112 · Rapport de Saint-Cyr. (Arch. Guen-e · texte numérisé non relu

Rapport de Saint-Cyr. (Arch. Guen-e

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très brave et brûlait d'ailleurs du désir de prendre, dans les plaines d'Alexandrie, une revanche des trois malheureuses journées de la Trebia ; et ces soldats nourrissaient, à Tégard des Russes, la plus féroce des haines, à tel point qu'on ne pouvait que difficilement les empêcher de ne faire aucun quartier aux blessés et surtout aux cosaques démootés. Aussi la division Laboissière était brave. On ne demandait aux Polonais, tour à tour pleins de fougue et de mollesse, qu'à rester sur la défensive.

A neuf heures, Souvarow faisait marcher 10 bataillons contre le l'"^ échelon de Taile droite française qui se tassait encore à gauche, autant pour couvrir No vi que pour seconder Laboissière gardant vigilammeut la trouée de Pasturana, depuis Je village jusqu'à la chapelle votive devant laquelle commence le chemin de traverse qui se déroule dans les sinuosités de TApennin.

En voyant venir l'ennemi, Darnaud arrêta son mouvement, exécuté par le liane, lit face au nordouest et accueillit par un feu de salve les soldats de liagi^ation qui chantaient un hymne de guerre *-

1. Cette chanson de marche a été traduite du russe, à uia demande, par le comte polonais L... Le traducteur déclare quelle ne rend pas, en français, l'impression sauvîjige et grandiose qu'elle a ckms l'idiouie moscovite.

« Alhms, camarades, à la baïonnette ! — Car mieux vaudrait s'effondrer dans ia terre, — que de quitter Souvarow, — Toi, Hassan le Turc (ou Jacob le Franc; — Viens donc tomber entre nos mains ; — Et ne fais seulement pas de manières — La où se trouve le comte Souvarow de Uymuik.

« Sois le bienvenu, comte bouvarow ! — Car tu vis en homme juste. — Tu nous commandes dignement. — Et tu n'as pas peur de la {^'uerre. — Je suis prêt à me jeter à l'eau et au feu. — Toi lu sers ndèlement l'Empereur. — Allons, cameirades, à la baïonnette !

« Sous le commandement d'un tel chef, — Nous voulons lou-

Ensuite, les 12* et 62* de bataille ouvrirent une brèche, à coups de baïonnette, dans la masse des Russes, dont ils tuèrent un grand nombre d'officiers ; ils prirent 1 canon et mirent en déroute 3 escadrons de cosaques. Lescompagnies moscovites, débandées, s'enfuirent vers leur camp. Toute la division Watrin, talonnant ces fuyards, leur fit franchir 3 kilomètres eu vingt minutes. N'ayant que 200 cavaliers et 1 pièce d artillerie, Watrin ne put enlever Pozzolo entouré de dragons, de hussards et de cosaques, qui combattaient avec Ténergie du désespoir. Et, devant cette résistance imprévue, Watrin rétrograda sur Novi.

Souvarow était en proie aux anxiétés d'un homme que la fortune, toujours souriante jusqu'alors, semble abandonner. On le voyait courir dans les rues de Pozzolo, encombrées de blessés, d'hommes découragés, d'officiers qui ne retrouvaient plus leurs troupes, de charrois abandonnés. Là, on s'interpellait dans toutes les langues. Un entendait parler allemand, russe, français, italien. Le désordre empêchait la libre circulation. Un bombardement, bien dirigé, au milieu de cette cohue, aurait été tragique et pouvait décider la retraite définitive des alliés. Le maréchal, qui était passé de la colère à la stupeur, s'écriait : « — Serais-je donc battu sur la fin de ma carrière*? » Obsédé par cette crainte, il fit ordonner à Bagration de retourner sur-le-champ au combat, de tout sacrifier pour camper le soir dans

jours faire la guerre. — Tel qu*un aigle bleu sur des cygnes. — Tombé soudain des hauts nuages. — Le Petit Père tombe comme un aigle. — Sur des païens, des Turcs non baptisés. — Souvarow est le Petit Père Lumière! »

i. De Laverne, p. 393.

