LA DÉFENSE DES FRONTIÈRES
et leur remplacement par de vrais sans-culottes. On poursuivit avec rage la destruction de Tancienne armée et la main mise du pouvoir civil sur les affaires militaires. Le 6 avril est définitivement organisé le Comité de salut public, qui absorbera bientôt le gouvernement tout entier. Le 30 avril est décrété l'envoi auprès de chaque armée de quatre représentants munis de tous les pouvoirs. Dès le 4 avril Beurnonville avait été remplacé à la guerre par rhébertistcBouchotte. Les camps furent inondés d'exemplaires du Père Duchcne ; les bureaux hébertistes firent appel à l'indiscipline des soldats, à la défiance envers les chefs : on tacha d'inculquer les vrais principes des sans-culottes aux recrues de la nouvelle levée. Diimouriez et ses complices furent mis hors la loi. Custine fut fortement menacé. Les arrestations et les destitutions de généraux et d'ofïiciers supérieurs se succédèrent.
Ce travail de désorganisation ruina l'ancienne armée avant que la nouvelle eût le temps de se constituer. En avril et en mai 1793, la France, travaillée à l'intérieur par la Vendée, menacée sur toutes ses frontières désemparées et ouvertes, semblait offrir une proie facile à l'invasion.
La coalition ne sut pas profiter des circonstances. Ses vues furent obscurcies par une stratégie routinière et des préoccupations politiques. Aux Pays-Bas, la guerre changeait de caractère. Les Autrichiens avaient trouvé si vulnérable la frontière française, qu'ils revinrent aux projets de conquête delà première guerre de 92. Cobourg, placé à Quiévrain, attendit d\Tbord ses alliés, les Hollandais et les Anglais du duc d'York. Puis il se décida à fiure une méthodique guerre de sièges, pour se saisir de gages que l'Autriche espérait bien garder à la paix. Les Français revinrent de l'émoi causé par la trahison de Dumouriez. Leur chef, Dampierre, posté au camp de Famars, reprit l'offensive, le l^'' et le 8 mai. Mais il attaqua en désordre, par petits paquets, et il fut tué dans la seconde journée. Cobourg s'empara du camp de Famars (23 mai). Les Français sereplièrent sur le camp de César.
Custine, successeur de Dampierre, déjà suspect aux Jacobins, trouva une armée démoralisée, déclara qu'il fallait d'abord faire du camp une place d'exercices, et s'y renferma. La route de Paris aurait pu facilement s'ouvrir entre Escaut et Sambre : au lieu d'y marcher, les Autrichiens bloquèrent Valenciennes.
Les Prussiens montrèrent la même mollesse sur le Rhin, pour d'autres raisons. L'armée de Brunswick avait à couvrir le siège de Mayence. Le comité dantoniste, dans ses vues pour la paix, avait jeté les yeux sur la Prusse, comme autrefois Dumouriez dans l'Aigonne. La guerre n'était plus qu'une fiction autour de Landau. Custine avait fait en mai quelques démonstrations d'une inutilité voulue. H ne pouvait avoir d'intention sérieusement menaçante. Les armées du Rhin et de la Moselle étaient disséminées sur un front de 50 lieues.
La guerre languissait donc sur les principales frontières : l'attaque était faible, la défense inefficace, quand le coup d'État du 2 juin rendit les Montagnards exaltés maîtres du pouvoir. Tout de suite la situation changea. Plus de faux-fuyants, plus de négociations de paix ; la République ne saurait pactiser avec les tyrans ; au cj)mité dantoniste succède le comité de Robespierre (10-27 juillet) : c'est la guerre sans merci contre les ennemis extérieurs et contre le soulèvement général des provinces.
Aussi, malgré rinintelligence et la mollesse des coalisés, la situation des Français empire rapidement. Sur le Rhin, ils sont chassés des dernières conquêtes dues à la fougue de l'année précédente ; vers le Nord, la frontière est entamée ; sur les Alpes et les Pyrénées, l'anarchie du commandement et l'indiscipline des troupes amènent des échecs peu décisifs, mais très humiliants.
Mayence, bloquée depuis le milieu d'avril, résista longtemps à l'attaque prussienne, avec sa garnison hétéroclite de volontaires et de bataillons de ligne. Elle était défendue par des hommes chez qui le fanatisme révolutionnaire s'unissait à une ardeur chevaleresque, et qui
LES CAMPAGNES DES AHMKES FRANÇAISES
surent masquer par leur courage les défaillances de leurs troupes- : Meunier, qui périt durant le siège, Aubert- Dubayet, Kleber, un des héros de la nouvelle armée, entraîneur de premier ordre et en même temps homme de tète et d'expérience; auprès d'eux les commissaires de la Convention, Reubell et Merlin de Thionville, jaloux, surtout le second, de montrer à ces soldats qu'eux aussi étaient capal>les de courage militaire. Sans cesse ils harcelaient l'ennemi par leuis sorties, détruisaient les travaux d'approche, enclouaient les canons, mancpiaient d'enlever Kalkreuth et le prince Louis-Ferdinand. Obligés à la fin de mai de se renfermer dans l'enceinte, ils v soutinrent un long bombardement. Enfin, le manque de nouvelles et la disette menaçante les firent capituler (22 juillet) au moment où le verbeux et incapable Beauharnais se disposait à mener Tarmée du Rhin à leur secours. Leur longue défense ne sauva pas les Mayencais, auprès du soupçonneux comité de Robespierre, du reproche d'avoir capitulé trop tôt. Merlin de Thionville sut les disculper h la barre de la Convention, et ils continuèrent de servir la Républi(|ue en Vendée. Seul, Beauharnais, démissionnaire, lut plus tard jeté en prison et porta sa tète sur l'échafaud. Mayence prise, les I rançais repoussés jusqu'à la frontière d'Alsace, Brunswick se porta sur les frontières de la Lorraine, tandis que l'Autrichien Wurmser, avec 17,000 Impériaux, se préparait à bloquer Landau, clef de la Basse-Alsace. Dès le 13 août, Brunswick, pour couvrir le blocus, prenait position sur le revers occidental des Vosges et sV^nparait de Pirmasens. Dans le même temps, \Vurmser rejetait les Françaisjuscpraux lignes de VVissembouru".
• Au Nord, (^obourg faisait la guerre de sièo-es avec un égal succès. La déroute du camp de Famars lui ouvrait le haut llscaut. Il (it à la fois le siège de Condé et de Valenciennes. La première de ces places capitula le 12 juillet. La seconde, défendue par Ferrand, fit une longue et vaillante résistance. L'immobilité de Larmée du