Lettre de Colli à Fontanieu. (Arch. Guerre
WkAiers. Il faisait écarter l'obstacle des canons : il éloignait ou prenait les derniers défenseurs du village et ordonnait à sa cavalerie de charger l'iof^titerie républicaine entassée sur la route de Fr^ncavilla. Bride abattue, les cosaques dévalèrent dans le vallon du Grand-Pré'. Là, le général Clause 1 fai<^it battre le rappel, par un tambour, rassemblait ■^*<J traînards qui, formés en une compagiiie, derrière le pont jeté sur un ruisseau large de 2ij mètres, laissaient les cosaques arriver à 3<J pas. Le feu du premier rang brisait leur élan ; le feu du second rang les faisait rebrousser chemin.
C'était le dernier engagement de cette journée, combat qui se livrait à neuf heures du soir, dans raimosplière toujours embrasée, tellement, que plufîi<*urs soldats furent trouvés étendus sur le champ é\i* bataille, sans aucune blessure apparente: ils étaient morts de chaleur et de soif"^.
Le soir, Souvarow traversait cette plaine où Hij.OlHJ hommes avaient combattu avec un courage rl«> lions. II était sombre et déclarait, lui ordinainrnent impitoyable devant les cadavres amoncelés : ** Que Dieu lui avait fait bien des grâces, mais <|»'il l'avait châtié en le faisant venir en Italie^. » Ce ijui marquait bien sa lassitude et le dégoût qu'il éprouvait de recevoir, chaque jour, du Conseil Aulique, des ordres qui bornaient son initiative et rnntrariaient ses moindres desh^eins. Vainqueur, il lui était défendu de poursuivre les Français.
I. Ce lieu est appelé Hio délia Morte. [Cenienario, par F. Trucco, p. 14:i.; $. Victoires et Conquêtes des Français, vol. WJI, p. 63. 3. (iuerre des Alpesy par de Kevel, p. 429.
BATAILLE DK NOVI 385
Un jçéiKU'al autrichien, qui suivit Souvarow à travers le champ de bataille, écrivait le lendemain: « Je ne vois sur le visage des Allemands et des Russes que la tranquille image de la mort, au lieu que, sur les traits inanimés des l^'rançais, jV vois l'expression de la fureur et de la rage ; leurs cadavres semblent vouloir s'élancer encore sur leurs ennemis, pour les déchirera » Et Moreau n'avait pas su procurer la victoire à des hommes si braves.
Enormes étaient les pertes de part et d'autre. L'armée française était réduite de 6.500 hommes 2. Les alliés•^ qui avaient marché si courageusement à l'assaut de Novi et des premiers contreforts de
1. Histoire des baiaillesy par Ulaiichurd. III' vol., p. "25.
2. Jouhcrt était mort. Pérignon, Grouchy, Colii, de Ri valta, étaient blessés et prisonniers. L'aile <;auche avait perdu 4.5U0 homuies tués, blessés ou pris, d'après un rapport de Daoust, chef d étalmajor de Grouchy. Seule, la lOo" avait eu : 1 chef de bataillon, 24 officiers et 328 soldats hors de combat. La 34", 16 officiers et 460 hommes. A l'aile droite, d'après un rapport de Watrin, sa division perdit 1.000 hommes. La division Laboissière, un pareil nombre. L'artillerie, 63 hommes. La cavalerie, 100. L'armée abandonnait 4 drapeaux, 18 canons et 21 caissons.
3. D'après Souvarow, les Russes perdirent 11 officiers de l'étatmajor et supérieurs, 337 officiers subalternes et soldats tués ; 3 généraux, 56 ofliciers, 1.479 sous-officiers et soldats blessés. Pas de prisonniers. Total, 1 886 hommes Mais, d'autre part, M. de Mêlas affirme que les troupes russes ont perdu 2.700 hommes, dont 198 officiers. (Pièce 1.2ÎS1. .Vrch. Guerre de Vienne). M. de Mêlas déclara, pour les troupes allemandes, 907 tués, 3.799 blessés et 1.3i4 prisonniers. Total, 6.050 hommes. Les chiffres donnés par la Gazette de Vienne, pour les Autrichiens, sont : 18 officiers et 839 soldats tués, 10 officiers d'état-major, 152 officiers brevetés et 3.636 soldats blessés; 1 général, 24 officiers à brevet et 1.322 soldats prisonniers. Total, 6.002.
M. de Mêlas et Souvarow exajçérèrcnt les pertes des Français. Le premier dit : les pertes de l'ennemi s'élevèrent k 3.000 morts, 4.000 blessés et 4.000 prisonniers. Le deuxième, 6.000 tués, 12.268 blessés ou prisonniers, parmi lesquels 4 généraux, 8 colonels et 502 officiers.
386 LES CAMPAGNES DE il9^
TApennin, accusèrent 7.936 soldats. Taos les blessés recueillis sur le chaaip de bataille reçurent, à quelque nation qu'ils appartinssent, des soins empressés. Un grand nombre de blessés français furent transportés à Gavi* et des Austro-Russes à Alexandrie. Même, le prince Bagration se rendit à Fresonara pour visiter Pérignon, Grouchy et Colli ; il marqua à ces héros un vif intérêt et leur promit de les faire renvoyer sur parole.
Non seulement les habitants de Novi durent loger des blessés-^, mais on leur imposa la corvée d'aider les soldats k enterrer les cadavres qui, dès le 17, répandaient une odeur pestilentielle dans la vallée. Devant Pasturana, on creusa une tombe immense, une autre derrière Novi et une troisième à gauche de Betole.
Victorieux, Souvarow pourrait dès lors monter dans l'Apennin, Championnet restant immobile derrière les Alpes. 11 pouvait ou repousser ou couper la ligntî des Républicains allant d'Arquata, quartier général de Dombrovvski, par Gavi, Rocca- (irimalda, l^onzone, Spigno, jusqu'à Lesigno, couvrant ainsi Gènes et la route de France qui franchit le col de Tende. Mais de nouveaux dissentiments survenus entre les alliés retardèrent tout mouve-
1. Après la bataille de Novi, on porta des blessés à Thôpital de (îavi, sur 80 brancards, sous les ordres de Ruhau. (Arch. de TUnivcrsitt" de Gênes. Manuscrit G. VllI, 23.)
2. « 11 28 agosto gli ospcdali, essendo rigurgitanti per i feriti délia batagiid di Novi, chieiiono uoa forta somministranza di letti. » [Centenario, II" vol., jp. 27.)
« Le manque de voitures obligea le maréchal Mêlas à imposer la prise (les blessés par les habitants de Novi.» (Arcb. communales de Novi.)
ment offensif. Il se battaient oulre (3ux au lieu do s'unir encore pour chercher à détruire l'ennemi. D'ailleurs, le maréchal russe allait abandonner ritalie et courir en Suisse au secours de Korsakoff, menacé par Massena.