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Novi : il demanda un cfae^-al poar accompagner la colonne d'attaqae. CV>t alors qu'un aide de camp du prince Constantin le pria, au nom de Paul I*'*', de n*>ler à Pozzolo, car il devrait peut-être, le soir, assurer le salut d'une armée qui, après huit heures de combat n'avait pu réussir ni à s'établir dans Pasturana nia détruire la droite des Républicains. Souvarow obéit, puisqu'on lui parlait au nom du ca^ar.

Bagration et Milorado^ilch suivaient Watrin qui se retirait. A midi, les adversaires recommeoçaient le feu. Bag^ration rentrait dans les Cassines, un hameau situé derrière Betole et se promettait de réparer son échec du matin.

Saint-C}Tqui, du Belveder, voyait quel assaut les Autrichiens livraient à Grouchy, ordonnait au général Watrin, dont la troupe élaitdéjà échelonnée sur b»s premières pentes de TApennin, de redescendre dans la plaine, sans tarder, afin d'écraser lassaillant et d'attirer à lui les réserves de Tennemi, ce qui empêcherait de Kray d'être renforcé.

En vingt minutes, les brigades Darnaud, Calvin et Petitot étaient prêtes à opérer cette manoeuvre nécessaire. Avec un parfaitensemble, elles sejctaienl sur le corps important de Bagration, le chassaient à coups de baïonnettes ou de crosses, car on ne songeait guère à recharger les fusils, de tous les endroits où il se maintenait : chemins, vignes, bois, ravins. Les Cassines, puis Retole, furent successivement par lui abandonnés. On lui prenait encore 1 canon avant de le voir disparaître vers Pozzolo.

Comme Bagration, Miloradowitch avait eu d'abord des succès. Son corps, marchant sur 2 colonnes, la 1" suivait la route de Pozzolo à Novi; la 2% s'éche-

lonnant à droite, pouvait servir de soutien ou prolonger une ligne de combat ; elle couvrait, de plus, une n^serve envoyée au dernier moment par Souvarow.

Les IS' et 2V de bataille, couvrant Novi d*un épais rideau d'hommes, virent déboucher dans la plaine la 1" colonne russe, dont Tavant-garde accompagnait 6 pièces de canon. Sous les boulets, cette brigade recula; mais elle tint un moment, dans sa retraite, derrière les haies et derrière les murailles ; elle arriva dans les fossés de la ville, y continua un feu très nourri, décima et lassa par sa constance les troupes moscovites, qui eussent encore plié sans Tarrivée opportune d'un nouveau renfort très considérable.

A ces troupes fraîches, Miloradowitch demanda un effort surhumain ; elles obéirent, puisque leur charge réussit à disperser les Républicains, forçant le 1'' bataillon de la 2V à rentrer précipitamment dans Novi par la porte d'Alexandrie. Le 2* bataillon et une partie de la 18* légère, rompus aussi, franchissaient la porte de Pozzolo. Gardanne faisait fermer les portes, barrer les rues avec des charrettes, et il distribuait ses troupes sur les remparts, d'où, tirant par les créneaux, elles causaient h Tenn^mi de grosses pertes, alors que celui-ci cherchait, autour d'une enceinte que le canon n'entamait point, un endroit mal défendu pour y pouvoir monler à l'assaut.

Miloradowitch avait dirigé sa 2'' colonne sur la droite de Novi. La maison du Belveder servait d'objectif aux guides. Ayant refoulé les groupes que Colli avait placés au bord du parc, les Russes

quittaient la plaine et gravissaient, en pelotons sern'^s, le mamelon qui devenait, k 1 heure du soir, l;i position où allait se décider la victoire. Hardie, mais imprudente manœuvre de tactique, carrarfil- Imede réserve des Républicains, les 14% 17% 2-i*', *13% 68'' et 400 Polonais défendaient Tapproche du revers oriental de ce mamelon.

Si l'artillerie placée sur les crêtes ne put ralentir la marche d'un assaillant qui n'en était plus à com pter ses pertes, du moins le feu de Tinfanterie française réussit à faire une trouée dans les bataillons, renversant des rangs entiers, semant le désarroi, et le flot humain, montant la colline, s'immobilisa lout k coup.

A ce moment, Laboissière, qui s'était rapprochr» de Novi, Colli et Quesnel placés sur des points culminants, tous pris d'une rage de destruction, précipitoivnt dans le flanc droitdes Russesô compagnies qui massacrèrent des pelotons résolus à ne pas reculer, même au prix de leur sang, et refoulèrent, en chantant victoire, tout ce qui avaitéchappé aux baïonnettes sur le centre, qu'un feu de file éclaircissait encore. Alors, aux hurrahs des Moscovites, succédèrent les plaintes des blessés, les cris d'épouvante d'hommes affolés, et les survivants de ce combat épique, « où Talouette gauloise avait plumé l'aigle russe » redesi^endirent la colline, entraînèrent dans la déroute leurs frères d'armes qui assiégeaient Novi; et tousse rifugièrent derrière une nombreuse cavalerie.

Watrin était, avec sa droite, devant Betole. En apprenant l'échec des soldats de Miloradowitch, il eut un instant l'espoir que, par une action énergique, on allait enfin mettre les alliés dans Tobligation d'efl'ectuer leur retraite. Déjà, il s'apprêtait

li^

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à faire battre la charge et à occuper San-Bartholoiiieo et Pozzolo, quand un officier d'état-major, employé auprès de Dombrowski, signala à Darnaud l'apparition d'épaisses colonnes ennemies s'avançant rapidement le long de la Scrivia. C'était la réserve, conduite par M. de Mêlas, qui allait, en prenant part à l'action, décider quel parti resterait maître du champ de bataille.

M. de Mêlas avait quitté le camp de Rivalta à neuf heures du matin(^). Une chaleur accablante et la nécessité où Ton se trouvait de marcher sur trois rangs, dans les chemins de traverse, ne permirent aux troupes d'arriver que vers deux heures du soir devant l'extrême droite de Watrin. Sans instructions précises, comment attaquer? Se glisser avec H bataillons hongrois et 0 de grenadiers entre Watrin et Dombrowski, c'était s'exposer à t^tre serré entre dciux murailles de baïonnettes. La troupe de Mêlas suivait les deux rives de la Scrivia, bien que Souvarovv lui eût prescrit de marcher droit sur Novi. La brigade Nobili devait débloquer Serravalle et jeter 1 bataillon dans Arquata. Elle chassait les postes français établis dans Cassano- Spinola, Stazzano, et contraignait Dombrowski à reculer vers Gavi.

Laissant son liane gauche couvert par 2 bataillons, pour tenir, si besoin était, les Polonais en échec, M. de Mêlas, agissant d'après sa propre initiative, sut exécuter devant Betole un changement de direction à droite, et il put gravir, à 3 kilomètres de Novi, à l'est, les pentes assez douces de l'Apennin. Contre Watrin réfugié sur une hauteur, tout le corps de Frôhlich convergea. Landon marcha de

front et Mitrowski sur la gauche, tandis que Bagration, toujours intrépide, formait sa division en colonnes de bataillons et risquait un suprême effort contre la ville. Nobili cherchait à occuper la route de Serra val le à Gavi.

Les troupes de la réserve autrichienne n'ont plus, comme adversaires, que des hommes épuisés de fatigue ou tombant d'inanition. L'ardent patriotisme qui anime quelques régiments est un adjuvant insuffisant pour vaincre ce flot d'ennemis toujours grossissant. Bien mieux, les munitions allaient manquer, et quelques officiers républicains perdirent la tête au moment où tant de sang-froid était nécessaire.

Attaquée par Landon, la brigade Calvin abandonnait une position facile à défendre, se débandait, courait vers Gavi. Saint-Cyr, qui avait quitté le Belveder depuis vingt minutes, s'exposait bravement au feu en essayant de rallier les fuyards; ceux-ci disparus, emportés par l'épouvante, le chef de l'aile droite rectifie son ordre de bataille, pendant que 4 pièces de canon, bien servies, arrêtent l'ennemi, par un tir de haut en bas.

Toute la division Watrin faisait face à l'est. Sa ligne, longue de 1 kilomètre, recevait le choc de rinfanterie hongroise, était contrainte de se replier jusqu'aux positions occupées par la 106*. Or, cette demi-brigade, employant aussi 4 pièces d'artillerie, fit une belle résistance, assez longtemps pour permettre aux 56% 62° et 78% abritées derrière les haies, de se mettre favorablement en bataille.

Pourtant les grenadiers hongrois eurent raison d'une résistance acharnée ; ils suivirent pas à pas la 106% délogée de la crête, et s'avancèrent impru-

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demment dans la zone du tir des 3 demi-brigades françaises déjà reformées. Le feu terrible de ces dernières décima des carrés d'hommes et força M. de Mêlas h ordonner, sur ce point, la retraite.

Lusignan, resté en soutien, ne suivait pas le mouvement rétrograde. Il faisait charger, à gauche de Novi, les Républicains par 3 escadrons de la cavalerie du prince Liechtenstein. Redoutant une panique, Saint-Cyr pousse le 1" bataillon de la 106" dans le flanc de cette cavalerie et un feu exécuté à bout portant tue ou blesse 50 hommes ; les autres sont étourdis du fracas des détonations, enveloppés de fumée; leurs chevaux se cabrent devant les baïonnettes, font volte-face et dévalent, au galop, la pente d'un ravin.

A ce moment, le 2° bataillon de la 100% attaqué par 3 bataillons hongrois qui, Tayant tourné au sud, voulaient occuper la route de Gavi et intercepter, par là, les communications de Taile droile républicaine, se peut dégager, charge à son tour, accomplit des prodiges de valeur, fait prisonnier Lusignan tombé parmi les blessés, rejette les Hongrois dans la vallée, avec Taide d'un petit escadron formé par des ordonnances que Saint-Cyr a pu rassembler en cinq minutes.

La dépense de tant d'héroïsme et le sacrifice de tant de sang étaient inutiles. L'armée française devait succomber sous le nombre, car l'ennemi remplaçait les troupes repoussées par des contingents nouveaux et braves. De toutes parts s'élevait, assourdissante, la clameur des Autrichiens.

En voyant monter, au pas de charge, 15 bataillons sur le plateau dominant Novi et sachant à quel

** 4. 1,1 ■. "'™"^fBP'^

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degré d'épuisemont «îtaienl tonibos ses hommes, Saint-Cyr se rendit compte qu'un nouvel effort d'eux serait vain pour retarder l'heure de la défaile. 11 fallait périr ou se retirer. Le dernier parti convenait mieux, dans ce temps. Comme le général demandait la 3" demi-brigade pour couvrir sa troupe, on lui apprit que Moreau Tavait employée avec les 14* et 17'. Saint-Cyr chargeait alors le id'' dragons de couvrir la retraite de son artillerie qui, du Belveder, descendit dans le chemin de traverse, vers Pasturana, car on craignait que Tennemi n'eût déjà occupé la route de Gavi.

11 était quatre heures du soir. Gardanne avait été expulsé de Novi après avoir soutenu sur les remparts, dans les rues où M. de Mêlas le chargeait lui-môme à la tête des grenadiers de Paar, une lutte épouvantable, qui diminuait d'un quart ses eiïectifs. Guidant les survivants, Gardanne prenait le chemin de Gavi, défilait au pas ordinaire devant la cavalerie de Liechtenstein, qui n'osa point Taltaquer. 11 occupa les hauteurs dominant Tassarolo, recueillit la (53% pendant que Watrin, ayant sur sa droite un champ libre, s'élevait dans l'Apennin, entre Gavi et San-Christoforo. Poussant une arrière-garde formée par le l*'' bataillon de la 3" demi-brigade et par la 106" toujours intrépide, les Russes occupaient le plateau dominant Novi et y traînaient 2 pièces de canon.

Laboissière, attaqué h la fois par les généraux Ott, Bellegarde et Rosenberg, battait aussi en retraite, prolongeant Taile droite vers Casteletto. De cette division, un seul bataillon de la 68', que CoUi entraînait, se trouvait aux prises avec les

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cosaques, était contraint d aller, sur la gauche, pour tenter de rejoindre Lemoine.

Joubert était mort à neuf heures du matin. Une voiture d'ambulance emportait vers Gênes le cadavre que Suchet avait fait enlever du palais Doria, avant que les Russes entrassent dans la ville ^

Moreau n'avait point montré, dans cette journée, sa science militaire et son ordinaire activité. Certes,

1. « Le quinzième jour d'août 1799. — Joubert, Français. Agé d'environ quarante ans, général en chef de l'armée des Wançais, aujourd'hui dans un très viT et mémorable combat ayant eu lieu ici, sur le territoire de Novi et aux confîns d'autres villages entre Scrivia et Orba, combat ayant eu lieu entre les forces de la République, d'une part, et celle'^des empereurs François II et Paul 1" de Russie, d'autre part ; peu après le commencement de la bataille, vers six heures après minuit, tandis qu'il dirigeait le combat vigoureusement, en cette partie de notre territoire qu'on appelle Monticella proche une maison nommée la Spaziosa, il fut olessé mortellement à la poitrine, d'un coup de projectile provenant d'une machine de guerre fulgurante, et, aussitôt enlevé du champ de bataille et transporté à Novi dans le palais du très illustre seigneur Jérôme Durazzo, autrefois du très excellent iMarcellus. situé sur la place publique de cette ville, inscrit sous le numéro cent de ce district. Après environ trois heures, il expira, n'étant secouru jusqu'à la un d'aucun sacrement, parce que ni moi ni aucun prêtre ne fut appelé, de crainte sans doute que sa mort ne fut sur-lechamp divulguée, et que son cadavre ne tombât entre les mains des Austro-Moscovites qui avaient la victoire. Il fut porté par des soldats français vers Gênes, où, après un service funèbre solennel

fait en présence <le son corps, dans l'église de la Très-Sainte- Annon- |

ciation, des prêtres mineurs de l'ordonnanre de Saint-François, j

avant d'être transféré en France, sa patrie... » (Extrait du registre 1

de la paroisse de Saint-André de Novi. Le texte, en latin, est ^

signé : Charles Boccardi, prévôt.^ j

Le corps de Joubert arriva à Gênes à onze heures du soir. Déposé au palais Durazzo, embaumé, il y resta jusqu'au lundi, 19 août. On le transporta, en grande pompe, à midi, du palais à la Pointe nationale. Le canon tirait toutes les quinze minutes. Arrivé à Toulon, il resta dix-huit ans au fort Lamalgue.

Cependant, on avait réclamé, pour ce général, des honneurs funèbres extraordinaires. Dans la séance dû 17 fructidor an VII, Mathieu avait dit aux Cinq-Cents : « Nous vous proposons de consacrer un monument durable à la mémoire de Joubert. Il est né dans le département de l'Ain. C'est dans ce département, c'est au chef-lieu qu'il serait élevé une pyramide en son honneur, ornée des inscriptions qui rappelleraient ses succès, ses vertus et sa mort

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il aurait pu, en stimulaut Grouchyet en rectifiant, h droite, l'ordre de bataille, remporter un succès. Laissant P^rignon et Saint-Cyr diriger les troupes, comme si ces généraux exécutaient les derniers ordres de Joubert et que le nouveau général en chel" voulût, pour éviter des responsabilités, qu'on ^'y conformât rigoureusement, il étonnait son rnttïurage.

tjuoiqu'il eût l'air morne, passant t^te baissée à travfîrs les bataillons engagés, son premier acte fut, non d'exiger des régiments un effort surhumain, mitis d'ordonner, à quatre heures, qu'on battît en retraite ; et, devenu insouciant du sort d'une armée — son armée — qui, harassée et affamée, pouvait Hvi' harcelée toute la nuit et détruite, il s'éloigna du rhamp de bataille.

Alors que M. de Mêlas occupait la ligne Novi- Sornivalle, le général de Kray conduisait sa huitième charge à travers les vignes foulées. Les Républicaine parvenaient à arrêter encore des forces consi- (lériibles, soutenues par une cavalerie reposée et par uin' artillerie formidable. A cinq heures et demie, seuh ment, ils recevaient l'ordre de se retirer et traversaient, lentement et à regret, un terrain arrosé Je h'ursang; ils se retiraient en bon ordre. A six heures, le corps du général Grouchy et la cavalerie de Hichepanse étaient arrivés derrière Pasturana.

honitrable. Un monument solitaire, dans un département, y profltiirnil plus d'etlet qu'il n'en produirait à Paris. On y est moinfi distrait, plus recueilli : les idées libérales et les atl'ections généreusi^s y trouvent plus le temps de naître et de se développer. » On vola 50.000 francs au ministre de l'Intérieur, chargé de faire élahJir \vs monument. Ce monument n'a point été élevé. (Renseigne- 111*1 tits extraits de la Gazette nationale Ligure du 24 août 1199, du caiiier Giambone et du liuUetin des Cinq-Cents.)

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Mais l'artillerie de Taile gauche, engagée au dernier moment comme soutien, s'allongeait, en quittant le champ de bataille, dans un chemin creux qui mène à Basaluzzo, au point de ralliement indiqué par Debelle, et remontait ensuite, bon train, la pente du coteau qui porte Pasturana. Contournant la grande ferme, cette sentinelle avancée du village, la première batterie longeait le marais, traversait la route reliant Novi à Francavilla, s'engageait vers le quartier sud, dans un chemin qui décrit, à gauche, puis à droite, un demi-arc de cercle autour de la maison Decchi. Sur ce point, la pente est très abrupte, jusqu'au fond du vallon qui s'étend vers Tassorolo^ Or le premier équipage, en versant, ferma le chemin, profondément encaissé.

L'artillerie de l'aile droite, attelée au Belvederet conduite au galop, vint donner sur la place de l'Église, dans le flanc des pièces du corps de Pérignon. Une horrible confusion s'ensuivit. Les cris des Autrichiens, les hurrahs des Russes de Derfelden qui montaient le long du cimetière, derrière le bataillon de la 68% conduit par Colli, jetèrent la panique parmi les charretiers, mercenaires qui se refusèrent h se battre en soldats; ils coupèrent les traits des chevaux et cherchèrent, sans quitter leurs montures, de quel côté fuir.

Pour sauver ses équipages abandonnés, pendant que des grenadiers dégageaient le chemin et cherchaient des chevaux, Colli postait son faible bataillon dans les masures, affrontait le feu de l'artillerie autrichienne et faisait demander des renforts k

1. « La descente de Pasturana, qui est difficile, à raison de son tournant et de sa rapidité. » (Cahier Grouchy. Arch. Guerre.;

LemoiQe; celui-ci, ayant tourné Pasturanaà droite, était arrêté dans le vallon du Grand- Pré par de* pelotons ennemis, que le 16' dragons et le 6* hussards allaient charger vigoureusement et disperser.

Sur un autre point, le lieutenant ChoUet, les sous-lieutenants Carrey et Guyot, chargèrent, avec 6 tirailleurs, 1 compagnie de grenadiers hongrois, qui allaitde nouveau couper la route de Francavilla. Ces 9 hommes en chassèrent 150 du bois et firent 19 prisonniers * ; action héroïque, qui permit à la 2* division de marcher vers Capriata, sans encombre.

Mais Pérignon et son état-major ramenaient dans Pasturana 1 bataillon de la 74% dont les soldats tentèrent de dégager les pièces. L'enchevêtrement était tel qu'on ne put arracher du chemin que 3 canons de 6 qui rejoignirent à grand'peine la division Lemoine. Déjà, Autrichiens et Russes entouraient les autres, se les attribuaient comme trophées.

Grouchy avait ramassé un drapeau abandonné, rallié 40 artilleurs à cheval. Devant ses hommes, il chargeait, près de Téglise. Un biscaïen tuait son cheval, sous lui. Alors il combattait à pied, opposant une énergie sauvage à la force et au nombre de ses adversaires. De toutes parts, les cosaques de Grekoir, les hussards de larchiduc Joseph, les grenadiers de Staray surgissaient, serrant les généraux, les officiers et les cavaliers démontés, sur la route de Novi, au carrefour. Abrités derrière les pièces ou couchés dans les caissons vides, les fantassins français fusillaient, à bout portant, Tagres-

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